Quand on évoque les banlieues, et en particulier celle d’Aulnay-sous-Bois, on parle souvent de la rupture entre le Nord, où se situent les cités, et les quartiers plus cossus et pavillonnaires du Sud. Mais on ne parle jamais de « la terre du milieu », ce quartier qui n’est pas pour le moins inerte et où des petits commerçants de toutes trempes se sont réunis. Parmi les kebabs, pizzerias, bazars, boulangeries, pharmacies et tout le tintouin, un restaurant chinois, « China Thaï », que j’aimerais honorer dans cet article puisque c’est celui de mes parents (photo) depuis plus de vingt ans. Bien sûr, le sujet semble dérisoire mais on y apprend beaucoup de choses malgré tout. Et d’abord que dans le privé, la fameuse loi des 35 heures ne s’applique pas, car on fait ici pas moins de 80 heures de travail, 7 jours sur 7, avec juste quelques jours de vacances en saison estivale. Le cuisinier en chef Buon, mon père, se plaint parfois d’une vie trop orientée autour de la restauration ; même les Noël et les Nouvel An se passent avec les clients !

C’est bien pour cela que les amis de Claire, la restauratrice, femme du cuisinier et ma mère, sont pour la plupart les clients principaux du resto! Par exemple Dominique le libraire qui vient toujours le jeudi soir et le dimanche midi avec sa chienne Belle; ou encore cette Martine qui ne vient qu’une seule fois dans l’année pour fêter son anniversaire avec sa sœur! C’est ici un lieu riche d’échanges et de discussions, surtout lorsque des événements importants se produisent. On parle du désastre des émeutes qui se passent un plus loin dans la même rue: les gens s’entendent par leurs propos déconcertés face à l’événement. Parfois on disserte sur la politique et par exemple sur cette Ségolène Royal qui suscite énormément de débats en ce moment: certains veulent savoir ce que peut faire une femme à la tête du gouvernement et s’attachent au fait qu’elle soit une mère de famille qui serait donc plus sensible aux questions sur l’avenir des enfants. D’autres s’opposent farouchement à ce personnage ambigu qui ne représente que du « vent » en matière de politique.

Pour la famille Lo, chacun trempe sa patte: le père cuisine ses spécialités, la grand-mère prépare les ingrédients, la mère sert et gère les comptes, la fille assure le service de temps en temps avec le nouveau serveur qui a été embauché en remplacement du grand-père, que la santé empêche de travailler. En semaine c’est toujours très calme, on s’ennuie, on piétine mais le week-end et des jours tels que la Saint-Valentin, c’est la panique totale ! Il faut coordonner le service en salle, les commandes à emporter, les grandes réservations et parfois revenir aux méthodes archaïques avec les additions manuscrites en dépit d’un ordinateur portable volé. Le mot d’ordre est indéniablement: A-DA-PTA-TION ! La vie est dure pour ces parents, venus en France en tant que réfugiés politiques de la guerre du Cambodge, dans les années 70, et dont le seul moyen de gagner leur vie était de tenir cet établissement. Malgré les difficultés financières dues au pullulement des restaurants asiatiques dans la ville (le premier concurrent se situe dans la même rue un peu plus loin), les affaires doivent continuer. Le restaurant tient également à maintenir la qualité de sa cuisine malgré le succès de la déferlante des buffets à volonté dont la mise en place entraînerait sûrement la faillite. Après tout « On ne peut vivre sans argent ! », dit incessamment le père, tandis que la mère aimerait changer d’activité mais sait très bien que la reconversion est difficile…

Cette entreprise familiale vit selon les fluctuations des envies gastronomiques de ses clients bien conscients qu’aujourd’hui, ce sont eux les rois! Ici, On peut observer foule de changements dans les comportements sociaux. Les clients deviennent de plus en plus exigeants, ils ont besoin d’un bien être, d’une qualité et une orchestration du service sans failles qui deviennent parfois de vrais « casse-tête chinois » ! Exemple cocasse de la dame qui faisait un régime pour réguler son taux de cholestérol et qui nous a fait un scandale acharné pour le jus d’un plat constitué de légumes variés(chop suey) parce qu’il baignait dans le gras d’après elle alors qu’il était cuit seulement à l’eau…

Cindy Lo (Lycée Jean Zay)

SamyKhaldi

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