Arnaud Montebourg était l’invité de la Bondy Blog Radio mardi 6 décembre. Candidat à la primaire de la « Belle alliance populaire », l’ancien ministre de l’Economie a répondu pendant une heure aux questions de Nassira El Moaddem et des reporters du Bondy Blog. De sa campagne aux thématiques liées aux banlieues ou à l’économie en passant par quelques-unes de ses mesures comme la restauration d’un service national, morceaux choisis.

Sa campagne

Je suis de moins en moins seul. Je suis soutenu par une centaine d’élus sur tout le territoire, 25 députés, Christian Paul, ex-ministre de Lionel Jospin… J’ai un programme de redécollage économique, de croissance décarbonée, de république nouvelle, de reconstruction des services publics… C’est très ambitieux mais je crois que nous pouvons avoir des ambitions et des audaces parfaitement réalistes. Nous devons imaginer de « refaire France » ensemble. Je veux une révolution douce du système par le bas.

La situation des quartiers populaires

« Il y a des problèmes qui existent en banlieue. On les connaît : la pauvreté et l’appauvrissement de nombreuses familles, la disparition des services publics, la difficulté des perspectives d’avenir pour la jeunesse… Et ces dernières années encore, il y a des quartiers ou des régions qui ont été oubliés. Le changement devait être pour maintenant. Aujourd’hui, tout le monde constate qu’il est nulle part. C’est ça, la vérité ».

Le retour de la police de proximité

« Je propose la reconstitution d’une police de proximité. On n’a pas les effectifs à mettre sur le terrain aujourd’hui, donc il n’y a plus le lien de confiance entre la police et la population. Je propose que la police vive dans les quartiers où elle travaille, au milieu de la population. La police doit ressembler aux habitants. J’ai aussi souhaité recruter des policiers et gendarmes auxiliaires pour soutenir les forces de police sur le terrain, grâce au service national que je veux mettre en place. Combien ça coûte ? Ça coûte… ce dont on a besoin. Je ne vais pas passer ma vie à chiffrer mes propositions ».

Le récépissé contre le contrôle au faciès

« Ce ne sera pas dans mon programme en 2017. Le contrôle dit « au faciès » est un problème culturel, il ne faut pas bureaucratiser les contrôles de police. Pour moi, c’est lié à la formation des policiers, à la diversification des recrutements des forces de l’ordre et au fait que la police et la population se rapprochent. Dans notre pays, il y a un problème fondamental : on ne se fait plus confiance. C’est la société de la défiance. Nous avons besoin de bâtir, par le leadership politique et celui de la police, une culture de collaboration avec la population. Ça va prendre du temps ».

Adama Traoré

« La transparence et la connaissance des faits doivent être, peu importe les circonstances, accessibles à la famille. (…) C’est le rôle du gouvernement que de déclencher des enquêtes. Il aurait tout à fait pu le faire dès lors qu’il y a eu contestation. Dans ce type de drames, il y a aussi des mots à dire. Quand elle survient, ce type de tragédies porte atteinte à notre cohésion ».   

L’éducation nationale

« Nous devons réinvestir dans l’éducation nationale. Ça passe par la maîtrise des savoirs fondamentaux : lire, écrire, compter. Il faut que chaque enfant les maîtrise à la fin de l’année de CE2, en gardant le même professeur pendant trois ans. Je propose aussi qu’on dédouble, voire détriple, les classes (…), qu’on remette les inspecteurs sur le terrain, que nous mobilisions aussi les retraités de l’Education nationale ou les appelés du contingent qui ont un bagage universitaire. Il faut investir massivement mais je ne veux pas donner d’engagements chiffrés, comme les 60 000 postes (proposés par Hollande en 2012). Le vrai sujet, c’est l’obligation de résultats. C’est une mobilisation nationale. Nous sommes capables de le faire dans ce pays. En un quinquennat, on peut inverser la donne. Je propose cette reconquête. Ça coûtera ce que ça coûtera ».

Son plan de relance de l’économie

« Je propose qu’on réinvestisse 30 milliards d’euros dans l’économie française : 10 milliards d’économie et 20 milliards de dette. Quand on remet en marche l’activité économique d’un pays, ça provoque une remontée de l’activité et ça fait chuter la dette et le chômage. Je propose un plan de redécollage économique. Avec 20 milliards d’injection dans les infrastructures, 10 milliards sur l’augmentation du pouvoir d’achat pour les Français les plus modestes (jusqu’à 1,2 SMIC), ça donne 500 000 chômeurs de moins, 2% de croissance de plus, 12 points de dette de moins et une stabilité du déficit à la fin du cycle ».

