Pensez-vous avoir sauvé le soldat Ali Soumaré ? Le sort politique d’Ali Soumaré dépendait en quelque sorte du traitement médiatique réservé à cette affaire. Il se trouve que les médias ont plutôt pris la défense de la tête de liste PS du Val-d’Oise. De notre côté, il fallait faire comprendre que l’affaire avait un objectif politique. Elle n’est pas sortie par hasard. Il se dit même que « l’opération Soumaré » était prête à être déclenchée depuis décembre. Il y avait bien là une stratégie de la part de l’UMP, une campagne politique visant l’ensemble des populations qui vivent dans les quartiers. C’est la droite qui, aujourd’hui, assume seule le poids de ces caricatures.

Où le PS en est-il de la représentation en son sein de la diversité des origines ?

On peut toujours mieux faire. Concernant Ali Soumaré, ce qu’il vient de vivre équivaut à un bon passage à tabac médiatique. Son nom est associé aux mots « quartiers », « Villiers-le-Bel », « délinquance ». Et ce sont des clichés dont il lui sera difficile de se débarrasser. Il a subi une exposition excessive. Mais il ne peut pas être que le jeune des quartiers. Il sortira grandi de cette épreuve, qui lui confère une valeur d’exemple : ce n’est pas parce qu’il a fait des « conneries » qu’il est perdu. La politique est une seconde chance pour lui.

Et hormis Ali Soumaré ?

Le PS présente une autre tête de liste issue de la diversité, Abdelhak Kachouri, tête de liste en Seine-Saint-Denis, maire adjoint à Saint-Ouen. En accompagnant ces candidats sur le terrain, j’ai pu me rendre compte qu’ils apportent une dynamique dans la campagne, qu’ils arrivent à mobiliser davantage les militants. La diversité est un combat légitime, mais au bout du compte, on entre dans une logique implicite de quotas totalement hypocrite. Il faut que la diversité cesse d’être un sujet à part.

L’Ile-de-France est une des régions les moins fiscalisées de France. Pour ne citer que ces quelques exemples : la taxe professionnelle est de 1,72% en IDF contre 2,75% dans le reste de la France, la taxe foncière des propriétés bâties est de 1,27% contre 2,61%, et la taxe foncière des propriétés non bâties est de 2,2% contre 6,29%. Une redistribution des richesses manifestement aussi inégalitaire n’est-elle pas incohérente. La région Ile-de-France, tenue par la gauche, ne soutient-elle pas implicitement les plus riches ?

Oui, bien sûr, on est connu pour être le parti des plus riches, du 16e arrondissement ! (Rires). Non, plus sérieusement, on a déjà augmenté la fiscalité sur cette dernière période. Elle représente environ 1 euro de plus par an et par habitant. Ce n’est pas considérable, mais c’est ce qui est supportable. D’autre part, les impôts qui pèsent sur les ménages ne sont pas du ressort de la région. La fiscalité n’est qu’une portion infime de la question. Aujourd’hui, il faut se concentrer sur les enjeux essentiels. On propose par exemple la mise en place gratuite de terrains pour construire du logement social. C’est notre engagement. Malgré cela, les leviers que l’on détient restent insuffisants. Il faudrait une loi derrière qui multiplie, comme nous le proposons, les pénalités par cinq pour les communes qui refusent d’augmenter leur taux de logement social. Nous avons par ailleurs créé le pacte des maires bâtisseurs : chaque fois qu’il y a création de logements sociaux, nous proposons une aide au financement des équipements publics. C’est une sorte de deal. Donc, pour répondre à la question, il n’y aura pas d’augmentations d’impôts.

Les régionales ne sont elles pas, pour vous, un lot de consolation après votre défaite aux élections européennes, en juin 2009 ?

Non, mais défaite aux élections européennes, m’a amené à tout remettre à plat. De plus, j’ai choisi de m’implanter à Trappes, dans les Yvelines, quand le maire de Trappes me l’a proposé.

Vous vous préparez à la députation dans la circonscription de Trappes, tenue par l’UMP Jean-Michel Fourgous. Ne pensez-vous pas que c’est là prendre la place d’une personne, issue de la diversité par exemple, et déjà résident à Trappes ?

