Du plan Espoir Banlieues au virtuel, il n’y a qu’un pas. Ou qu’une continuité, en effet virtuelle… Hier, Fadéla Amara était l’invitée d’honneur de l’université Paris XIII à Villetaneuse pour le lancement du label Banlieue 2.0. Amphi Euler, dans le bâtiment de l’Institut Galilée. Il n’y a pas foule, quelques costars-cravates, des entrepreneurs. L’enjeu, encore et toujours : trouver des solutions au chômage endémique des jeunes en banlieue. Telle est l’ambition.

Depuis six mois, un groupe réunissant l’Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (Acsé), le Conseil national des entreprises pour la banlieue (CNEB), le pôle de compétitivité Cap Digital, le think-tank Renaissance Numérique, l’Université Paris XIII et la Délégation aux usages de l’Internet planche sur un épineux problème : premièrement, comment le numérique peut-il à aider dénicher un job ? Ensuite, comment les entreprises du numérique peuvent-elles favoriser cet objectif ?

La réponse synthétisée par la formule Banlieue 2.0 (en référence au Web 2.0), s’articule en fait autour de quatre axes. Un : la découverte d’un métier lié au numérique ; deux : les premiers pas vers ce secteur ; trois : la formation nécessaire à accomplir ; trois : l’accompagnement des chercheurs d’emploi dans une optique entrepreneuriale. Pari de taille que celui de « développer le numérique dans une optique citoyenne », comme le dit Christine Balague, co-présidente de Renaissance numérique.

C’est la secrétaire d’Etat chargée de la politique de la ville, qui expose les défis de Banlieue 2.0 : « On peut résorber le chômage dans les quartiers populaires, car comme le Président de la République, je suis convaincue que les talents et les compétences se situent aussi dans les quartiers populaires », lance-t-elle. Il faut « casser les préjugés d’un côté et de l’autre », ajoute-t-elle.

En somme, il importe que les jeunes issus des banlieues ne croient pas qu’ils seront rejetés quoi qu’ils fassent, et que les entreprises, elles, s’ôtent de l’esprit que le « jeune de banlieue » est incapable d’arriver à l’heure sur son lieu de travail. Soulignant « l’atout de la diversité » et les bienfaits de la « république métissée », la secrétaire d’Etat raccroche le wagon du numérique en banlieue au train de l’actu, interpellant l’auditoire sur « l’importance de la jeunesse dans la question des retraites ». « Les jeunes de banlieue, moteurs des nouvelles technologies » sont indispensables pour préserver ce qu’elle qualifie avec lyrisme de « trésor national » : le système français de retraites par répartition. Banlieue 2.0 réunirait donc des chefs d’entreprises qui ont « la volonté d’aller chercher ces jeunes ».

Christine Balague reprend la parole, et après un malheureux lapsus, où elle évoque la « banlieue 0 » au lieu de la « banlieue 2.0 », elle rappelle que « les grandes entreprises du net ont été construites dans des garages, par des jeunes. Mais la différence avec les jeunes de banlieue, c’est que, eux, avaient un réseau ».

Guillaume Weill, directeur général de CRMMETRIX, une entreprise numérique, fait part de son crédo d’entrepreneur : « Au départ, la croissance rapide d’une entreprise tient à l’énergie de ses dirigeants. L’entreprise doit croître rapidement mais de manière pérenne. Or, si on ne fait pas entrer de nouvelles énergies, des gens qui ont envie, faim de découverte et de réussite on ne peut pas croître. » Pour lui, il faut « aller chercher l’énergie là où elle est, même si elle n’est pas encore canalisée ».

Plus concrètement, des projets précis ont été présentés autour de plusieurs points d’ancrage. L’un d’entre eux : la sensibilisation au numérique. Sur le terrain, cela se traduirait par l’intervention des entreprises dans les écoles, des stages courts de découverte des métiers, la création d’un lexique intitulé DICO-NUM, que ses promoteurs veulent « ludique et qui utilise les codes des jeunes ».

Pour Guillaume Weill , « la première discrimination est celle de l’accès à l’information, il faut donc communiquer ». Malheureusement, hier, la communication auprès des principaux intéressés, les jeunes en recherche d’emploi, semble avoir fait défaut. Aucun d’eux n’avait été invité ou n’avait fait la démarche d’assister à la présentation d’hier. Paradoxal. D’ailleurs, « les jeunes de banlieues », c’est qui, c’est quoi ? Quelques stéréotypes ont fusé dans la salle. Un intervenant a affirmé que « tous les jeunes aiment le rap en banlieue ». Un autre a glissé cette phrase à propos d’eux : « Il faut leur apprendre qu’on ne vient pas avec une capuche sur la tête. Je dis ça en riant, mais on n’imagine pas tout ce qu’on peut voir. » Bonne surprise, donc, lorsqu’une personne du secteur associatif, la seule de l’aréopage, fait projeter une vidéo des jeunes de son quartier. On met enfin un visage sur un nom.

Parmi d’autres projets présentés, on découvre le programme Bizpark de Microsoft, qui aide les jeunes entreprises du logiciel. Le concept : ouvrir l’accès sans frais aux contenus informatiques. Une idée laisse sceptique, celle des « cybers civiques » souhaités par le groupe Télémédia Communications. En gros, il s’agirait de mettre une formation numérique à disposition des habitants des quartiers populaires dans les téléboutiques (les cybercafés et autres taxiphone aux pieds des cités). Quels avantages financiers y trouveraient les patrons de ces lieux ?

Mesure phare, maintenant, du projet banlieue 2.0 : la création d’une banque de stages mobile. D’ici septembre/octobre, les jeunes en quête d’emploi pourront consulter sur leur téléphone portable (via iTune ou Internet) une banque de stages, avec « géo-localisation », précise-t-on. Géo-localisation, cela signifie, si l’on comprend bien, que les stages disponibles trop éloignés du lieu d’habitation ne seront pas proposés. Autrement dit, les jeunes de cités auront des stages de cités. En partie contre-productif quand il serait bon parfois que le jeune sorte de son environnement.

Autre projet, les « serious game », des applications permettant aux intéressés de tester leur futur métier, sur un jeu vidéo, par exemple. L’objectif est ici de découvrir les métiers du numérique de manière « ludique ». Les informations récoltées sur les métiers avant même d’avoir décroché un stage susciteraient des vocations et donc des orientations plus rapides. A voir.

C’est Abdel Aissou, président du CNEB, qui conclut la réunion. « Les discours caricaturaux sur la banlieue sont inutiles. La banlieue en elle-même est une caricature. Pas à cause de ses habitants, mais à cause de critères objectifs. » Abdel Aissou vise ici de récents propos d’Eric Zemmour qui ont fait polémique – « (…) la plupart des trafiquants sont noirs et arabes » : « Il y a de la délinquance en banlieue, mais tous ceux qui vivent en banlieue ne sont pas délinquants », dit le président du CNEB.

On quitte alors tout à fait le numérique de Banlieue 2.0, lorsqu’Abdel Aissou s’engouffre dans une autre polémique qu’il croit voir autour des footballeurs de l’équipe de France qui ne chantent pas la Marseillaise, mais il se ressaisit, et termine son intervention de manière plus consensuelle : « La connexion entre le monde de la banlieue et le monde du numérique, ça peut marcher. Comme disent les jeunes : ça va l’faire. »

Joanna Yakin

Joanna Yakin

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