Après trois débats et des dizaines meetings, le premier tour de la primaire de la droite et du centre se tient ce dimanche. A Villemomble (LR) et à Bondy (PS), beaucoup d’habitants ont choisi de ne pas se rendre aux urnes. Résignés, agacés ou révoltés, rencontre avec ces abstentionnistes pour qui cette élection n’a aucun sens. Reportage.

Sur le marché de Villemomble, les passants déambulent devant les stands des commerçants, sous un ciel nuageux qui accompagne la morosité ambiante. Ils sont nombreux, ici, à avoir choisi de faire leurs achats plutôt que de se rendre aux urnes pour le premier tour de la primaire de la droite et du centre. « Si j’allais voter, ce serait par contestation et non par adhésion. Aucun candidat ne m’a suffisamment intéressée pour que je le soutienne », explique Michelle, retraitée de 62 ans, un sac de courses à la main.

Peu d‘entrain et erreurs des bureau pour le peu d’électeurs 

Capture d’écran 2016-11-20 à 17.42.58Comme elle, de nombreux passants ont suivi la primaire mais sans être séduits par un candidat plus que par un autre. Nabila, mère de famille de 45 ans a regardé les trois débats. Elle affirme pourtant qu’elle ne se rendra pas aux urnes. « Je n’ai pas spécialement envie de me déplacer. Je préfère les laisser décider entre eux ». Elle déplore le manque d’informations précises concernant les conditions pour pouvoir voter et les lieux ouverts pour le faire. « Si l’on m’avait dit précisément où aller et comment cela se déroulait, peut-être aurais-je été aux urnes ».

Pourtant, Villemomble est dirigée par Patrice Calméjane, maire Les Républicains, filloniste, ancien député qui avait largement remporté les élections municipales de 2014 dès le premier tour. Il avait même représenté le candidat de la primaire lors d’un débat organisé à Pantin le 12 novembre avec les autres porte-paroles locaux des autres prétendants à l’élection.

Conséquence de ce manque d’entrain, les électeurs se font rares au bureau de vote de la ville. Les bulletins s’empilent et la poubelle disposée près des isoloirs peine à se remplir. L’entrée demeure le plus souvent vide, et les assesseurs regrettent que les habitants du quartier ne se soient pas davantage mobilisés. « J’espère que le site internet indique les bonnes adresses, déjà qu’il y a peu d’électeurs », déclare l’une des bénévoles à sa voisine. En effet, quelques uns des rares votants se voient obligés de rebrousser chemin car ils se sont trompés de bureau.

Lassitude, résignation et colère

Les discours des abstentionnistes témoignent bien souvent d’une grande lassitude à l’égard de la politique et de ses représentants. Roger, qui tient un commerce à Villemomble, est convaincu que la situation économique de la France ne s’améliorera pas, quel que soit le résultat de la primaire. « On a essayé la droite, puis la gauche : dans les deux cas, les hommes politiques élus nous ont profondément déçus », déclare-t-il, résigné et lassé par des promesses qu’il a trop entendues, sans les voir se concrétiser.

A Bondy, ville voisine, les abstentionnistes partagent ce sentiment de lassitude. A l’arrêt de bus, des habitants nous expliquent que, pour eux, la situation ne changera pas, quel que soit le vainqueur. Le climat économique difficile, le contexte de tensions identitaires et les récents attentats qui ont frappé la France contribuent à un climat de résignation ambiante.

Capture d’écran 2016-11-20 à 17.46.46Devant la boulangerie « L’Epée d’or », la colère se joint à la lassitude. Jean-Pierre, retraité, est convaincu que « les responsables politiques n’écoutent pas la population. Ils vivent dans un monde déconnecté de notre réalité. Je parle souvent avec mes voisins, et tous partagent ce sentiment de révolte ».

« Je refuse de payer pour m’exprimer »

Le fait de devoir payer à chaque tour constitue également un frein pour de nombreux habitants rencontrés. « Je trouve ça absolument scandaleux. Je ne comprends pas que voter ne soit pas gratuit. C’est normal dans ces conditions que les électeurs ne se mobilisent pas », déplore Sandrine, employée de « L’Epée d’or », une pointe d’agacement dans la voix.

Un avis partagé par Fabienne, fleuriste à Bondy. Le fait de signer une charte confirmant que l’on partage les valeurs de la droite et du centre ne lui pose pas de problème. En revanche, l’obligation de payer lui semble inconcevable. « Pour certains, deux euros, c’est une somme et ça peut faire une différence à la fin du mois, déclare-t-elle. Quoi qu’il en soit, c’est une question de principe : je refuse de payer pour m’exprimer ».

Entre difficultés d’organisation, manque d’entrain, rejets des personnalités politiques et nécessité de verser deux euros, les abstentionnistes sont donc nombreux dans ces deux villes du 93. Malgré les multiples débats et meetings organisés par les candidats, la primaire ne les a pas convaincus. En revanche, tous l’affirment : qu’il neige ou qu’il pleuve, ils se rendront aux urnes pour l’élection présidentielle de 2017.

Maëva LAHMI

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