On attendait un duel serré entre le maire sortant Didier Vaillant (liste de gauche) et Sylvie Noachovitch (liste d’union, UMP et Modem). Rien de cela ne s’est produit. La gauche a triomphé dés le premier tour avec un score sans appel de 62 % contre 38 % pour son adversaire. Dans la nuit, tard après l’annonce des résultats, le QG du maire était en effervescence, les militants stressés et inquiets durant la campagne, criaient leur joie devant une si belle victoire.

Au même moment, l’abattement régnait à la permanence de l’UMP. Les militants n’imaginaient pas une défaite aussi cinglante, surtout après la campagne de folie de leur candidate. La stratégie de Sylvie Noachovitch pouvait sembler gagnante au départ : celle-ci a été très réactive aux événements de Villiers-le-Bel. Il a joué la carte du clientélisme envers les différentes communautés de la ville, s’est unie avec le Modem dont le chef de liste, Ali Menzel, est une figure locale, a critiqué la médiatisation de la vague d’arrestations 18 février, pris la défense d’une des personnes arrêtées, médiatisé sa campagne, utilisé son image people de vue à TF1, intégré des personnes issues de la diversité dans sa liste, s’est gardée d’afficher son appartenance à la droite.

Face à elle, Didier Vaillant a opté pour la discrétion, ce qui a d’abord inquiété beaucoup de ses partisans, en particulier Ali Soumare, secrétaire du PS de la ville, au point qu’il en a quitté la liste tout en continuant à militer pour le maire sortant, auquel on a reproché sa gestion des émeutes en novembre. Il s’avère aujourd’hui que Didier Vaillant avait raison puisque c’est lui qu’il l’emporte.

Les Beauvillésois ont préféré reconduire un maire discret et non médiatisé, à une candidate aimant les sunlights, tout droit sortie de l’émission « Sans aucun doute », qui joue avec le populisme. Les citoyens de la commune veulent retrouver l’anonymat, ce qui ne leur était pas garanti avec la médiatique Sylvie Noachovitch. La modestie préférée aux paillettes, voilà qui démontre que les électeurs de Villiers-le-Bel ont su résister aux promesses à tout-va.

La plus grave erreur de Sylvie Noachovitch est d’avoir considéré les habitants de Villiers-le-Bel comme un ensemble de communautés. Elle a pensé qu’il suffisait de promettre à chaque ethnie telle ou telle chose, pour pouvoir l’emporter. Elle n’a pas apparemment pas compris que les habitants de cette commune sont des citoyens qui votent en leur âme et conscience, ils ne communautarisent pas leur vote.

A l’heure de la discrimination positive et de la diversité dans chaque liste, il est présomptueux et dangereux de croire qu’il suffit de mettre « un Arabe » ou « un Noir » sur une liste, ou de promettre un temple aux bouddhistes, pour remporter une élection. Les citoyens réclament du respect et de la considération, ils ne sont pas dupes.

Chaker Nouri

Chaker Nouri

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