Mercredi 14 décembre, Benoît Hamon a donné son premier meeting de campagne. Candidat à la primaire de la gauche, l’ancien ministre s’est arrêté au gymnase Japy, dans le 11ème arrondissement de Paris. Reportage.  

Un food truck qui dégage une odeur de saucisse, des militants en tee-shirts floqués qui psalmodient la même phrase « inscrivez-vous sur les listes pour recevoir toutes les informations de Benoît Hamon », et des petites grappes de journalistes, pas de doute, nous sommes bien à un meeting politique. Ce mercredi 14 décembre c’est celui de Benoît Hamon qui se tenait au gymnase Japy. Un lieu ô combien symbolique pour la gauche puisqu’il a abrité le premier congrès des organisations socialistes françaises en 1899.

De jeunes sympathisants curieux

Un peu avant 20h, il y a déjà du monde présent à l’intérieur du gymnase. Ils sont de tous les âges mais une grande majorité de jeunes sont présents. La diversité, elle, ne saute pas aux yeux. Encartés ou non, ils sont venus pour écouter les propositions d’un homme politique qui, d’après eux, se démarque des autres. Ils sont plusieurs à avoir apprécié son passage dans « L’émission politique » sur France2 ce qui leur a donné envie de venir ce soir. « C’est particulièrement lui que j’avais envie de voir en meeting, je suis la campagne et j’aime bien le personnage. J’ai envie d’entendre ce qu’il a à dire sur le revenu universel notamment. Je ne suis pas encartée ni rien, je suis venue par curiosité mais c’est lui qui a ma préférence pour le moment » confie Marie, 25 ans.

Audrey, 23 ans, est elle aussi venue se renseigner sur les propositions Benoît Hamon. « Je ne vais pas voter à la primaire du PS, je viens juste pour me renseigner sur l’actualité, les propositions qui peuvent être faites ». A ses côtés, Morgan, 24 ans, est venue décider si oui ou non elle votera à la primaire de janvier. « C’est le premier meeting de toute ma vie et je ne vais voter à la primaire socialiste que si je suis très convaincue par son programme, c’est éventuellement celui qui me botte le plus et qui suscite le plus d’intérêt, les autres j’ai l’impression de les connaître par cœur ». 

2 500 personnes présentes selon les organisateurs

A la tribune, on annonce que 2 500 personnes sont présentes dans un gymnase qui compte 1 500 places. De nombreuses personnes ont passé la soirée debout. Responsables associatifs et députés se succèdent au pupitre en attendant Benoît Hamon, « qui a fait campagne toute la journée », nous précise-t-on. Il est 21h passées de quelques minutes lorsque Benoît Hamon fait son entrée et fend la foule du gymnase Japy entouré de journalistes, façon rockstar ou boxeur, au choix. Le gymnase est comble jusque dans les gradins, les militants font danser les pancartes ici et là « Faire battre le cœur de la France », le slogan de campagne. Entrée réussie pour Benoît Hamon.

Sur scène, le candidat annonce qu’il va bouleverser un peu le programme, il souhaite parler de la situation à Alep, parle de « crime de guerre« , et insiste sur le fait qu’il ne faut faire preuve d’aucune indulgence envers Bachar Al Assad qui massacre son peuple. Il fait des propositions claires sur les migrants en insistant sur l’apprentissage de la langue française et sur la possibilité qu’ils puissent travailler au bout de trois mois de présence sur le territoire. « La fermeté n’existe que pour ceux qui peuvent le moins« , fustige-t-il. Sur ce sujet, il déclare avoir eu honte qu’un « premier ministre de gauche » (on a compris qu’il parlait de Manuel Valls) s’oppose au mécanisme de répartition des migrants face à une « chancelière conservatrice » (Angela Merkel) qui, elle, y était favorable.

