[#PRÉSIDENTIELLE2017] Pour son dernier grand meeting avant le second tour de la présidentielle, la candidate de l’extrême droite est venue en Seine-Saint-Denis où elle y a prononcé un discours axé sur une critique virulente de Macron. Elle y a fait aussi l’éloge de l’identité de la France mais de longues passages de son allocution ont été plagiés d’un des derniers discours de campagne de François Fillon.

Éviter les sujets qui fâchent, rassurer et dézinguer l’adversaire… mais se prendre les pieds dans le tapis. Ce lundi 1er mai, Marine Le Pen tenait son dernier grand meeting de campagne, à six jours du deuxième tour de l’élection présidentielle. Autoproclamée « candidate du peuple« , elle a choisi le jour de la fête du travail pour convoquer ce rassemblement à Villepinte, ville populaire de la Seine-Saint-Denis, département le plus pauvre de France. Épaulée par son nouveau soutien, Nicolas Dupont-Aignan, pendant plus de 40 minutes, la candidate, qui tente à tout prix d’atténuer l’héritage Le Pen et du FN, a tiré à boulet rouge sur son concurrent et sur « le système » dans un rendez-vous dont le seul mot d’ordre semblait être : rassembler. Mais ce faisant, elle s’est fait attraper en train de plagier un discours prononcé par François Fillon il y a quelques semaines à peine.

Parc des expositions, il est un peu moins de 13h, quand Marine Le Pen prend la parole, galvanisée par ses 21,4 % du premier tour, et par les mots de Nicolas Dupont-Aignan, qui l’a précédé sur scène. Il est sa plus grosse prise de guerre. Candidat de Debout la France au premier tour, il a réalisé rassemblé 4,7 % des voix. Il prouve qu’elle aussi est capable d’engranger des soutiens et enterre au passage le « front républicain«  qui a bien souvent ralenti le FN dans ses grandes ambitions. « Désormais, c’en est définitivement fini du piège mitterrandien de la division des patriotes », estime-t-il, ovationné par le public qui crie son nom. Elle prend acte : hommage appuyé au candidat malheureux de Debout la France, qu’elle a promis de faire Premier ministre en cas de victoire. Elle égrène ses autres soutiens : Christine Boutin, chef de file du Parti chrétien démocrate, la Gaulliste Marie-France Garaud, ancienne député européenne et Bruno North, président du parti Centre national des indépendants et paysans (CNIP). « Nous formons désormais la grande alliance patriote et républicaine », clame-t-elle, déclenchant les hourras.

Pour arriver au deuxième tour, celle qui a laissé temporairement la présidence du Front national (FN), il y a 7 jours, pour se dédier à sa campagne, a décidé de ratisser plus large. Elle évite donc de s’épancher trop sur l’un de ses thèmes de prédilection, l’immigration, sujet épineux à Villepinte. Comme l’ensemble de la Seine-Saint-Denis, l’histoire de cette ville est profondément marquée par les différentes vagues migratoires. Beaucoup de ses enfants ont des origines étrangères et le « 9-3″ abrite un nombre important de musulmans. Mais Marine Le Pen ne laisse pas ses fondamentaux de côté pour autant. Pour souder l’auditoire, après une allusion pudique à la réduction du » solde migratoire », elle se lance dans une ode à la France : « Napoléon disait que la politique d’un État procédait de sa géographie. Avec ses trois façades maritimes, la manche et la mer de Nord qui nous relie au monde anglo saxon et l’immensité septentrionale. La façade Atlantique qui nous projette vers le grand large et nous parle d’aventure. La façade méditerranéenne, foyer des civilisations humaines parmi les plus vielles et les plus riches de l’histoire… »

Plagiat d’un discours de François Fillon

Sauf que la mélodie a comme un air de déjà vu. Dans un discours du Puy-en-Velay du 15 avril 2017, voici ce que disait François Fillon : « Trois façades maritimes : la Manche et la Mer du Nord ouvertes sur le monde anglo-saxon et l’immensité septentrionale ; la façade atlantique qui nous ouvre depuis des siècles le grand large et nous livre ses aventures ; la façade méditerranéenne, foyer de civilisations parmi les plus vieilles et les plus riches de l’histoire… » Cela ne s’arrête pas là. De larges partie du discours de Fillon sont disséminées çà et là dans celui de Marine Le Pen. Ils sont rigoureusement identiques, comme le révèle cette vidéo de la chaîne Youtube RidiculeTV, un compte alimenté par des Fillonistes.

Contrer ceux qui l’accusent de nourrir un projet totalitaire cette fois, elle retourne l’argument. « Si on regarde cet univers tourmenté, nous voyons que deux idéologies totalitaires cherchent à se mettre en place autour de nous. D’un côté, le mondialisme, qui voit le monde comme un grand marché où l’homme n’est plus qu’un consommateur (…). De l’autre, l’idéologie islamiste, qui cherche à asservir le monde par la terreur ». Là aussi un passage largement repris du discours de l’ancien candidat des Républicains. Elle se pose en sauveuse des valeurs de la France par une voie du milieu « soucieuse de l’humanité de l’Homme et qui nous commande faire confiance à le raison et au libre-arbitre (…) de la liberté des individus et des peuples ».… Là encore, les mots sont ceux de son ancien concurrent des Républicains.

Par opposition à ces « totalitarismes« , la candidate de l’extrême droite dénonce son adversaire comme étant le candidat du système, imposé par une « caste » d’élite, contre la volonté su peuple. Elle fait huer « les médias, chiens de berger du troupeau électoral  » qui auraient la charge d’imposer d’appeler à voter pour le candidat du système et d’interdire d’appeler à ne pas voter pour ce candidat.

Offensive sur le candidat de « l’ultra-libéralisme et de la finance »

Une grande partie du discours a d’ailleurs été dédié au candidat de En Marche !. « Emmanuel Macron, c’est François Hollande qui veut rester, et qui s’accroche au pouvoir comme une bernique (coquillage en forme de  »chapeau chinois », très difficile à décrocher de la coque des bateaux NDLR) ». Hilarité générale. Le leader du mouvement « En Marche » serait le successeur d’un président honni, « qui a mis la France en échec et qui n’a jamais gouverné pour le peuple ».  Copieusement conspué et raillé, l’ancien ministre de l’Économie est présenté comme celui qui mènera la France sur la voie de l’ultra libéralisme et de la finance. « La société de Macron, c’est en marche ou crève. En marche vers plus de mondialisation, de délocalisation, de misère, de chômage, de précarité (…) La finance n’a jamais aussi bien déployé ses tentacules que sous le quinquennat Macron-Hollande. (…) C’est M. Macron qui a fait capoter la loi de séparation des banques d’affaires et des banques de dépôt. Ces services-là se payent ». De cette manière, Marine Le Pen rassemble autour du rejet que François Hollande comme Emmanuel Macron inspirent chez de nombreux électeurs. Elle évite au passage bien des sujets délicats, qui pourrait faire éclater la belle unité de cette journée.

En dépit de toutes ces délicatesses, peu de visages colorés ressortaient de l’assemblée. Quant à la sécurité, elle veillait au grain interdisant aux journalistes de s’approcher de l’estrade, mais aussi des militants et des sympathisants assistant au meeting. Dommage, « le peuple » tant célébré, aurait sûrement eu des choses à nous dire…

Alban ELKAIM

Crédit photo : Frédéric BERGEAU

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