C’est un homme pressé qui rend visite ce matin au Maghreb des livres. Bertrand Delanoë précise qu’il a fait un détour par attachement au salon littéraire. Le maire de Paris se fraye un chemin jusqu’au rayon des bandes dessinées, accompagné de Georges Morin, le président de la manifestation. Ce dernier précise que certaines sont même éditées en tamazight.

Il se saisit d’un exemplaire de « L’affaire du voile » de Pétillon traduit en arabe et le présente à l’élu, né à Tunis, en Tunisie. « Je connais Pétillon mais pas celui-là », s’étonne-t-il. Entre deux poignées de main, Bertrand Delanoë fait part de son envie d’accueillir de nouveau la manifestation entre ses murs. « Il faut que ça revienne à l’Hôtel de Ville, quand les travaux de sécurité seront achevés. »

Jacques Toubon, ancien ministre de la culture et président de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, s’est greffé au cortège. Georges Morin semble ravi des attentions qui lui sont portées et s’adresse au maire : « Tu nous courtises, Jacques Toubon, nous courtise… » Bertrand Delanoë, taquin, plaisante : « Jacques Toubon va te donner une subvention. » 

Georges Morin propose à Bertrand Delanoë d’aller à la rencontre de l’historien Benjamin Stora, qui au même moment participait à une conférence. Le maire de Paris refuse avec vigueur de l’interrompre malgré l’insistance de Georges Morin, mais tient à ce que Benjamin Stora soit « salué chaleureusement » de sa part.

Au stand dédié aux Bibliothèques municipales de Paris, Bertrand Delanoë balaie du regard les prospectus étalés sur la table. Il s’arrête sur « Lire et apprendre les langues étrangères » et le décrète « très intéressant ». La bibliothécaire qui tient le stand précise que la bibliothèque de Couronnes, dans le 20e, possède un fonds d’ouvrages en arabe de 1800 titres. « 1800 ouvrages, il faut les mettre en valeur », lui suggère-t-il.

Elle profite de cette suggestion et sort de son devoir de réserve pour l’interpeller sur un problème de logiciel : « Avec notre base de données, on arrive à récupérer les notices de la Bibliothèque nationale, mais sans l’écriture arabe. – Ha bon, mais ça doit être du ressort de la bibliothèque, non ? », répond le maire Paris. « En plus, insiste la bibliothécaire, sur le site de la bibliothèque on peut emprunter des livres en arabe et en chinois et pas en alsacien ! – Heu, pourquoi pas en alsacien ? Excusez moi, mais j’ai rien compris », rétorque, un peu largué, le maire.

L’employée ne se décourage pas. Elle revient à la charge : « Eh bien voyez-vous, sur le menu déroulant des langues étrangers, vous avez l’alsacien, le polonais, mais vous n’avez pas l’arabe et le chinois. – Déjà, l’alsacien n’est pas une langue étrangère », rebondit Bertrand Delanoë qui a trouvé de la répartie. Vexée, l’employée ne se démonte pas : « C’est une langue germanique, quand même. » Après une dernière tentative d’explication un peu confuse, le maire s’adresse à ses adjoints: « Relayez, ce n’est pas compliqué. » Le maire fait part d’un dernier souhait. Il aimerait qu’on parle aussi de l’exposition « sur l’apport des immigrations » qui s’ouvre demain sur le parvis de l’Hôtel-de-Ville.

Toujours dans l’urgence mais détendu, il accepte de parler de ses auteurs maghrébins préférés : « En ce moment, c’est Mohammed Cherfi, son dernier livre publié (« Mon combat pour les lumières »). C’est le livre de sa vie, que son épouse a trouvé après son décès. C’est un grand humaniste, un homme cultivé mais un homme d’engagement, qui est du côté de la liberté et des droits de l’homme. Il n’a jamais d’illusions panarabiques » Il nous cite aussi un autre auteur, mort lui aussi : « Une russe, Anastasia Manstein Chirinsky, qui a écrit « Bizerte : dernière escale », elle y montre que le Maghreb est une terre de mélange. On parle de l’émigration à Paris. On a été enrichi par des origines extrêmement nombreuses. Mais le Maghreb lui aussi, a été enrichi par des origines. » Façon polie de dire souligner l’apport positif de la colonisation ?

Avant de partir, il disserte sur Tunis et réaffirme son appartenance à la ville de Bizerte. « Tunis, c’est pour l’état-civil et l’accouchement de ma mère, Tunis, la ville des corsaires. On a eu tout le monde. Ça veut dire que c’était pas mal. Une terre ouverte aux autres, est nécessairement plus riche. »

Nicolas Fassouli et Faïza Zerouala

Faïza Zerouala

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