[PRIMAIRE DE LA DROITE] Ca y est, les jeux sont faits à droite : c’est François Fillon qui sera son à la prochaine élection présidentielle de 2017. Alain Juppé regagne Bordeaux. Deux QG, deux ambiances et un seul mot d’ordre : rassemblement. Reportage.

Le jeu, ce soir-là, 20h, au QG d’Alain Juppé, rue Mathurin Régnier dans le 15ème arrondissement, c’est de trouver les militants au milieu des très nombreux journalistes qui sont sur place. Et parmi ces militants, de trouver ceux qui croient encore en la victoire de leur candidat et où celle de Fillon se dessine de plus en plus clairement.

« Encaisser » avant le rassemblement

Alexis est l’un d’entre eux, il a 22 ans et se dit serein. « J’ai soutenu Alain Juppé depuis le tout début, depuis qu’il a annoncé sa candidature. La semaine dernière, la surprise elle était du côté du clan Fillon, pourquoi pas de notre côté ce soir ? Je pense que les gens se sont rendus compte du programme de Fillon cette semaine, notamment concernant la suppression de 500 000 fonctionnaires et ça, ça peut changer la donne ». Malgré ça, il se ralliera à François Fillon s’il le faut « avec passion parce que le pacte de la primaire c’est le rassemblement dès le lendemain du second tour. Donc dès demain, je me rallierai à François Fillon s’il l’emporte mais je vais me laisser ce soir pour digérer ».

Gervais, 40 ans est dans le même état d’esprit. Après l’annonce des premiers résultats, il répète comme une formule magique « rassemblement, rassemblement », il y est obligé dit-il. « Nous sommes de droite donc on se rassemble derrière le candidat de la droite ». Mais les choses ne sont pas aussi limpides pour Camille, 22 ans, qui s’est beaucoup investie dans la campagne d’Alain Juppé. « Je n’ai pas la même affinité pour Fillon que pour Juppé donc c’est à voir. Mais il faut encaisser l’échec puis se mobiliser le plus possible afin que le Parti socialiste ou Marine le Pen ne remporte pas l’élection présidentielle ».

image3Ils sont nombreux les militants à encaisser d’abord avant de penser à l’avenir. Encaisser cet échec, repenser à tous ces mois de mobilisation (Alain Juppé avait annoncé son intention de participer à cette primaire depuis le mois d’août 2014), et à tous ces sondages qui le donnaient favori. Lorsqu’il a pris la parole, vers 21h, visiblement ému avec peut-être l’idée que sa dernière chance d’être le candidat de la droite à l’élection présidentielle venait de s’échapper. Alain Juppé a remercié ses militants, bien sûr. Il a annoncé retourner à Bordeaux dans un discours qui ressemblait à un « petit guide pour l’avenir à l’usage des militants juppéistes ». Un discours d’adieu en somme.

Entouré de journalistes qui se bousculaient, Alain Juppé est sorti par la petite porte par laquelle il est entré et d’un coup la salle s’est vidée. Dominique Perben ou encore Hervé Mariton sont encore là. Dehors, Jean-Pierre Raffarin arrive tout juste. Sur les écrans, François Fillon a pris la place de leur candidat. Les militants écoutent son discours de victoire qu’il donne à 2 ou 3 km de là, à la Maison de la chimie, rue Saint Dominique, dans le 7ème arrondissement parisien.

Des fillonistes à la rue

image5Là-bas, une centaine de militants essaie d’entrer dans le QG sans succès. On leur dit que c’est plein à l’intérieur, que par mesure de sécurité, ils ne peuvent pas rentrer. Beaucoup n’ont pas pu venir plus tôt parce qu’ils tenaient des bureaux de vote, comme Joséphine, 24 ans qui est très contente des résultats ce qui doit l’aider à rester calme malgré l’attente dans le froid et à expliquer pourquoi elle a choisi François Fillon. « C’est celui qui défend les mêmes positions depuis des années mais qu’on n’écoutait pas. Il a travaillé son programme tout ce temps. Il était considéré comme centriste pendant longtemps et maintenant c’est le méchant conservateur. Fallait bien que les journalistes trouvent sur quoi s’acharner un peu. Les attaques, ça montre qu’on le voit comme un rival important et dangereux ».

