Il est clair qu’il y a un gros problème dans l’offre politique, beaucoup d’électeurs ont vu passer les trains de la gauche, les mêmes ont vu passer les trains de la droite. « Ils » n’ont ressenti que très peu de différence entre les uns et les autres et ils ont constaté que les promesses n’ont pas été tenues. Résultat : on ne vote plus ! Sur le terrain, on constate aussi que, même lorsqu’elle arrive en tête, la gauche a perdu le soutien d’une grande partie de la population des quartiers populaires. La raison est simple, elle se soucie assez peu de ces derniers, parce que son assise sociologique s’est transformée, au point que cette gauche devient un parti des classes moyennes. L’abstention joue aussi son rôle : pourquoi aller draguer l’électorat des quartiers populaires avec un résultat qui serait moindre ?

Les dernières élections cantonales ont battu des records avec 56 % d’abstention. Pourtant, la baisse de la participation électorale n’est pas récente et, au-delà d’explications conjoncturelles, le diagnostic d’ensemble est bien connu : le fossé ne cesse de grandir entre les partis politiques et certains Français, notamment les électeurs des classes populaires. Ceux-ci ne sont plus la priorité des partis de gauche et n’ont jamais été celle de ceux de droite, les hommes politiques semblent s’être rangés à l’idée que la forte abstention enregistrée d’élection en élection, dans les bureaux de vote des quartiers populaires, est inéluctable. Hors, si les classes populaires votent structurellement moins, pourquoi les mettre au cœur des programmes proposés ? Il paraît plus rationnel de tenter de convaincre des électeurs qui votent !

Ainsi l’offre politique creuse l’écart entre électeurs actifs, courtisés par les partis, et classes populaires dont les préoccupations sont moins prises en compte ; elles se sentent alors d’autant plus délaissées et continuent de s’abstenir, le cercle vicieux se referme et pourtant l’abstention n’est pas une fatalité car elle est  également la résultante d’une réflexion et par la même l’expression d’une opinion basée sur la raison, cette faculté universelle de juger, détenue par tous.

Il y a une citoyenneté bien vivace en banlieue, en dépit de l’abstention ou du désaveu envers le gros de la classe politique, il semble du coup que parler de “vide politique” est un peu rapide, une « autre façon de faire et de penser la politique » émerge, avec la conviction que l’égalité est un état de droit et que le pacte social se réalise grâce à la volonté générale où chacun s’intègre et s’épanouit. Un renouvellement générationnel s’opère, une démographie qui change complètement dans la France urbaine et en particulier dans ces quartiers dotée d’une  conscience politique, quoi qu’on en pense.

Pourtant, les partis politiques insistent beaucoup sur le déclassement de la classe moyenne mais pas du tout sur la ségrégation des quartiers populaires, ce qui représente une aberration majeure au regard des évènements de ces dernières années et notamment ceux qui ont eu lieu en 2005. Comment est-il possible qu’après le 27 octobre 2005 et l’embrasement des banlieues qui en a découlé, les politiques publiques menées n’aient aboutit qu’à un désengagement de la république encore plus important, plus profond, que ce soit dans sa représentativité, par la désertification des services publics ou dans sa rupture avec le Pacte social, par ses actions de relégation et de stigmatisation d’une partie de sa population?

Pourquoi les populations des quartiers populaires sont-elles ignorées dans les débats publics et les programmes politiques ? Soit il s’agit d’une improvisation hasardeuse et dans ce cas elle sera lourde de conséquences un jour ou l’autre, soit il s’agit d’un désintérêt clairement affiché et dans ce cas, les débats et échéances politiques à venir seront complexes que ce soit pour la droite et sa politique agressive de désunion nationale ou pour la gauche et sa politique « d’union sélective ».

Il serait irresponsable de considérer que les électeurs des quartiers populaires ne prendront pas part aux élections présidentielles de 2012 quoi qu’en disent les statistiques sur l’abstention et tout aussi irresponsable de considérer leur voix comme acquises pour quelque parti que ce soit, il est par contre très clair que le choix, se fera sur des programmes politiques et des engagements concrets en direction de ces populations (Si on peut considérer que choix il y a au regard de l’offre politique qui est faite et sa représentativité).

Les élections présidentielles de 2012 s’annoncent cruciales pour le devenir de notre société mais pour que l’avenir ne se décide pas sans la voix de la banlieue, et afin de mobiliser l’électorat issu des quartiers populaires, le collectif ACLEFEU lance une campagne d’inscription sur les listes électorales qui débutera le 9 novembre 2011 à l’Espace 93 de Clichy-sous-Bois.

Des débats seront organisés en présence de personnalités sur les thèmes suivants :

–       l’abstention

–       l’utilité de s’inscrire et de voter

–       l’engagement citoyen

En fin de journée les jeunes participants seront accompagnés jusqu’en mairie pour aller s’inscrire sur les listes électorales.

Afin de bâtir un avenir commun, juste et assis sur la reconnaissance de chacun, de croire en la France de demain, celle qui ne craint pas son voisin et qui regarde au loin, nous nous acheminons sur un terrain qui n’est pas sportif mais il recèle une belle ambition collective une forte conscience sociale sur ce qui se passe au niveau local mais aussi nationale et un regard politique dans un esprit pacifique.

Le Collectif ACLEFEU

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