Partout en France, les électeurs de droite élisent leur candidat pour l’élection présidentielle de 2017. Mais à Saint-Denis, bastion communiste depuis plus d’un siècle, cette primaire de la droite et du centre revêt un caractère encore plus inédit. Reportage.

A Saint-Denis, lorsque l’on évoque l’opposition, c’est souvent des socialistes dont il s’agit. Des socialistes qui mènent la vie dure à la majorité communiste. Aux dernières élections législatives de 2012 et aux municipales de 2014, il n’y avait même pas de candidat de droite au second tour. Ici, la gauche truste entre 65 et 75% des votes à chaque élection, et il n’est pas rare que le Front national dépasse la droite traditionnelle.

Saint-Denis : 7 bureaux de vote

La population de Saint-Denis est jeune et cosmopolite : sur 110 000 habitants seulement un tiers peut voter. Mais la ville des rois de France est surtout un terreau abstentionniste : lors des dernières régionales, le taux de participation s’élevait à seulement 38%.

Pour cette primaire de la droite et du centre, la mairie de Saint-Denis a mis à disposition 7 bureaux de vote. Pour les deux tours, l’autorité de la primaire a dû débourser 7 466€ pour l’ouverture des bureaux ainsi que pour louer les isoloirs, tables et chaises. Les bulletins de vote, enveloppes, cahiers d’émargement, règles, scellés, sont eux fournis par l’autorité.

172 votants à Saint-Denis est 

Situé avenue Romain Rolland, le bureau de vote de l’école Veille Mer couvre toute la zone est de la ville, soit 8 355 personnes inscrites. A 14h30, sur les 5 personnes affectées au bureau, seuls 2 étaient présentes, un militant de Saint-Denis et un autre d’Epinay-sur-Seine. « Nous avons été recrutés sur la base du volontariat et avons dû suivre une formation. Mais nous ne sommes pas tous encartés », me dit un des assesseur. « A midi, on était à 76 votants. Au final, ce sont 172 personnes qui sont venues voter. On est satisfaits de la participation vu la sociologie de Saint-Denis ». Les organisateurs espéraient 180 votants.

A titre de comparaison, en 2011, pour la primaire socialiste, Saint-Denis comptait 14 bureaux de vote ouverts, avec une participation de 6,77% soit 2 622 votants. Sur les 2 bureaux de vote qui couvraient cette même zone est de la ville, 381 votes avaient été enregistrés au premier tour.

« Je suis venu voter pour le moins pire »

La population qui vient voter est à l’image du quartier : métissée. On retrouve les habitants des zones pavillonnaires, mais aussi des cités avoisinantes, ce qui ne tranche pas avec ce qu’on peut voir lors des élections officielles. Ce que les assesseurs confirment. « C’est très varié on a des jeunes, des vieux, des Blancs, des Noirs. On a été assez étonnés de voir autant de personnes issues de l’immigration : il y a pas mal de Franco-ivoiriens, de personnes originaires du Sénégal, du Maghreb aussi. Les gens en ont marre de l’insécurité et de la saleté à Saint-Denis, peu importe leur origine ».

Cette prise en compte de l’aspect local, on le retrouve également dans la bouche des votants. Marek, la quarantaine n’a pas voté en 2012. « Je suis déçu de la politique locale, à Saint-Denis il faut que ça bouge, aux législatives notamment. En ce moment, je me définirais plus comme étant de droite, donc je viendrais aussi au second tour ».

La plupart des votants interrogés n’ont pas l’air extrêmement politisés, comme Jacqueline, la soixantaine : « Primaire ou pas, j’aurais voté pour le candidat de la droite. Je ne m’intéresse pas beaucoup à la politique, je vote surtout par devoir civique ». D’autres comme Arnaud ont voté Hollande en 2012. « J’ai été déçu. En fait, je ne suis satisfait par aucun des candidats, à gauche comme à droite, et même parmi ceux de la primaire. Du coup, je suis venu voter pour le moins pire ».

Victor MOUQUET

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