La lutte contre le chômage

« Beaucoup d’institutions sont aujourd’hui chargées de la lutte contre le chômage : Pôle Emploi, les régions, l’AFPA, les GRETA, les chambres de commerce et d’industrie… Chacune de ces institutions a beaucoup d’argent mais très peu pour les chômeurs : seulement 14% des 30 milliards d’euros pour la formation professionnelle. C’est un problème. J’ai proposé de rassembler toutes ces institutions éclatées au niveau local, le tout dirigé par une personne, le commissaire à l’emploi, élu dans chaque région. Il rendra des comptes aux chômeurs, aux contribuables… »

La désillusion vis-à-vis de la gauche

« Est-ce que les jeunes vont être les arbitres silencieux et passifs d’une bataille entre François Fillon et Marine Le Pen ? Heureusement qu’il y aura un autre choix. Mon travail sera d’assumer les erreurs du quinquennat et de nous projeter vers un autre chemin. Mon projet est un projet alternatif à ce que nous avons vécu ces dernières années ».

Si Manuel Valls gagne la primaire ?

« Il y a des règles dans les primaires qui s’appliquent à tous y compris à lui-même, elles sont réciproques, ce sont celles d’un soutien. Je ne me place pas dans la perspective d’une victoire de Manuel Valls. Je pense que nous réussirons à unir les gauches. Si je l’emporte, je défends, moi, les gauches réconciliées, y compris avec Jean-Luc Mélenchon, les communistes, les Verts de Yannick Jadot… S’il gagne, je ferai mon devoir… Ce n’est pas impossible de gagner en 2017 si nous réussissons ce chemin de reconstruction en un temps serré. Pour l’instant, aucun candidat n’est en mesure de gagner seul. J’appelle d’ailleurs Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon à se joindre à la primaire ».

Une alliance avec Taubira ?

« Je n’en suis pas là puisqu’elle n’a pas exprimé ce type de projets. Ce que je sais, c’est que c’est une amie chère, qui m’a soutenu à la primaire de 2011 et que c’est une femme d’Etat. Nous pouvons être sincèrement admiratifs de ce qu’elle a fait : elle a donné à la gauche un certain nombre d’éléments de bilans positifs. Mais je ne peux pas me situer dans des hypothèses. Pour l’instant, nous travaillons sur le réel ».

Les polémiques liées au port du voile

« La laïcité a pour but de faire en sorte que les convictions religieuses n’interviennent pas dans le champ politique ; pas de pourchasser ou de montrer du doigt une religion. Ce n’est pas une lutte contre des choix personnels et individuels. Un professeur d’université ne peut pas montrer ses convictions religieuses mais un usager du service public fait ce qu’il veut ; dans la rue, sur la plage, sur le banc de la faculté… C’est la liberté. On peut désapprouver à titre individuel tel ou tel comportement mais je ne suis pas favorable à les faire interdire, ce serait une position excessive ».

Le service national et le prêt d’honneur universel

« J’ai proposé de rendre obligatoire un « service national » pour chaque jeune homme ou jeune femme. En découlera pour chacun ce que j’appelle le « prêt d’honneur universel ». Une fois le service national dûment accompli, la Banque de France permettra à tout jeune de financer son projet : associatif, humanitaire, entrepreneurial… Le tout sous la forme d’un micro-crédit, entre 5 000 et 10 000 euros, avec des associations qui accompagnent la réalisation de ce micro-crédit. C’est un acte de confiance destiné à la jeunesse pour lui faire comprendre qu’on a besoin d’elle. Les jeunes auront toute leur vie pour rembourser ce prêt ».

Arnaud Montebourg prêt à rendre publique l’activité de son entreprise ?

« C’est une toute petite entreprise, nous sommes deux, moi et mon ancienne collaboratrice que j’ai reprise car elle était déjà avec moi quand j’étais avocat, député, quand j’étais au ministère, je l’ai réembauchée dès que j’ai pu. Je lève de l’argent pour les PME avec un partenaire sur des PME enracinées. On travaille pour la transmission des PME, ce sont des choses très modestes (…) Oui je rendrai publics les comptes de ma société bien volontiers. Mon salaire est à peu près le même que celui de ma collaboratrice. Il n’y a pas d’écart salarial presque, de 100 euros seulement. (A la faveur de qui ?) De moi-même, c’est vrai ! Je ne suis pas Steve Jobs ! Ce qui m’a plu dans cette traversée de l’économie française c’est de retourner travailler parmi les Français et de vivre les mêmes choses sur le plan entrepreneurial . (Vous gagnez combien ?) Je gagne 4 000 euros. Je dis que la vie que j’ai c’est de vivre au milieu des Français et au milieu d’eux. Le premier problème c’est le financement des entreprises, c’est la croissance et le développement des entreprises. Quant à mon salaire, c’est la moitié de ce que je gagnais lorsque j’étais au ministère ».

Propos recueillis par Nassira EL MOADDEM, Latifa OULKHOUIR, Leïla KHOUIEL, Fethi ICHOU, Ilyes RAMDANI, Ines EL LABOUDY, Sarah ICHOU

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