Lorsque le 11 octobre, j’ai appris que la ministre de l’intérieur avait rencontré l’Association des maires de France (AMF) et les syndicats représentatifs des policiers municipaux pour réfléchir aux moyens de les doter du pistolet électrique Taser, j’ai d’abord eu une réminiscence de mon enfance. Tout petit, l’attrait de l’inconnu me portait à mettre les doigts dans la prise électrique. Mes doigts étant trop gros, je voulais y introduire des objets incongrus: barrettes, ciseaux, etc. Ma mère se désespérait et tentait de m’en dissuader en vain. Aussi, un jour hélas, échappant à son attention, je m’arrangeai pour lui subtiliser une épingle à cheveux. Là je ne vous raconte pas ce qui se arriva.

Le Taser, ça doit faire à peu près le même effet (photo ci-dessus, 20minutes.fr/AFP). Ça calme direct. Eric Raoult, député-maire UMP du Raincy, a décidé d’en équiper sa police municipale. « Le Taser est une arme qui permet d’annihiler une menace sans tuer », affirme-t-il. Mi-octobre, après avoir assisté à une démonstration de ce pistolet électrique, il apprit au salon MILIPOL (salon mondial de la sécurité intérieure des Etats) que les polices municipales auraient le droit d’en faire l’achat. Auparavant, cela leur était interdit. « En fait, les armes à feu ça me fout la trouille, poursuit Eric Raoult. Si un garçon passe par-dessus un mur pour voler une pomme, je n’ai pas envie qu’un des policiers municipaux utilise une arme à feu. » Pour le maire du Raincy, les avantages du Taser l’emportent sur ses défauts éventuels. « Certains élus de gauche ont un double langage, soutient-il. Ils demandent au préfet plus de sécurité pour leur ville, mais disent tout le contraire en public. »

 

Fait-il allusion à son homologue Gilbert Roger (PS), qui administre la commune voisine de Bondy ? Ce dernier ne souhaite pas doter ses policiers municipaux du Taser. « La police municipale ne doit pas être le supplétif de la police nationale, dit-il. C’est à l’Etat et à ses forces de l’ordre d’assurer la sécurité des biens et des personnes. » A Bondy, les policiers municipaux ne portent pas d’armes à feu, au contraire de ceux du Raincy, qui en sont équipés depuis un an, mais qui n’ont jamais eu encore à s’en servir. Gilbert Roger compare les policiers municipaux aux bobbies anglais, qui ont « plus pour fonction d’assurer la tranquillité du public que sa sécurité ».

 

Le Taser est une arme couramment employée aux Etats-Unis. En France, elle a fait son apparition dans l’arsenal de la police nationale depuis peu. La version dont va se doter la police municipale du Rainçy est le Taser X26, muni d’une caméra pour détecter tout abus dans les cas litigieux. D’un coût de 1500 euros environ, cette arme nécessite une formation comprise dans le prix d’achat. Durant celle-ci, le policier doit recevoir une décharge afin d’en connaître les effets avant d’être habilité à en faire usage. « On ne va pas utiliser le Taser contre des adolescents. L’arme étant non létale, elle doit permettre d’annihiler une personne dangereuse tout en exposant moins les policiers municipaux », explique Eric Raoult. Des ONG comme Human Rights Watch ou le RAIDH affirment que l’innocuité du Taser n’est pas totale et qu’il peut donner lieu à des dérives policières.

A Bondy, des citoyens ont demandé au maire plus de sécurité pour leur ville. Gilbert Roger dit être conscient de cette inquiétude chez une partie de ses administrés. Mais selon lui, le problème tient au fait que « la police nationale n’a pas assez d’effectifs. Alors qu’à Paris il y a 1 policier pour 400 habitants, nous en avons seulement 1 pour 500 à 600 habitants dans une zone comme Bondy et les Pavillons-sous-Bois. Or, les émeutes de banlieue ont montré le manque criant de la police de proximité ». Avec le Taser, on se situerait, d’après le maire de Bondy, dans la continuation d’une politique qui ne redéfinit pas assez les priorités de la sécurité et qui mélange les genres. Et Gilbert Roger d’envoyer une décharge à Eric Raoult, « qui devrait plutôt voter des moyens supplémentaires à l’Assemblée pour la police nationale ». La campagne des municipales de mars 2008 a commencé.

Axel Ardes

Axel Ardes

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