Je vis à Trappes, j’y ai pris immédiatement un appartement. Mais non, je ne pense pas prendre la place de quelqu’un car il faudrait d’abord qu’il y ait un candidat sur place qui veuille se présenter. De plus, ce n’est pas prouvé que les gens issus de la diversité rapportent plus de voix que les autres (aux dernières législatives, la socialiste Safia Otokoré, candidate de la diversité parachutée dans cette circonscription, avait été battue, ndlr).

Si, en 2012, vous êtes élu député, resterez-vous conseiller régional, mandat qui vous est acquis en tant que tête de liste PS en Seine-et-Marne ?

Je serai alors député et conseiller régional.

C’est du cumul.

Ce n’est pas énorme et c’est compatible. Je reconnais qu’être député et maire d’une grande ville n’est pas possible. Mais il faut maintenir le lien avec le terrain. Pour éviter les cumuls, il faut revaloriser le statut d’élu local, c’est une réforme que les différents gouvernements se refusent d’engager.

Le poste de Martine Aubry, premier secrétaire du PS, vous intéresse-t-il dans le cas sa titulaire accédait à d’autres fonctions ?

Je me suis déjà présenté et j’ai perdu. Mais j’ai fais un bon score pour quelqu’un qu’on n’attendait pas. Pour l’avenir, je ne m’interdis rien.

Le NPA d’Olivier Besancenot présente une candidate musulmane voilée sur une liste dans la région PACA. Le PS pourrait-il faire de même ?

Non. J’estime que le voile, c’est la religion. Et la religion dans l’espace public, au sens politique et administratif du terme, est aujourd’hui exclue. D’autant le voile marque une distinction entre les femmes et les hommes. C’est là sa signification. Il y a certes une différence entre la burqa, le voile, le demi-voile, etc., mais ces signes restent des symboles de la séparation des sexes. Moi, je pense qu’il faut privilégier l’égalité hommes-femmes. Aujourd’hui, dans un pays où les violences faites aux femmes augmentent, il faut rejeter fermement les signes de distinctions dans l’espace public. Je ne refuse pas le débat, et j’accepte les convictions d’une femme voilée. C’est simplement une ligne directive qui est respectée par tout le parti. On ne veut pas de signe religieux ostentatoire dans l’espace républicain.

Pourtant, aujourd’hui, dans certains conseils municipaux de gauche, notamment à Sarcelles, certains siègent avec la kippa, qui est un signe religieux ostentatoire. Alors, deux poids-deux mesures ?

Non, c’est une grave erreur, également condamnable. Tout signe ostentatoire est malsain. Mais il existe toutefois une différence entre la kippa et le voile, puisqu’encore une fois, le voile induit un enfermement de la femme. Toute forme de démonstration religieuse dans l’engagement politique n’est pas l’idée que nous nous faisons, nous, de la laïcité. Ce qui n’empêche pas chacun de croire ce qu’il veut. Quand une décision est prise, je ne veux pas qu’on puisse penser qu’elle l’a été par certains en fonction d’une croyance ou d’une foi. C’est l’intérêt général qui doit porter la décision politique. Cela ne veut pas dire que les gens qui portent une kippa ou un voile ne sont pas mus par l’intérêt général, mais au regard des autres, en quelque sorte, ils ne le sont pas. Aujourd’hui, nous sommes dans une atmosphère de tensions. Auparavant, reporter un conseil en raison d’une fête religieuse ne posait pas de problème, car le contexte était plus apaisé. C’est loin d’être le cas actuellement.

Bon, et un Quick halal, ça vous dit ou pas ?

Franchement, est-ce que j’ai le choix ? Sur cette affaire, ma position est claire. Première chose : ce n’est que du business. Les dirigeants derrière cette opération se foutent du halal. Deuxièmement, la logique serait d’avoir le choix. Aujourd’hui, si je vais dans ces fast-food halal, je suis obligé de manger halal. Si ça se trouve, McDo va créer un hamburger laïc… Au fond, il faut juste pouvoir décider. Le halal, en soi, ne me dérange pas. Mais c’est stigmatisant pour les quartiers qu’à tel endroit, tout le monde mange halal. Je suis du côté des citoyens, pas de celui des commerçants qui font de l’argent. Pour bien vivre, il faut avoir le choix. C’est ma seule préoccupation.

Dans cette affaire, n’êtes-vous pas en train de faire de la surenchère par rapport au Front national ?

