Saint-Ouen, dimanche soir, Ecole Emile Zola. Il n’y a pas foule dans le bureau de vote. Le dépouillement interviendra dans une trentaine de minutes. Les retardataires débarquent essoufflés pour glisser leur bulletin dans l’urne. Celui qui se prend pour le favori dans cette ville de Seine-Saint-Denis, William Delannoy (divers droite), est venu faire un tour dans le bureau avant sa fermeture. Il en repart confiant, même s’il déplore « le taux d’abstention, d’environ 50% ». Il pense être « élu dès le premier tour ». Le candidat fait la bise à quelques-uns des électeurs présents, qu’il connaît personnellement.

William Delannoy reprend sa voiture avec chauffeur pour une soirée qui s’annonce « comme toutes les autres soirées électorales », avec le sentiment de la victoire proche. Il a conduit « une liste citoyenne avec un tiers de gens de gauche, un tiers de centristes et un tiers de droite ». Il était déjà dans la course en 2001. Mais la communiste, maire sortante, Jacqueline Rouillon, avait était élue dès le premier tour avec environ 52% des suffrages.

En 2008, c’est tout autre chose ! La détermination est à nouveau au rendez-vous chez William Delannoy. Sa campagne fut « dynamique », comparée à celle de « Rouillon, que l’on a même pas vue sur les marchés », se lamente un Audonien. Le même, sortant à peine de l’isoloir, s’indigne à nouveau : « On n’a même pas le choix ! Où est la liste du FN ? Et celle du P.S ? » Carole, qui restera pour le dépouillement, estime, elle, que « cinq listes, c’est suffisant ! ».

QG de Mamadou Keita. Les premiers résultats tombent. Le téléphone n’arrête pas de sonner. Installé dans un canapé, musique de fond, et une petite équipe qui s’active derrière des ordinateurs, Mamadou Keita attend patiemment les résultats. Candidat divers gauche à la mairie de Saint-Ouen et Audonien depuis l’âge de onze ans, Keita dément avoir reçu des fonds du PCF pour financer sa campagne. « Les prêts existent dans ce pays ! », réplique-t-il.

Mamadou Keita pense que la ville « peut basculer à droite ». Sa campagne, il la juge « dynamique et de proximité, avec peu de moyens ». Il envisage toutefois la défaite, affirmant : « Je ne suis pas aussi présomptueux que Delannoy, qui se voit gagnant dès le premier tour. » Le candidat divers gauche veut « bousculer les choses », pense que le communisme, qui est pour lui « une idéologie et une façon de penser d’humanisme », n’est pas totalement caduc.

Collège Jean Jaurès. Delannoy est là ! Dans le bureau central de la ville, le dépouillement a commencé autour d’une dizaine de table. L’ambiance est tendue. Delannoy ne fanfaronne plus. Les communistes attendent avec crainte le score du candidat divers droite. Les résultats tombent : William Delannoy fait 37%. Il est devancé une nouvelle fois par la communiste Jacqueline Rouillon, qui empoche 42.86% des suffrages. Avec 10.31% des voix, le divers gauche Mamadou Keita s’est, lui, « complètement planté », commente une Audonienne.

Saint-Ouen la boboïsée peut théoriquement basculer à droite dans une semaine. C’est ça, ici, la surprise du premier tour ? Ou est-ce le fait qu’on n’ait pas aperçu la bobine de la maire sortante de la soirée ? Elle savoure peut-être déjà sa victoire, s’estimant désormais imbattable. Pas de nouvelles, bonnes nouvelles !

Karima, sœur du numéro cinq sur la liste de Delannoy, avoue ne rien comprendre à la logique des Audoniens. « C’est un mauvais choix », dit-elle après avoir pris connaissance des résultats. Elle pensait que son candidat l’emporterait au premier tour déjà. « Il faudra se battre, ce ne sera pas simple », pronostique-t-elle en prévision du second tour. Rodant dans les parages, voyant avec son écharpe rouge pétaradant, Patrick Pédrot, candidat d’une « Liste pour la défense des services publics », n’est pas très bavard ! Il parle de sa candidature au passé, mais, pour se consoler, déclare que « l’élection est déjà gagnée à partir du moment où j’ai réussi à monter une liste sur la ville ». Malheureusement pour Patrick Pédrot, une élection ne se joue pas à qui perd gagne.

Mehdi Meklat

Photo: Sébastien Bossi
Légende: Debout, en cravate, William Delannoy

Mehdi et Badroudine

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