Mais la cible de Benoît Hamon ce mercredi soir, c’est Emmanuel Macron et non Manuel Valls. Bras en croix, Benoît Hamon n’hésite pas à railler l’ex-ministre de l’Economie. Arnaud Montebourg n’est pas en reste. Benoît Hamon marque sa différence en déclarant que le quinquennat de François Hollande « n’est pas indéfendable« . Pour autant, il confie que ça lui fait mal de dire qu’il a été ministre de la majorité actuelle pendant deux ans et demi. Bref, s’il parle vite dans un discours déstructuré, avale certains de ses mots, Benoît Hamon ne les mâche pas quand il s’agit d’évoquer ses concurrents de la primaire ou le quinquennat qui s’achève.

« Abrogation de la loi travail« 

Durant deux heures, devant un gymnase qui, le temps avançant se vide quelque peu, Benoît Hamon déroule ses propositions : sa première mesure sera d’ « abroger la loi travail« , la création d’une allocation regroupant le RSA (revalorisé aux alentours de 600 euros), les allocations familiales et l’aide au logement, la mise en place d’un récépissé lors des contrôle d’identité (que François Hollande s’était engagé à combattre), ou encore la mise en place d’un référendum sur le droit de vote des étrangers. La foule l’acclame; de même, lorsqu’il souhaite une jeunesse qui vote, qui propose des solutions et non « une jeunesse au garde à vous » avec uniforme et service national. Rapport nouveau au travail en permettant à chacun de choisir son temps de travail, nouveau système de sécurité sociale, Benoît Hamon apporte une certaine modernité dans la manière d’évoquer ces sujets et c’est ce qui plaît visiblement. Reste que certaines propositions sont, à ce stade, encore floues.

« C’est la première fois que je vois un homme politique qui prend des mesures en fonction de l’avenir et pas du passé. Le revenu universel d’existence par exemple est une nécessité et j’aime sa façon de parler du rapport au travail « , confie Norbert à la fin du meeting. « Je suis venue pour écouter ses propositions. Depuis que je l’ai vu à la télévision, je l’ai trouvé extrêmement intéressant, son programme est très concret et très humain. La personne est intègre par rapport à ce qu’on a connu ses dernières années. Il se projette vers un futur plus positif « , ajoute Christelle qui l’accompagne.

« Aller à ce point à l’encontre de tous les discours que l’on entend sur l’immigration c’est d’un courage exceptionnel ».

Pour Mickael, 51 ans c’est « le premier programme politique avec une vision large que je vois depuis 15 ans. C’est un programme ancré dans la modernité. Je suis venu pour mieux appréhender le personnage. Je ne me suis intéressé à lui que récemment car du temps où il était au gouvernement, je l’ai trouvé très effacé. C’est le programme qui est le moteur de mon adhésion. C’est « L’émission politique » que j’ai trouvée intéressante qui nous a motivés à venir ici et le personnage m’a plu ce soir. Je suis à peu près sûr de voter pour lui ». Catherine, elle, précise qu’elle a « le même âge que Benoît Hamon » et a été séduite par « le vrai programme de gauche. Aller à ce point à l’encontre de tous les discours que l’on entend sur l’immigration c’est d’un courage exceptionnel. C’est le programme que j’attendais ». 

Même après deux heures de discours, l’enthousiasme de certains militants reste intacte. Sur la ligne 9 du métro, Houria rentre chez elle et a « envie de crier : Benoît Hamon ! ». Elle est de tous les rassemblements et de tous les tractages dit-elle. « Il est humble, il est modeste, il n’habite pas loin de chez moi, je le vois déposer sa fille à l’école même quand il était ministre. Et il est jeune, c’est ça qu’il faut’. Modeste et moderne, voilà deux mots qui planent chez les militants qui se dispersent. Benoît Hamon, lui, s’est éclipsé assez rapidement. « Je l’ai vu entrer dans un appartement en face du gymnase », confie Houria. ‘Deux heures c’est fatiguant hein, faut qu’il se repose « .

Latifa OULKHOUIR

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