Donc, on estime qu’un socialiste n’a pas à se préoccuper de ces questions-là. Je trouve ce raisonnement dommageable. La réponse du PS, c’est simplement que Quick doit respecter le choix de chacun. Quitte à créer deux Quick si les viandes halal et classiques ne peuvent cohabiter.

N’assiste-t-on pas, à travers toutes ces questions – le voile de la candidate NPA, le Quick halal de Roubaix, sans oublier le débat sur l’identité nationale – à un dénigrement général de l’islam ?

Le problème c’est qu’aujourd’hui, deux extrêmes s’alimentent. On a d’une part une surenchère du côté religieux, et d’autre part, une surenchère dans le rejet de l’autre. On ne sort plus de la caricature. Le débat sur l’identité national a fait tomber les masques.

En Languedoc-Roussillon, les masques tombent aussi. Frêche, alors…

C’est important de rappeler que Georges Frêche est suspendu du PS depuis quelques années. A mon initiative, d’ailleurs. Nous lui avons reproché des propos stigmatisant et non antisémites à l’égard de Laurent Fabius. Il est vrai que c’est un nouveau dérapage sur lequel nous avons réagi trop tard. Il faut être attentif et vigilant par rapport à nos élus, qui sont la vitrine du parti. Nous avons déjà fait un grand tri, 59 exclus hier (mardi, ndlr). Mais nous ne voulons pas liquider le PS. Il y a beaucoup de personnes légitimement ancrées et installées qui ont été sanctionnées pour leur soutien à la liste de Georges Frêche, opposée celle d’Hélène Mandroux, qui représente le PS

Tout cela paraît inextricable.

Une mission est annoncée après les régionales pour faire le point. Mais nous nous sommes déjà perdus dans ces chamailleries, alors que nous ne pouvons pas nous permettre ce luxe. Ce que je craignais est arrivé, notamment le soutien de Vincent Peillon à Georges Frêche. Notre parti sort d’une crise historique, qui a atteint des sommets de médiatisation. Le parti s’est reconstruit, notamment par la volonté de Martine Aubry. Il faut donc aller de l’avant, et se rassembler. L’investiture d’Hélène Mandroux reste très soutenue, malgré tout.

La CRAJEP (Coordination régionale des associations de jeunesse, éducation populaire en IDF) a adressé une lettre à au président de région, Jean-Paul Huchon, dans laquelle elle déplore qu’il n’y ait pas dans la région des instances et des temps d’échange entre les associations et les politiques. A ce jour la région n’a pas répondu. Seriez-vous favorable à la création d’un parlement des associations ?

C’est bien dommage que la région ne leur ait pas répondu. Concernant la création d’un lieu qui permettrait de faire un point sur les politiques mises en œuvre, je n’y suis pas opposé. Les instruments qui permettent d’évaluer les politiques publiques sont toujours intéressants à avoir, surtout si on y associe les associations en amont. Je pense effectivement qu’il faut un lieu de rencontre et d’échange. Sur le secteur associatif, nous allons aider à la professionnalisation du monde associatif avec la mise en place d’emplois tremplins, afin de leur donner un peu plus de stabilité.

Autre problème soulevé par les fédérations d’associations : le recul de la contractualisation au profit des marchés publics. En clair, on passe d’un rapport de partenariat à un rapport de prestataire concernant des sujets comme la formation des encadrants socioculturels ou encore le soutien scolaire. Or, dans ce rapport de prestataire, ce sont principalement les grosses boites, fortes de leurs compétences dans le business, qui sont avantagées, au détriment des associations qui ne bénéficient pas de toute l’ingénierie leur permettant de postuler. Allez-vous remédier à cela ?

C’est un véritable problème, réellement complexe : le marché de gré à gré justement peut favoriser le clientélisme à la différence de l’appel d’offre. Il faut moraliser le marché en y apportant plus de transparence. Mais, là, je ne maitrise pas le dossier. J’entend que des structures associatives utiles sur le terrain ne sont pas forcément calibrées pour des appels d’offre mais je veux bien m’atteler à cette question qui m’intéresse vivement. En tout cas, sachez que l’une de nos priorités pour le prochain mandat sera ce qu’on a appelé le soutien aux décrocheurs (du système scolaire) avec un travail spécifique envers ces jeunes.

Propos recueillis par Sarah Battikh et Latifa Zahi

Latifa Zahi

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