Et si TF1 s’en était bien sorti ?! Ah là, ça nous en bouche un coin ! C’est qu’on l’attendait au tournant la grosse chaîne du privé que l’on dit volontiers à la botte du pouvoir en place. Et Guillon d’ironiser sur, je cite, « les deux journalistes les plus couillus du moment : Laurence Ferrari et Jean-Pierre Pernaut ». Et Laurent Gerra de faire remarquer qu’à quelques jours de l’anniversaire du petit Nicolas, TF1 lui fait un bien beau cadeau. Un cadeau qui coûte assez cher d’ailleurs puisque pour l’occasion, il n’y aura pas de coupure pub. Facture : 700.000 euros.

On flaire l’entourloupe et on aiguise tous ses sens, à l’affût de la moindre preuve de connivence. Force est de constater, dès l’interview du JT, que l’ambiance n’est pas à la bagatelle entre le président et la journaliste. Ferrari a beau partir sur les chapeaux de roue, Sarko la renvoie bien vite faire des tours de piste. Prenant un air faussement effarouché pour aborder la polémique concernant le salaire exorbitant du feu PDG de Véolia, Henri Proglio, Nicolas Sarkozy répond du tac au tac : « Et vous, votre salaire, il fait combien de fois le smic ! »

Ça calme. Ou plutôt, ça nous réveille. Tiens tiens tiens… Il va peut-être enfin se passer quelque chose. Exit le ronron des nouvelles quotidiennes agrémenté de son lot de mini-scandales dont tout le monde se fout car ils ne nous concernent pas dans notre quotidien ? Visiblement, c’est pas encore pour tout de suite. La blondinette est un peu sonnée après ce tacle bien senti et elle garde une distance raisonnable. Sarko n’est pas là pour rigoler : « Les Français m’ont élu pour que l’on travaille et non pour que l’on joue aux dominos », nous dit-il à propos des possibles remaniements ministériels.

C’est vrai que ce type de questions, la presse les kiffe particulièrement. Certainement parce que les journalistes sont curieux de savoir avec qui ils déjeuneront ou dîneront dans les prochaines semaines. Mais nous, ça nous fait une belle jambe. Allez, il est temps de rejoindre Pernaut et son panel de Français triés sur le volet. On se redresse sur le canapé et on lâche le paquet de chips.

Bien évidemment, on peut s’attendre au pire mais n’est-ce pas déjà le cas ? Lors des deux seules conférences de presse données par Sarkozy depuis qu’il a été élu président, on a eu droit à un petit jeu de question-réponse assez pitoyable. Soit ce sont les journalistes qui posent des questions d’une superficialité affligeante, telle la fameuse, posée d’une voix chevrotante : « Carla et vous, c’est du sérieux ? », soit c’est Sarko qui balaie les questions embarrassantes avec cynisme sans daigner y répondre.

Ainsi, lorsqu’on lui soumet la thèse de l’affaire d’Etat concernant l’attentat de Karachi en soulignant les liens avec les frégates de Taiwan, il prend le tout de haut et ironise sur la naïveté des journalistes… Enorme ! S’il renvoie allègrement les journalistes chez leurs mères, voyons s’il osera raccompagner les « citoyens français » dans les bacs à sable. Là, c’est plus délicat. Quelle que soit la question posée, Sarkozy doit se faire un devoir d’y répondre et même de la trouver intéressante. Tout va se jouer dans la pertinence desdites questions. Et les Français de retrousser leurs manches…

C’est là que la partie se joue. Et, à mon grand étonnement, j’ai trouvé la partie extrêmement intéressante. Enfin, les thèmes qui nous concernent tous sont mis sur la table : chômage, délocalisation, aide aux banques, emploi des jeunes, discriminations, crise agricole, fins de mois difficiles, etc. Le casting établi par les journalistes de TF1 se révèle efficace et assez représentatif de la France qui sue, qui bosse, qui peine, de la France qui se bat et se débat tous les jours dans les méandres des réformes successives. Les « vrais gens » sont pugnaces, ne se laissent pas si facilement charmer et ne s’en laissent pas conter.

Le chef de l’Etat, une fois n’est pas coutume, se pose. Il répond longuement, s’applique. Nul signe de nervosité ou d’agacement, et encore moins de ces désormais célèbres tics dus à l’impatience. Même Pernaut assure. Fidèle à son style, il est aimable, souriant et poli mais distribue la parole avec souplesse sans jamais tenter de voler la vedette à ceux qui, après tout, prennent un peu sa place ce soir-là. En quelques petites formules bien senties, il réussit à résumer et à rendre mordantes les quelques questions posées de façon malhabiles.

Je ne citerai en exemple que ce moment où « Martine », infirmière aux urgences, tentant d’attirer l’attention présidentielle sur les problèmes qui s’accumulent dans le milieu hospitalier, et se voyant répondre une salve de chiffres, a été sauvée par un Zorro-Pernaut qui n’a pas hésité à interrompre la litanie mathématique d’un culotté : « Faut-il avoir une vision comptable de la santé ? »

Vraiment, c’était réussi. Et le public ne s’y est pas trompé puisque l’audience a atteint un pic de 8,66 millions de téléspectateurs. Et ceci prend tout son sens lorsque l’on sait qu’une semaine auparavant, la stratégie quelque peu opportuniste et tapageuse de France 2 avec son « A vous de juger » spécial Eric Besson versus Marine Le Pen, organisé à la façon d’un combat de boxe, n’a pas du tout fonctionné : 2,7 millions de téléspectateurs seulement.

On dirait bien que les annonces moyenâgeuses du type : « Oyez, oyez ! Les deux monstres du moment vont sous vos yeux ébahis s’écharper, sous l’arbitrage d’Arlette Chabot, c’est du service public et ça va saigner ! », ne fonctionnent plus. Ça laisse songeur… Allez, une chronique qui félicite TF1 sur le Bondy Blog, c’est pas tous les jours… A surveiller. En attendant, La Tribune titrait mardi matin : « La dette monte ».

Gare à la chute !

Frédérique Bedos

Frédérique Bedos

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