[PRIMAIRE DE LA GAUCHE] Le jour de premier tour de la primaire de la gauche correspond au jour de marché pour les Argenteuillais. Beaucoup ne sont pas motivés pour aller voter durant ce scrutin compte parmi ses candidats Manuel Valls, ancien adjoint au maire communiste de la ville dans les années 1990. Reportage.

Le général Hiver n’a pas empêché  plusieurs centaines de personnes de se déplacer au marché d’Argenteuil ce dimanche matin. Ici, familles, célibataires, personnes âgées et leurs caddies à la main, bravent le froid et tentent, dans certaines allées, de se frayer un chemin. Pas facile d’ailleurs de trouver une place pour se garer en ce dimanche matin où c’est la foule des grands jours.

Situé sur le boulevard Héloïse, avec en arrière-plan le soleil levant, la Seine et le port de Gennevilliers, le marché d’Argenteuil est un des plus fréquentés d’Ile-de-France où convergent tous les dimanches des habitants de la commune du Val-d’Oise mais aussi d’autres villes alentours.

Historiquement ancrée à gauche et ancien bastion de la « banlieue rouge » durant la seconde moitié du XXe siècle, la troisième ville la plus peuplée d’Ile-de-France – après Paris et Boulogne-Billancourt -, a opéré un virage à droite depuis 2001. Georges Mothron en est devenu maire maire avec une parenthèse entre 2008 et 2014 lorsque le député socialiste Philippe Doucet a été élu premier édile de la commune.

« Aujourd’hui, je fais mon marché mais je n’irai pas voter. On a été vraiment déçu par la gauche »

C’est d’ailleurs cet élu socialiste qui a été désigné par Manuel Valls comme un de ses porte-paroles pour la primaire de la gauche. Pourtant, dans les allées du marché, la Primaire aiguise peu la la curiosité des badauds, c’est le peu de le dire. Il suffit de voir la défiance de celles et ceux sollicités par le Bondy Blog pour répondre aux questions sur ce que le Parti socialiste a appelé « la Belle alliance populaire ». Signe aussi du désenchantement que la gauche de gouvernement a créée. « Aujourd’hui, je fais mon marché mais je n’irai pas voté. On a été vraiment déçu par la gauche« , assène Mostefa Charef, un habitant d’Argenteuil. Une déception partagée par plusieurs commerçants interrogés. « Moi, je n’ai plus d’espoir dans les politiques », tranche Sylvain Dhellemme, pâtissier. Cela a le mérite d’être clair.

« On ne peut pas mettre de l’espoir sur Manuel Valls. Il n’a pas fait grand-chose pour nous pendant cinq ans »

Cette primaire ne trouvait guère grâce à leurs yeux. « J’ai plus suivi la primaire de la droite que celle de la gauche. La gauche, je n’ai pas suivi du tout parce que je n’ai pas l’impression qu’ils ont un programme cohérent », estime Mostefa Charef. Parmi les badauds, les critiques sont générales à l’égard des candidats. « Leurs propositions ne sont pas assez réalistes. Ils disent des choses mais ne savent pas où ils vont ramener l’argent, comment ils financent. », fustige-t-il. « Il n’y a eu aucun changement », conclut Sylvain Dhelleme, amer contre ces candidats à la primaire déjà présents sur la scène politique du temps des mandats de François Mitterrand. Mais il garde une dent à l’endroit de Manuel Valls, qui a connu ses premiers mandats locaux à Argenteuil, dans les années 1990. « Valls a le bilan de François Hollande. On ne peut pas mettre de l’espoir sur une personne comme ça, qui n’a pas fait grand-chose pour nous pendant cinq ans », juge-t-il.

« Je ne vote pas. Je suis de gauche jusqu’à la mort mais on est trop déçu! »

Au marché d’Argenteuil en ce dimanche matin, c’est en réalité la tristesse qui prédomine. Celle de voir la gauche éliminée au premier tour de l’élection présidentielle  avec un duel entre François Fillon et Marine Le Pen. « Je ne vote pas non plus. Je suis de gauche jusqu’à la mort mais on est trop déçu. Ce qu’on voit là, c’est malheureux ! », lâche, fataliste, Brahmi Zoubir, commerçant dans les vêtements. « Ce n’est plus la gauche de Mitterrand. C’est chacun pour soi, là ! », ajoute-t-il, irrité par le comportement des candidats de la primaire, mais aussi par Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, candidats en-dehors du scrutin. D’ailleurs, le candidat de la France Insoumise ne fait pas grandement plaisir à Mostefa, qui s’affirme de gauche. « Mélenchon ne me convient pas ! Il fait des propositions, à mon avis, un peu farfelues », selon lui.

« Après cinq ans de gauche, ça va être compliqué pour celui qui va sortir premier« , estime Sylvain Dhellemme. « Je ne les vois même pas au second tour si ça se bagarre comme en ce moment. Ce n’est pas possible », présuppose Brahmi Zoubi. À croire que le fatalisme est aussi prenant que la température, en ce dimanche hivernal.

Jonathan BAUDOIN

Articles liés

  • Primaire populaire : un scrutin hors-sol pour les quartiers ?

    Les votes pour la primaire populaire s'ouvrent aujourd’hui et jusqu’au 30 janvier, dans l’idée d’investir un·e candidat·e unique d'une gauche de plus en plus fracturée. Dans les quartiers populaires, et notamment en Seine-Saint-Denis, militants et habitants ont pour le moment du mal à croire au rassemblement. Témoignages.

    Par Florian Dacheux
    Le 27/01/2022
  • Le PS et les quartiers populaires : vingt ans de trahison

    Le Parti socialiste poursuit sa lente dislocation dans les quartiers populaires. En Île-de-France, à Évry-Courcouronnes et Aulnay-sous-Bois, les désillusions des militants et adhérants traduisent le sentiment de trahison. Analyse et témoignages. En partenariat avec Mediapart.

    Par Hervé Hinopay
    Le 24/01/2022
  • Prison : le bilan en trompe l’œil de Macron face à la surpopulation

    Arrivé à la tête d'un pays dont la politique carcérale est décriée depuis des années, Emmanuel Macron a lancé depuis 2017 plusieurs chantiers pour tenter d'endiguer le fléau de la surpopulation en prison. Le président avait prévu de créer des milliers de places de prison. Paradoxalement, sa réforme de la justice risque d’aggraver le taux d’occupation des prisons. Décryptage.