La ministre du Travail, Myriam El Khomri a annoncé, il y a quelques jours en Seine-Saint-Denis, la création d’un fonds de garantie pour les entrepreneurs de banlieue doté de 500 000 euros. Une blague de mauvais goût qui illustre le manque d’ambition pour les quartiers, juge Farid Temsamani, entrepreneur, délégué général du Think Tank France Fière. Tribune.

L’idée semble intéressante sur le papier et surtout attendue de longue date par les entrepreneurs souffrant de ne pas vivre dans un territoire accueilli positivement par les établissements bancaires et financiers. Mais à y regarder de plus près, elle fait l’effet d’uà quand plus de transparence sur le financement bancaire à destination des banlieues ? Il est de la responsabilité du gouvernement d’imposer aux banques françaises ainsi qu’à la Banque publique d’investissement (BPI France)  la publication d’un rapport annuel détaillant la cartographie de leurs financements afin que cesse cette discrimination d’accès au financement subie dans les banlieues.ne blague de mauvais goût. En effet, son montant affiché à 500 000 euros nous laisse pour le moins perplexes. Est-ce à dire que le public à qui ce fonds est destiné ne connaît rien à la finance ? Pour comparaison, le prix moyen d’un pas de porte à Paris s’élève à 50 000 euros, un véhicule neuf nécessaire à l’activité de VTC requiert au minimum 25 000 euros, l’acquisition de matériel et de stocks nécessaires au moindre démarrage d’activité ne peut être atteint en deçà de 100 000 euros. Combien d’entrepreneurs des quartiers pourront en profiter ? Assurément pas plus d’une dizaine. Dès lors, n’est-on pas en droit de s’interroger sur l’efficacité espérée d’un tel fonds si peu doté ? Autrement dit : n’est-ce pas un mirage à destination des banlieues ?

Pas d’ambition pour le développement économique des quartiers?

A l’heure où France Stratégie dénonce dans son rapport paru en septembre dernier les discriminations sans cesse grandissantes subies dans les banlieues, le concours « Talent des cités » a, par exemple, récompensé, depuis sa création, 539 créateurs d’entreprises implantés dans les quartiers dits prioritaires au sens de la politique de la ville. « Toutes choses égales par ailleurs, les hommes sans ascendance migratoire directe ont toujours plus de chances d’accès à l’emploi et de meilleurs salaires (…). Quelle que soit leur origine, les femmes sont les plus pénalisées », écrit l’organisme de réflexion rattaché au Premier ministre. Au vu de cette réalité et de l’annonce faite par la ministre du Travail, nous ne pouvons qu’être amers. Est-ce à considérer que le gouvernement ne voit pour les entrepreneurs des quartiers qu’une simple gestion associative sans moyens, sans prise en considération des difficultés réelles qu’ils rencontrent et sans ambition aucune pour leur développement?

Pourtant, l’indicateur du niveau de développement économique et entrepreneurial des banlieues pourrait battre des records et devenir une véritable locomotive économique en cette période de crise, si de véritables moyens étaient mobilisés, cohérents avec les attentes et discriminations vécues par les habitants de ces territoires faussement qualifiés de prioritaires. Car ces habitants des quartiers, touchés par un chômage trois fois plus élevé qu’ailleurs, où un titulaire de BAC+5 a 22% de moins de chance d’occuper un poste de cadre qu’un prétendant n’étant pas issu de ces quartiers, n’ont pas renoncé. Ils souhaitent et ont démontré leur capacité à créer leur propre emploi lorsque le reste de la France ne souhaite pas s’enrichir de leurs compétences. Pour preuves, les chiffres de l’INSEE indiquant que le secteur ‘Taxi et VTC’ a représenté près de 10 300 créations de janvier 2015 au premier trimestre 2016 et occupe le premier rang des créations depuis 2015 en Seine-Saint-Denis. D’autres initiatives dans d’autres secteurs voient le jour quotidiennement.

Des millions pour d’autres fonds , 500 000 euros pour les entrepreneurs des quartiers

Toutefois, les entreprises qui réussissent à naître dans ces quartiers y sont plus fragiles et l’accès aux financements bancaires est un frein pour de trop nombreux entrepreneurs issus des quartiers. Il suffit d’observer de près la cartographie des flux en provenance des différents acteurs de développement, y compris ceux émanant de l’Etat. Or, pour contribuer à développer ce tissu économique fragile et tout nouveau, il faut une véritable politique économique et financière à leur destination. Malheureusement, ces moyens sont réservés à d’autres et seuls les effets d’annonces électoralistes voient le jour en banlieue.

En effet, lorsque les équipementiers automobiles bénéficient du FMEA, fonds de modernisation des équipementiers automobiles, doté de 650 millions d’euros, lorsque les PME dites à fort potentiel ont accès au FCDE, Fonds de consolidation et de développement des entreprises, doté de 200 millions d’euros, lorsque les entreprises françaises performantes disposant de savoir-faire et de compétences clés pour la filière nucléaire bénéficient du FDEN, Fonds de développement des entreprises nucléaires, doté de 133 millions d’euros, Madame la ministre du Travail propose aux entrepreneurs des quartiers un fonds de garantie de 500 000 euros.

Pour la publication d’un rapport annuel sur le financement des entreprises des quartiers

Il est urgent de faire face aux véritables injustices socio-économiques vécues par les banlieues et ses habitants qui sont, rappelons-le, également des citoyens. Le gouvernement a les moyens d’agir sur le long terme et se doit d’être fier de tous ses enfants. Aussi, à quand plus de transparence sur le financement bancaire à destination des banlieues ? Il est de la responsabilité du gouvernement d’imposer aux banques françaises ainsi qu’à la Banque publique d’investissement (BPI France)  la publication d’un rapport annuel détaillant la cartographie de leurs financements afin que cesse cette discrimination d’accès au financement subie dans les banlieues.

A l’approche d’échéances électorales, ces quartiers ayant voté majoritairement pour le président François Hollande redeviennent un sujet pour le gouvernement. Jean-Jacques Rousseau a dit : « Pour connaître les hommes, il faut les voir agir ». Et c’est ici et maintenant que nous voyons comment agit le gouvernement. Il semble pourtant utile de rappeler que les quartiers et les entrepreneurs issus de ces territoires méritent davantage que des effets d’annonce à l’approche de l’élection présidentielle. Français à part entière, ils ont également une existence en dehors des campagnes électorales, des attentes légitimes, des besoins à combler et une vie à vivre dans la fierté.

Farid TEMSAMANI, délégué général du Think Tank FRANCE FIERE

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