Mardi. Des lueurs blanchâtres traversent le hall du Centre Pompidou. Le jet des flashs rebondit sur le panneau blanc de la Fondation Carla Bruni-Sarkozy. Des macarons à la rose s’ennuient dans le fond d’une assiette aussi pâle que la nappe dressée. Quelques serveurs font s’entrechoquer les verres de jus d’orange à ceux de pamplemousse. La brochette d’invités et la maîtresse de cérémonie, Carla Bruni-Sarkozy, viennent de débarquer. Elle porte un tailleur bleu très foncé. La meute médiatique s’excite derrière le cordon de sécurité. « Vous confirmez les déclarations de votre beau-père ? », lance une journaliste, d’une voix fluette. On se croirait à la sortie d’un tribunal, dans les séries américaines. Elle coupe court : « Merci pour ces magnifiques photos. »

Dans une salle déjà plongée dans l’obscurité, Carla Bruni-Sarkozy réapparait. Une douce lumière se dépose sur elle. Aujourd’hui, elle est là pour « un coup d’envoi, pas un coup d’éclat ». Depuis quelque temps, la première dame remonte ses manches pour combattre l’illettrisme, « ce grand fardeau ». Dans les bas-fonds du Centre Pompidou, elle est venue crier que « l’illettrisme est un mal dont on sort. Parce qu’être illettré, c’est avoir subit la malchance. » En présence de sa prédécesseur, Bernadette Chirac, qui se bat toujours à coups de pièces jaunes, la femme du président de la République avoue que l’illettrisme sera la cause qu’elle défendra bec et ongles manucurés.

Devant nous, une journaliste espagnole fait résonner les touches de son clavier. Dans la foulée, elle envoie son papier sur « les rondeurs du ventre de Carla Bruni-Sarkozy, la première dame française ». D’un coup, sur scène, surgit Gérard Depardieu. Une dame chuchote mollement : « Mais c’est vraiment un monstre. » L’acteur s’élance dans une tirade. « Mon père était illettré. Et moi-même, quand j’avais 12 ans, je ne comprenais pas certains mots. Comme idolâtrer, tiens ! » Il conclut ses mots par des mots de Baudelaire. Il lit un poème.

Marie-Thérèse Geffroy, directrice de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme (ANLCI), prend la parole. Elle lâche un nombre : « Il y trois millions d’illettrés en France. » Une précaution : « Il ne faut pas les confondre avec les analphabètes. » Une précision : « Et contrairement à ce qu’on peut penser, les illettrés ne sont pas que dans les zones urbaines sensibles. On en enregistre beaucoup dans les zones rurales. » Frédéric Mitterrand s’éclipse déjà. Beaucoup ont les paupières fermées.

Enfin, comme dans un colloque parfaitement organisé, vient le temps des témoignages. Jean-Luc Delarue n’a qu’à bien se tenir, c’est Frédéric Taddeï qui s’y frotte. Un ancien illettré lui raconte : « Quand j’ai su lire, c’était mieux que d’avoir gagner au Loto. Et j’ai tout de suite voulu devenir un porte-parole. » Et de conclure brillamment : « Je connais des femmes illettrées qui ne savent pas lire les courriers des médecins quand elles sont enceintes. » Timides sourires. Dans un film projeté, on voit ces gens illettrés, incapables de remplir un chèque et « obligés de payer par carte bancaire ».

C’est l’heure de remballer. Des bénévoles et présidents d’associations se pressent pour serrer la mimine à Carla. Dernière question d’une journaliste aguerrie, à la volée : « Madame Bruni, vous êtes enceinte ? » Dernière déclaration de Dame Chirac : « Ce bébé à l’Elysée est l’avenir de la France. » Sinon, il y a toujours trois millions d’illettrés…

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

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