MUNICIPALES 2014. Candidat à sa propre succession, le socialiste Philippe Doucet est à la tête d’une liste « grand-écart » réunissant des tendances politiques allant du centre à l’extrême-gauche. Une liste atypique pour une ville singulière. Portrait.

Phillipe Doucet, 52 ans député de la 5e circonscription du Val d’Oise et maire PS d’Argenteuil est un homme très occupé. Après une petite heure d’attente – une réunion qui s’est éternisée – c’est dans son bureau qu’il m’a reçue, à l’hôtel de ville d’Argenteuil. Argenteuil, commune dont il parle avec passion lorsque je lui demande ce qu’il l’a attiré ici, lui, ce natif du Havre, qui fut un temps conseiller municipal à Cormeilles-en-Parisis.

«Argenteuil c’est une grande ville, diverse, populaire. C’est la quintessence de ce qu’est l’Île-de-France. Argenteuil a une superbe histoire industrielle et urbaine. C’est une ville avec une énorme richesse et des atouts considérables ». C’est pour ces raisons, entre autres, qu’il brigue un deuxième mandat. Mais c’est aussi parce qu’il souhaite « accomplir l’autre moitié du chemin » dans les domaines de l’éducation ou de la rénovation urbaine par exemple.

Ainsi, question rénovation urbaine, s’il concède que c’est son prédécesseur et rival dans cette campagne Georges Mothron qui a conclu avec Jean-Louis Borloo le plan ANRU 1 (Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine), lui et son équipe ont trouvé le financement et ont «bloqué les destructions de logements sociaux dans une optique de nettoyage social » qui étaient prévues dans le quartier dit du Val d’Argent. La prochaine étape ? Inscrire un autre quartier d’Argenteuil dans le plan ANRU 2, tel était le but de la récente visite du ministre de la ville François Lamy.

Une visite d’un ministre utile donc, loin des visites d’autres ministres qui ont rendu Argenteuil si médiatique. Cette image, Philippe Doucet veut également la changer car « Argenteuil ça n’est pas un terrain de jeu, lorsque Ségolène Royal a voulu y organiser une fête de la fraternité après les émeutes à Grenoble j’ai dit non pas chez moi, alors elle est allée la faire à Arcueil. Pareil pour Rachida Dati qui voulait faire du tourisme médiatique en venant en tailleur Chanel sur la dalle, alors j’ai dit au préfet que je ne lui louerai aucune salle. »

Comme beaucoup de candidats d’autres villes, le maire sortant sait bien que les municipales sont des élections qui se jouent souvent loin des considérations nationales. Ainsi, la seule chose qu’il défend, c’est son projet mené par une liste très large rassemblant de l’extrême-gauche jusqu’au centre. Un écart idéologique qui peut surprendre, mais qui lui parait évident.

« Ce qui compte c’est le projet pour la ville. Je n’ai pas de difficultés à rassembler car en face, j’ai un candidat mi-droite, mi-extrême droite. Les gens, ils ne viennent pas pour mes beaux yeux, ils viennent pour le projet, ils sont très attachés à leur ville et ils savent que je veux porter la ville vers le haut, que je suis attentif ».

Et Philippe Doucet se veut fort de son bilan que « même les gens de droite ne contestent pas », et qui comprend, entre autres, la création d’un « conseil du vivre-ensemble » ou l’ouverture d’un pôle universitaire en 2012, mais « du chemin reste à faire ».

C’est ainsi que Philippe Doucet mène campagne, loin du « populisme crasseux » qu’il reproche à son adversaire et en affirmant, non sans ironie, « mais j’aime Georges Mothron, vous pouvez l’écrire, c’est mon candidat porte-bonheur. Il est obsédé par Philippe Doucet, il ne digère pas sa défaite de 2008 et il est comme tous ces membres de la droite populiste qui pensent qu’il n’y a qu’eux qui sont légitimes au pouvoir. Mais s’il avait eu un bilan, il aurait été réelu »

Mais ce que n’a pas dit Philippe Doucet, c’est que cela s’est joué à très peu en 2008, Georges Mothron étant arrivé en tête au premier tour avant de récolter 49,44% des voix au second tour. Philippe Doucet ne semble pas inquiet quant à son avenir : « J’ai un projet pour cette ville, mais si les Argenteuillais pensent que le sien est meilleur, pas de problèmes, je m’en irai, j’ai un métier ».

Latifa Oulkhouir

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