Bonjour, Adalet, vous n’avez pas pu voter aux municipales ? Non, en effet, je n’ai pas pu car je ne suis pas de nationalité française mais turque. Pourtant, cela fait plus de 30 ans que j’habite en France. Que ressentez-vous au fait de ne pas pouvoir voter ? C’est frustrant. Tu ne peux pas donner ton avis sur la personne que tu souhaiterais élire pour te représenter. Pour les présidentielles, je peux le comprendre, car c’est un scrutin national, mais pour les municipales, pourquoi les personnes étrangères ne peuvent-elles pas voter ? Tu restes quand même un citoyen à part entière de la commune, au quotidien ; tu vis avec ta ville, tes enfants y vont à l’école. Je participe à la vie locale, je paie la taxe d’habitation, des impôts sur les revenus. Tu paies, mais tu n’as pas le droit à la parole dans les urnes. Je me considère comme une citoyenne à part entière mais je n’ai pas le pouvoir de décider pour mon avenir et pour celui de ma fille. Mis à part cela, je n’ai pas d’autres problèmes avec le fait de ne pas être de nationalité française.

Avez-vous le droit de vote dans votre pays d’origine ?

J’ai le droit de vote en Turquie. Mais, ne vivant pas là-bas, ne sachant pas ce qui s’y passe, cela n’a pas grand sens pour moi de voter à l’occasion d’élections turques. Parce que pour moi, ma vie est ici. Mais la contradiction est là : j’ai le droit de vote en Turquie mais cela ne me sert absolument à rien, et en France où je vis et je ne l’ai pas au niveau local.

Si on vous donnait le droit de vote aux municipales en France, iriez-vous voter ?

Oui, bien sûr que oui. Parce que cela reste la commune, les municipales, cela me concerne beaucoup plus. Les municipales concernent vraiment les étrangers. On vit dans une ville, on bénéficie de tout ce qui est social, de tout ce que la ville propose, mais en même temps on te donne sans que toi, tu aies ton mot à dire. On t’impose des politiques.

Pourquoi n’avez vous pas demander la nationalité française ?

Cela fait 31 ans que je suis en France, j’ai une fille qui est de nationalité française, qui fait sa scolarité ici, j’ai fait moi-même ma scolarité ici, que j’ai commencée en maternelle. Maintenant, je n’ai jamais fais la demande moi-même, parce que je n’ai pas de soucis par rapport à ma nationalité. Surtout du point de vue du travail, le fait que je sois étrangère n’a, selon moi, jamais influé sur le choix des employeurs de me donner un travail ou non. Aujourd’hui, je me rends compte que je n’ai pas accès au vote, or ça, c’est très important, c’est l’avenir de nos enfants, de ma fille qui se joue sans que je puisse moi donner mon avis. Mais bon, vu le délai d’attente et le dossier que tu dois fournir, c’est énorme. Tu vas à la préfecture de Bobigny, ce n’est pas possible ! Ne serait-ce que pour retirer un dossier de demande de naturalisation, il faut y aller à 6 heures du matin, ils prennent les cent premières personnes, tu passes toute ta journée et encore, ce n’est même pas sûr que tu aies le dossier. Mais bon, il faudra bien un jour ou l’autre que je le fasse.

Pensez-vous que le vote utile ?

On a pu le voir, bien sûr que c’est utile. Bon, c’est vrai que les gouvernements mis en place depuis des années ne nous ont pas fait ressentir, à nous étranger, ce côté étranger. Enfin de mon point de vue, pour tout ce qui est administratif, je n’ai jamais eu réellement de problème avec ma carte de résident. Mais en 2001, quand on a vu Le Pen arriver, c’est là que tu te dis qu’avoir le droit de vote en général, c’est important. Là, je me suis dis que ce serait bien d’être française pour pouvoir voter et écarter les personnes qui peuvent être une menace pour les étrangers.

Un message à faire passer aux hommes politiques ?

Oui, j’aimerais qu’ils mettent en œuvre ce qu’ils disent, parce que c’est beaucoup de paroles en l’air, malheureusement. Il y a des fois où, sur Bondy, on voit les changements arriver au moment des élections, mais ces changements, il les faudrait continuellement.

Propos recueillis par Thomas Romain

Thomas Romain

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