En ce jour de premier tour de la primaire de la droite, plusieurs centaines de Gratiennois se sont déplacés pour ce scrutin. C’est un vote envers François Fillon qui semble se dégager dans cette ville historiquement ancrée à droite depuis plusieurs décennies. Reportage.

« Ça n’arrête pas depuis ce matin », s’exclame, enthousiaste, Dejan Sestovic, un des assesseurs mobilisés à saint-Gratien (Val d’Oise) pour la primaire de la droite et du centre. « Jusqu’à 10h30, on a eu entre 300 et 400 votes dans ce bureau de vote », ajoute-t-il. Signe que les électeurs de droite ont tenu à se mobiliser dans cette ville, ancrée à droite depuis 1983 : François Scellier, maire de Saint-Gratien de 1983 à 2001 puis député de la sixième circonscription du Val-d’Oise depuis 2002,  puis Jacqueline Eustache-Brinio qui lui a succédé à la mairie en 2001, réélue en 2014 avec 70,9% des voix (mais 50% d’abstention).

Le bureau de vote, situé au Centre culturel du Forum, est divisé en trois parties. La première englobant le nord de la ville, la deuxième concentrant le centre-ville, et enfin, le dernier pour le sud de la commune avec le quartier des Raguenets « moins susceptible de voter à droite que d’autres« , précise Gilles Pallier, conseiller municipal LR. En effet, ce matin, très peu de personnes des quartiers sont venues voter.

Une campagne intéressante

Pour la majorité des personnes interrogées par le Bondy Blog, tant au bureau de vote qu’au marché municipal, ouvert le dimanche, la campagne est jugée comme intéressante. « Ça s’est quand même passé, globalement, dans de bonnes conditions et de respect. À part, bien sûr, quelques dérapages qu’on a pu noter par moments« , précise Gilles Pallier. Ce dernier regrette toutefois l’attitude des journalistes, qui « parfois, préfèrent faire un petit peu d’audimat, ou se faire reconnaître« . Néanmoins, pour Emmanuel Jean-Jacques, un cadre venu voter avant de partir travailler, « les candidats n’allaient pas assez loin dans les propositions par rapport à ce que nous vivons ». Et les critiques restent vives. « On n’a pas entendu beaucoup d’idées et ils avaient essentiellement les mêmes dans ce qu’on entendait », analyse Karine Olivier, étudiante. « J’ai trouvé que la campagne était plutôt insipide » juge un habitant qui a préféré rester anonyme. Un Gratiennois de droite, croisé en allant au marché, n’était pas intéressé à l’idée de voter durant la primaire. « Je ne vais pas payer deux euros pour voter blanc ».

Une dynamique pour Fillon

Rares sont les témoins ayant refusé d’exprimer face à moi leur préférence. L’étudiante Karine Olivier, par exemple, était plus en adéquation avec Bruno Le Maire et Nathalie Kosciusko-Morizet. « Les candidats les plus jeunes« ,  précise-t-elle. Mais ce sont plutôt les trois favoris, François Fillon, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy qui ont les faveurs de l’électorat. L’ancien président de la République demeure le meilleur pour Emmanuel Jean-Jacques, qui estime qu’il est le seul candidat qui « peut aller discuter avec M. Poutine, ou avec M. Trump, ou avec d’autres, pour qu’on puisse trouver des solutions de paix dans le monde ». « C’est François Fillon qui me parait avoir la stature d’un homme d’État« , note Gilles Pallier. D’ailleurs la maire de Saint-Gratien, Jacqueline Eustache-Brinio, distribuait des tracts le weekend du 12 novembre pour l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy. « Je pense qu’il a de bonnes chances d’être au second tour, parce qu’il est sur une dynamique tout à fait positive. Alors qu’Alain Juppé, lui, est plutôt dans une phase de décroissance », ajoute le conseiller municipal, considérant que les électeurs de droite veulent lui faire payer son alliance avec François Bayrou. Du coup, les soutiens du maire de Bordeaux sont plus discrets. « Je trouve que Juppé a des idées assez modérées qui permettent justement de souder la société, en conservant des idées de droite », modère une personne préférant rester anonyme.

Comportement stratégique à gauche

La question d’une éventuelle participation au vote de personnes se revendiquant de la gauche laisse dubitatifs plusieurs électeurs de droite. « J’en connais qui souhaitent ainsi faire barrage à certains candidats », confie Karine Olivier. « Ça ne me regarde pas. Ça ne me concerne pas. C’est leur droit ! Donc, s’ils veulent le faire, ils le font », pour Philippe Boisse, ancien champion olympique d’épée et personnalité reconnue dans la ville. Mais l’idée que des électeurs de gauche viennent voter en irrite certains. « Je ne trouve pas cela très démocratique », s’indigne Emmanuel Jean-Jacques, considérant que les électeurs de gauche iraient se tourner vers Juppé, mais surtout pour empêcher Sarkozy de passer le second tour et de gagner la primaire. Pour d’autres, comme Benoît Fargnier, habitant de Saint-Gratien également, la réflexion est tout autre. « Ils ont, peut-être, un mot à dire sur un éventuel président qui pourrait arriver. Donc, ça paraitrait normal qu’ils puissent voter ». Parmi ces électeurs de gauche,  Chloé Dumont, étudiante. « Je suis allée voter surtout pour empêcher un candidat de devenir président de la République. Je n’ai absolument pas envie d’être représentée par lui ». Mais elle n’a pas voulu dévoiler ce candidat dont elle ne veut « absolument pas » qu’il devienne président.

Mais à trop vouloir se focaliser sur le vote des gens de gauche, vu comme minoritaire, il serait fâcheux de considérer que des personnes votant Front national ne viennent pas voter. « Il y a un certain nombre qui pourraient, peut-être, s’intéresser à la primaire », analyse Gilles Pallier de manière prudente. Les résultats de ce soir nous le diront.

Jonathan BAUDOIN

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