Le stylo fonctionne. Mamadou dépose sa signature au bas d’un des premiers « contrat d’autonomie ». Sitôt fait, le jeune homme se lève, avec à ses côté Fadela Amara et Laurent Wauquiez, et lance à la cantonade : « Nous, en sortant du Val-Fourré, on va tous réussir ! » Une foi partagée ce jeudi par la petite dizaine de premiers signataires du contrat d’autonomie, proposé par la secrétaire d’Etat à la ville dans le cadre du plan Espoirs banlieue. Un contrat qui vise à intégrer dans le marché du travail 45 000 jeunes de 16 à 25 ans, habitants des « quartiers prioritaires », avec un accompagnement individualisé pendant 6 mois.

Qu’en pensent-ils, les jeunes primo-signataires du contrat d’autonomie ? Rafik, 23 ans, n’a « jamais travaillé » mais souhaite trouver un emploi, grâce au contrat signé, « le plus rapidement possible ». Tellement emballé par la formule, Rafik a même proposé à un de ses potes de « faire la même chose », signer le contrat et tenir l’engagement. « Bah ouais, faut qu’ils se réveillent les jeunes, là », interrompt Fatima, bientôt trentenaire. Quant à Niakaté, 22 ans, qui a fait un « CAP prêt-à-porter », elle est prête à aller « jusqu’au bout, même si c’est un peu chaud ».

Fadela Amara et le secrétaire d’Etat à l’emploi, nouveau binôme du gouvernement dans les quartiers populaires, sont tout sourire. Des CV pleins les mains, Wauquiez prend la parole. « Vous savez, à l’Elysée, il a huit mois, peu de gens y croyaient à ce projet », confie-t-il à l’assemblée. Ah bon ? On pensait que l’équipe gouvernementale était aussi soudée qu’une compagnie de légionnaires… Et Wauquiez d’ajouter à l’endroit des jeunes signataires : « Maintenant, vous devez secouer le système. » On y croit, les gars !

Discret (ce qu’il n’est pas toujours), le maire de Mantes-la-Jolie, Michel Vialley (UMP), veille au grain. L’homme, très souriant lui aussi, est pourtant vivement critiqué par les jeunes présents. Une jeune fille affirme que tout ce bastringue, c’est « une énième tentative de récupération de la population métissée ». « Nous, on cherche un logement depuis pas mal de temps. Mais lui (le maire), il détruit les immeubles et construit des piscines », assure-t-elle. Une autre se demande si elle est « un rat de laboratoire qui doit tester un nouveau contrat ».

Scepticisme nourri par pas mal de désillusions. Alors oui, la photo est belle et colorée, avec Fadela Amara au premier plan. Mais sous ce contrat d’autonomie, on craint le contrat de gogos.

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

mehdi_et_badroudine

Articles liés

  • Ces citoyens qui misent sur Christiane Taubira pour l’Elysée

    Né sur les réseaux sociaux en juin 2020, le Collectif Taubira pour 2022 prend de l’ampleur. Alors que Christiane Taubira n’est pas officiellement candidate pour la prochaine présidentielle, des comités de soutien fleurissent aux quatre coins de la France. Qui sont-ils ? Quelle est leur stratégie pour emmener l’ex-garde des Sceaux à l’Elysée ? Reportage.

    Par Florian Dacheux
    Le 19/07/2021
  • Départementales : Aly Diouara : « Nos élus ont besoin d’un rappel à l’ordre »

    Le mouvement citoyen Seine-Saint-Denis au coeur a réalisé un score encourageant lors de sa première participation à un premier tour d’élection départementale, le 20 juin 2021. Formé en novembre 2020, il regroupe une cinquantaine de référents répartis dans une quinzaine de villes et désireux de rendre plus accessible la politique aux citoyens. Entretien avec Aly Diouara, candidat et porte-parole du collectif.

    Par Louise Aurat
    Le 25/06/2021
  • À défaut de voter contre, on ne vote plus

    Seul un électeur sur sept s'est rendu aux urnes pour voter lors du premier tour des élections régionales et départementales. Un abstentionnisme annoncé, dont l'augmentation après chaque scrutin local, choque toujours les observateurs et responsables politiques. Des positions souvent inquisitrices, loin de la réalité de l'offre politique face aux besoins qu'imposent l'époque. Édito.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 21/06/2021