[#PRÉSIDENTIELLE2017] Déception, tristesse et rancoeur mais fierté quand même. Au QG de Jean-Luc Mélenchon, rue de Dunkerque dans le Xème, les supporters de la France insoumise ont passé une soirée d’attente et d’espérance, douchée dès 20h à l’annonce des premières estimations. Le Bondy Blog y était. Reportage.

Certains se prennent la tête entre les mains, d’autres ont les larmes qui leur montent aux yeux et il y a ceux qui tentent de réconforter leurs camarades en les serrant dans leurs bras. À 20 heures, ce dimanche 23 avril, les premières estimations du premier tour de l’élection présidentielle viennent de tomber : Jean-Luc Mélenchon est quatrième. Devancé par Emmanuel Macron, Marine Le Pen et François Fillon, le candidat de la France Insoumise est éliminé.

Devant le « Beluschi’s », bar branché situé à deux pas de la Gare du Nord, à Paris, qui a été choisi comme QG de campagne, la déception est grande chez ses supporters. Pourtant, jusque là, c’est une ambiance festive qui régnait ici. Mais la chape de plomb s’est abattue sur les soutiens de Jean-Luc Mélenchon. « On est au bout du rouleau. On ressent du dégoût, lâchent, au bord des larmes, Océane et Mathilde. Comment peut-on voter pour le Front national, un parti démagogue qui prône des idées racistes, xénophobes et homophobes ? » Les deux étudiantes en politique, respectivement âgées de 23 et 19 ans, font part de leur crainte de voir Marine Le Pen arriver au pouvoir et indiquent qu’elles voteront pour « faire barrage au FN« .

« Le vote utile, on n’y croit pas » : vers l’abstention ou le vote blanc au second tour

Déçues, Ilona et Valentine ne voteront pas au second tour.

Une nécessité de voter au second tour que ne partagent pas tous les militants de la France insoumise interrogés, loin de là. « On ne veut pas participer à ce débat. On n’ira pas voter au second tour et le vote utile, on n’y croit pas« , expliquent Ilona et Valentine, la voix tremblante. « Je m’étais préparé à ce résultat mais je ressens quand même beaucoup de tristesse« , confie Donatien, 22 ans, masque à l’effigie de Jean-Luc Mélenchon sur la tête et drapeau français entre les mains.

« On n’a pas à rougir, on a fait une belle et longue campagne. Il ne faut pas se limiter aux résultats de la présidentielle, on est qu’au début du combat. Mélenchon a réussi à créer un élan et à diffuser ses idées portées par des valeurs comme l’humanisme et le collectif« , poursuit l’étudiant en informatique. Dimanche 7 mai, il votera blanc pour « marquer [s]a désapprobation« .

Benoît Hamon dans le viseur

« Vote noir », peut-on lire sur le portable d’Anthony, qui n’ira pas voter au second tour.

À la déception et la tristesse, s’ajoute la « rancoeur » chez certains des « Insoumis » présents devant le Beluschi’s. Benoît Hamon, candidat socialiste qui a terminé en cinquième position avec un score historiquement faible (6,3%), devient rapidement une cible. « S’il y avait un moment pour faire une belle union de la gauche, c’était maintenant. Hamon a complètement manqué l’occasion en refusant de se rallier à Mélenchon », estime Marie-Jo. La sexagénaire confie avoir toujours voté à gauche, elle a même été encartée au PS mais a rendu sa carte après les premières années du quinquennat de François Hollande. « Je ne voterai pas par défaut. La France, sous Macron ou Le Pen, va devenir une barbarie. Le premier est le poulain du PS quand la seconde joue sur la rage, la peur, les émotions des gens, se désole cette ancienne directrice d’école. La fonction publique, les migrants, les quartiers populaires, la jeunesse avaient besoin d’un autre projet. Les cinq prochaines années vont être très dures ».

« Que tous ceux qui ont voté Macron et Le Pen se démerdent »

« Que tous ceux qui ont voté Macron et Le Pen se démerdent », lâche avec rage Anthony. « Avant j’étais inquiet, mais je ne peux pas empêcher les gens de voter pour un parti raciste et fasciste », déclare celui qui travaille dans l’aviation. Lui aussi a décidé de s’abstenir au second tour. L’homme, veste en cuir, autocollant « France Insoumise » en évidence, lunettes rondes et bouc grisonnant, déambule entre les militants. À la main son portable avec l’inscription « vote noir« , qu’il expose aux journalistes et aux objectifs des photographes. « On a perdu l’espoir, nos repères, et on est un peu dans une antichambre« , explique le quinquagénaire qui dit avoir vu un vrai élan autour de lui, chez les jeunes et chez les habitants des banlieues pour la candidature de Mélenchon. Ce dernier a, par exemple, recueilli 34% des voix en Seine-Saint-Denis, son meilleur score tous départements confondus, loin devant Emmanuel Macron (24%).

Vers 22 heures, le candidat de la France insoumise prend la parole. Il ne reconnaît pas officiellement sa défaite et ne donne pas de consigne de vote pour le second tour. Devant son QG de campagne, la nuit est tombée depuis quelques heures tout comme l’enthousiasme qui animait ses supporters. Jean-Luc Mélenchon se fera applaudir. On entendra encore quelques « Dégagez ! » destinés à Marine Le Pen et Emmanuel Macron ou encore des chants comme « On est la France insoumise« , « Résistance » et « La jeunesse emmerde le Front national ».  Chez beaucoup déjà, le coeur n’y est plu et l’espoir, lui, a été douché.

Kozi PASTAKIA

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