Présent au cinéma Les Amphis de Vaulx-en-Velin (69), j’assiste à une prise de parole du maire de la ville qui doit nous quitter pour se rendre sur les lieux de la réunion organisée à la salle des fêtes et des familles par l’association d’Alain Soral « Égalité et réconciliation ». Cette rencontre avec celui qui se décrit comme un intellectuel dissident et qui a longtemps adhéré au Front national, parce que selon lui « on nous a fait croire que Le Pen n’était pas fréquentable », pour finalement rejoindre la liste électorale de Dieudonné lors des Européennes, a été annulée par le préfet.

Piqué par la curiosité, je m’y rends aussitôt, seul, après qu’un ami eut refusé de m’y accompagner, ne souhaitant pas se rendre « à un rassemblement de fachos ». Une fois sur place, des policiers présents m’indiquent que la réunion a finalement été déplacée à l’Hôtel Kyriad. « C’est l’extrême gauche locale qui a demandé au préfet, via le maire, l’annulation de ma réunion. Et c’est ce dernier qui a refusé de me serrer la main, mais heureusement, l’Hôtel Kyriad nous a permis de nous réunir en nous laissant l’accès à leur salle. Je suis là pour réconcilier les Français de souche et les Français musulmans », m’assure Alain Soral.

Dans le salon de l’hôtel, près de 150 personnes dont une vingtaine d’origine maghrébine sont présentes. Je questionne un jeune sur la raison de sa présence. « Je me prénomme Benoît. Je suis contre le mondialisme instauré par le capitalisme, mais je suis pour un patriotisme capitaliste. Alain Soral, tout comme Dieudonné, répond a beaucoup de questions que je me pose, mais avec l’humour en plus. » La soirée se poursuit dans un restaurant du centre-ville. Je m’y rends vers 1 heure 30 et m’assois aux côtés de deux jeunes : Abdel et Jihade. Je les interroge sur leur parcours respectifs et la vision qu’ils ont de la politique en général.

Jihade, 20 ans, m’explique sa position : « Je suis d’origine libanaise et j’ai commencé à militer à l’âge de 16 ans avec la jeunesse du Front National. Maintenant, j’adhère à « Égalité et réconciliation », mouvement qui regroupe des personnes de tous horizons, de l’extrême droite à l’extrême gauche. Je suis contre la nouvelle ligne politique islamophobe de Marine Le Pen, qui tape trop sur l’islam, à la différence de son père qui est antisioniste. Selon moi, c’est pour cela que Marine passe beaucoup plus à la télé, comme dernièrement lors du débat Besson-Le Pen. Elle fait ce qu’on lui demande de faire pour passer à la télé. Pour ma part, je suis, entre autres, pour les expulsions des délinquants bi-nationaux. »

Abdel, 30 ans, prend à son tour la parole : « Je suis musulman et je suis contre le PS et toutes ces associations anti-racistes qui nous ont pourris depuis plus de vingt ans maintenant. Je suis pour la droite des valeurs et la gauche du travail. Je suis pour une droite des valeurs, car sinon comment expliquer à tes parents la gay pride ou que ta sœur se promène nue. Ceux qui ont accusé Le Pen de raciste, parlent maintenant de racailles et de prototypes ! Selon moi, ce débat d’identité nationale n’a pas à avoir lieu, au contraire on prépare le peuple à une guerre contre l’Iran, les burqas et les minarets. »

Je m’adresse alors à deux autres jeunes qui se dirigent à l’extérieur pour fumer. Sabrina de Vénissieux et Laurent originaire de Côte-d’Ivoire qui acceptent de répondre à mes questions dès leur retour. Mais malheureusement, sûrement « briffés » entre-temps, ils se désistent.

Après avoir écouté avec attention les propos de ces jeunes d’origine étrangère, je ne peux que me demander pourquoi ces derniers basculent à un moment donné dans l’extrême droite, peut-être même après avoir été dans l’extrême gauche ? Pour l’heure, j’en conclus que même dans les mouvements d’extrême droite, la population française est représentée dans son ensemble, avec toute sa diversité d’âge, de sexe, d’origine et de profession…

Azzedine Benelkadi (Lyon Bondy Blog)

Azzedine Benelkadi

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