Ahmed, 48 ans piétine devant l’entrée où des militants se chamaillent avec l’agent de sécurité. Il ne cache pas son agacement. « Là ce sont des militants qu’on ne laisse pas rentrer un jour de victoire. C’est faire preuve de mépris alors que les militants, ce sont eux qui tractent, eux qui font fonctionner la machine. Et puis ça renvoie une mauvaise image-là, ça va nuire au candidat tout ça même s’il ne faut pas en tenir rigueur à François Fillon mais plutôt à son entourage ».

Devant le QG de Fillon, une salade niçoise politique

Sur ce trottoir de la rue Saint-Dominique, que les CRS ont verrouillée, au milieu du bruit des vifs échanges entre certains militants et la sécurité, on trouve de tout et pas seulement des militants fillonistes. C’est un peu une salade niçoise politique. Il y a Léa, 32 ans, plutôt de gauche, elle n’a pas voté à la primaire, elle est venue « pour avoir sa place dans ce moment là, pour échanger avec les personnes présentes, pour savoir pourquoi les personnes votent Fillon, pour comprendre ». Il y a aussi Jean, 26 ans, militant pro -Juppé venu au QG de François Fillon parce que le temps du rassemblement est venu. « Il n’y a pas tant de différences que ça entre Fillon et Juppé, explique-t-il. C’est juste que Fillon a incarné une vision plus radicale alors que Juppé, dans sa position de vainqueur présumé et de rassembleur n’a pas pu affirmer une position plus tranchante ». De manière presque touchante, il dit qu’il souhaite voir les deux hommes travailler ensemble. « On espère qu’ils vont se réconcilier et que les mots blessants de l’entre deux tours n’étaient que des mots de campagne ».

Dans les deux camps, les militants rêvent d’un happy end, que le rassemblement se fasse dans de bonnes conditions afin que François Fillon l’emporte en mai 2017. En attendant, les militants s’engouffrent enfin à l’intérieur du QG, après plus d’une heure d’attente histoire de boire un petit verre et de savourer la victoire avant la grande bataille des prochains mois : celle de la présidentielle.

Latifa OULKHOUIR

Articles liés

  • A la recherche des 500 signatures pour Anasse Kazib

    La course à la présidentielle passe nécessairement par l'étape des 500 signatures de parrainage d'élus pour pouvoir concourir au premier tour. Si pour certains candidats, ce n'est pas une question, pour d'autres comme Anasse Kazib, c'est déjà un premier combat à mener. Anissa Rami a suivi ses militants sur le terrain pour comprendre cette autre lutte d'influence. Reportage.

    Par Anissa Rami
    Le 06/10/2021
  • Zemmour : qu’importe le racisme pourvu qu’on ait l’audience

    Une nouvelle étape a été franchie dans la légitimation des propos racistes d'Eric Zemmour. Elle est venue d'un candidat de gauche, et d'une chaine d'information en continu, lors du face à face entre Zemmour et Melenchon sur BFM, jeudi 23 septembre dernier. Personne n'attendait de débat sur des propositions de fond concernant la précarité, la santé, ou encore la justice. Il n'a pas eu lieu. À la place, l'insulte, l'humiliation et la xénophobie devenus programme validé dans la course à la présidentielle. Édito.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 24/09/2021
  • Dégoutée, la jeunesse communiste lâche-t-elle Fabien Roussel ?

    Une partie des jeunes militant·e·s du PCF, des JC (Jeunes Communistes) et de l’UEC (Union des Etudiant·e·s Communistes) se sentent trahi·e·s par les dernières sorties médiatiques du candidat du parti Fabien Roussel. Des ruptures déjà ancrées sur des enjeux de société semblent aussi se consolider, dans un choc de génération. Témoignages.

    Par Anissa Rami
    Le 15/09/2021