Aux abords de la gare de Saint-Denis, où François Bayrou est attendu vers midi, le bruit de sa venue court vite. « Il fait le trajet en RER? Ouais, c’est ça, il veut jouer le candidat de la proximité », lâche un Black en phase ascensionnelle de dépit.

Quand la tête du candidat apparaît sur le parvis de la station, il a droit au bain de foule des journalistes et des badauds. Ce genre de scène n’a d’autre intérêt que de mesurer la popularité d’une personnalité politique. Et cette fois-ci on peut le dire: le centriste est au diapason de Royal et Sarkozy. Même s’il y a toujours un môme pour la ramener: « C’est qui Bayrou? » En tout cas, lui n’a pas peur des foules de banlieue, contrairement au candidat de l’UMP.

« Je vous le dis, je vous le dis, harangue un monsieur à l’écart de la cohue. C’est l’Afrique qui a fait la France, c’est l’Afrique qui a libéré la France en 44, et aujourd’hui, c’est l’Afrique que la France veut chasser hors de chez elle. » « Ouaihhh, ouaihhh », approuve un gospel de jeunes. A Saint-Denis, le TSS (tout sauf Sarko) marche à fond. Comparé au « Hongrois » – l’origine paternelle de Sarkozy, l’immigré renégat – Bayrou n’est pas si mal. Humble comme Jésus, le Béarnais. Tout juste s’il ne tend pas l’autre joue. « He, M’sieur Bayrou, ça serait bien de libérer la route, sinon, nous, on peut pas rouler », crie un employé de la RATP pour se faire entendre du candidat UDF. Qui s’exécute, avec ces mots: « C’est très bien de me rappeler à l’ordre. » Quel jésuite, ce Jésus. « He, vous avez payé votre ticket de RER, au moins? » lance un type du haut d’un muret. François Bayrou a entendu. « Oui, oui, voyez », fait-il, tout sourire, en agitant bras levé son titre de transport. « Et vous l’avez composté? » enchaîne son partenaire de théâtre urbain. Pas de réponse, du moins rien d’audible.

Luci, une journaliste de la radio BBC, donne son expertise sur le candidat centriste: « En Angleterre on s’intéresse sérieusement à lui depuis janvier seulement. Les Britanniques le découvrent. Ils ont de lui l’image d’un agriculteur. Son profil européen n’est pas mis en avant. Mais ça va venir. Il n’y a pas pour lui, dans mon pays, la même fascination que pour Sarkozy ou Royal. Sarkozy, aux yeux des Britanniques, c’est le Thatcher français. Royal, on l’a comparée à Hillary Clinton. » Une dame n’a pas perdu un mot de la conversation. Elle se présente: « Je suis Nicole Rivoire, maire UDF de Noisy-Le-Sec, une ville de 40 000 habitants. On ne peut quand même pas dire qu’Hillary Clinton et Ségolène Royal, c’est pareil. Elles n’ont pas le même niveau. »

Sur ces paroles définitives, le cortège Bayrou embarque dans deux cars. Direction le fin fond du département et une halte à Drancy, chez le député maire UDF Jean-Christophe Lagarde. « Bayrou, président! Bayrou, président! Bayrou, président », s’égosillent des Blacks rigolards. Alors que les bus commencent à rouler, des fans tentent d’y monter par les portes encore ouvertes. « Non, non, redescendez! », gueulent les chauffeurs. C’était « bienvenue à Saint-Denis, M. Bayrou ».

Antoine Menusier

Antoine Menusier

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