La suppression ou la baisse des subventions à certaines associations, c’est un peu la « touche » du Front national dès qu’il arrive aux affaires dans une ville. En 1995 déjà, certaines associations des villes alors conquises (Marignane, Orange et Toulon) se sont vues amputées de tout ou partie de leurs subventions.
À Hénin-Beaumont (62) et Mantes-la-Ville (78), deux villes tombées dans l’escarcelle du Front national en 2014, même musique. À Hénin-Beaumont, Steeve Briois a retiré le local dont la Ligue des Droits de l’Homme pouvait jouir gracieusement. Idem à Mantes-la-Ville où Cyril Nauth a d’abord retiré le local à la section de la LDH il y a quelques semaines, mais également supprimé la subvention lors du conseil municipal du 30 mars. Durant ce même conseil municipal, la mairie de Mantes-la-Ville a décidé d’amputer de 75 % la subvention allouée au FC Mantois. Club de foot créé en 1994 à la suite de la fusion du CAMV (Club Athlétique de Mantes-la-Ville), de l’AS Mantes et de l’AS Buchelay.
La question que se pose aujourd’hui le manager général du club et entraîneur de l’équipe première Robert Mendy, jusqu’aux plus jeunes joueurs c’est bien sûr pourquoi. « Il n’y a eu aucune communication de la part de la mairie, aucun motif » déclare Alassane Sall, ancien entraineur et éducateur au sein du club et aujourd’hui chargé des sponsors.
Les décisions d’attribution ou de retrait d’une subvention relèvent énormément du pouvoir discrétionnaire du maire tellement les critères sont larges et appréciés au cas par cas par la jurisprudence. Il existe ainsi deux critères qui président à l’attribution ou la suppression d’une subvention : La notion d’intérêt public local à laquelle l’association qui recevra une subvention devra concourir et le fait que la subvention ne serve pas à financer des activités politiques ou cultuelles.
Le procès-verbal du conseil municipal durant laquelle la décision de baisser la subvention a été prise, n’étant pas disponible à ce jour (la publication d’un tel document est pourtant obligatoire) et la mairie de Mantes-la-Ville ne répondant pas aux interrogations, il est impossible de savoir sur quel critère le conseil municipal s’est basé pour prendre sa décision. Une décision qui intrigue d’autant plus lorsque l’on sait le travail qui est fait par le FC Mantois sur tous les terrains.
Le FC Mantois : plus qu’un club
Le FC Mantois c’est le premier club des Yvelines et un des plus gros formateurs de la région, il regroupe 1000 licenciés représentant « toutes les communautés » martèle Alassane Sall qui qualifie son club de « cosmopolite, à l’image des habitants du Mantois ».
Il est évident que la baisse de la subvention n’est pas dû à en engagement politique quelconque de la part du club « la seule chose que l’on demande c’est que les majeurs soient inscrits sur les listes électorales pour pouvoir voter ». Un engagement citoyen que la mairie devrait être fière de soutenir dans une ville où l’abstention a atteint 57 % lors des dernières départementales…
Concernant l’intérêt public local, il suffit de s’intéresser de plus près au palmarès et aux activités du FC Mantois. Sur le plan footballistique d’abord, le club a reçu le label école de football de la Fédération Française de Football et a formé des joueurs désormais professionnels comme Yann M’Vila, Moussa Sow ou encore Amara Diané. À travers son travail sportif, le FC Mantois s’efforce de transmettre certaines valeurs aux jeunes, mais également de les ouvrir à d’autres mondes.
Ainsi, Alassane Sall évoque le partenariat avec le théâtre de la ville permettant l’organisation ponctuelle d’entraînements d’une heure trente durant lesquels trente minutes sont consacrées à la découverte du théâtre. Il précise également que des stages sont organisés pendant les vacances pour les jeunes qui n’ont pas pu avoir de places au sein du club afin de ne pas les laisser à l’abandon.
Enfin, il prend un exemple concret du travail fait auprès des licenciés du club en évoquant l’histoire d’un jeune U19 (17-18 ans) ayant eu une attitude déplacée envers l’équipe suite à son remplacement lors d’un match et à qui il a été demandé de rédiger une lettre d’excuses et de la lire à toute l’équipe. Autant d’éléments caractérisant un intérêt public local manifeste sans compter à quel point le football est ce qui permet de donner un cadre, des rêves et de l’espoir à des milliers de jeunes.
Autant d’actions que le maire Cyril Nauth ne semble pas vouloir voir. Du côté du club, on s’organise, un appel aux dons a été lancé sur Leetchi et un grand rassemblement républicain est prévu samedi 11 avril à 16 h au stade Aimé Bergeal avant la rencontre contre l’équipe réserve du Paris Saint Germain qui ne les devance que d’un point au classement CFA.
Bref, la flamme bleu marine leur donne chaud, mais les rouge et or ne comptent pas s’arrêter de briller…
Latifa Oulkouir

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