Montreuil, sous le soleil dominical est le lieu de toutes les rencontres. Avec son fameux marché aux puces et sa célèbre rue de Paris, les passants affluent de toute part. « Ça fait 5 000 ans qu’on vote, et rien n’a changé c’est même devenu pire. » Ibrahim, 54 ans, vigile. Le ton est donné. Ibrahim fait partie des déçus de la politique. Comme Lola, 60 ans, vendeuse. « J’avais voté pour Mitterrand, deux ans après, c’était l’austérité, ça m’a vaccinée ! Je suis déçue, j’ai tout essayé, j’ai voté à gauche, j’ai voté à droite mais quand je vois notre situation actuelle, le chômage, le terrorisme, je me dis que tout ceci n’a servi à rien ».

« J’en ai marre d’être cocu »

Mohamed, 62 ans, tient, lui ici, un stand de vêtement. Même discours, même point de vue. « J’ai déjà joué le jeu, j’ai déjà voté, je me suis intéressé, à chaque fois je suis déçu. J’en ai marre d’être cocu ». « Je ne vois pas l’utilité de voter, renchérit, Julien 22 ans, étudiant en droit. C’est toujours la même politique qui est appliquée grâce aux petits arrangements entre eux ».

« Si Marine Le Pen passe, les Français ne se laisseront pas faire »

C’est également les rouages de tout un système qui est remis en cause par bon nombre d’abstentionnistes. Installé sur une terrasse de café à Croix de Chavaux, Thierry, 57 ans, ébéniste, assume ne pas voter. « Je suis pour la fin du régime présidentiel. C’est ridicule et irresponsable de donner autant de pouvoir à un seul et unique homme. Avec toutes les technologies qu’on a aujourd’hui, on peut tous avoir notre mot à dire, voter les lois, agir, se responsabiliser ». Il affirme sa position et répond aux critiques dont il se dit souvent victime.  » Les gens me disent tout le temps, ‘il faut voter utile’, mais pour moi ce vote utile c’est un chantage abominable! J’avais voté Chirac, en 2002, pour contrer Le Pen, mais aujourd’hui si la fille passe je ne voterai pas, parce que je suis sûre qu’elle ne gouvernera pas, les Français ne se laisseront pas faire ».

Hadjira, 35 ans, caissière, fait ses courses avec ses deux jeunes enfants. « Je ne vote pas car on n’a pas besoin de moi ! C’est déjà joué d’avance, les financiers ont leur candidat et c’est Macron ! On le voit partout qui sourit et qui parle ». Catherine, 45 ans, travaille dans la vente de cosmétique, critique très fortement un « système » à bout de souffle selon elle. « Il y a un problème avec la politique : c’est devenu un métier, moi je ne veux pas les payer à faire n’importe quoi ».  » Voter c’est participer à la politique que mène la France en Afrique, parce que sur ce point là ils sont d’accord, moi je veux pas être leur complice », répond Elie, son ami.

« Les gens me prennent pour un flemmard mais mon abstention est une action comme le vote, c’est un choix politique de ne pas voter »

L’abstention prend plusieurs formes. On ne refuse pas de prendre part au vote pour la même et unique raison. Reda, vendeur sur la rue de Paris, assume un positionnement qu’il considère politique. « Les gens me prennent pour un flemmard mais mon abstention est une action comme le vote, c’est un choix politique de ne pas voter ». Lionel, 37 ans,  vendeur sur le marché, va encore plus loin. « Il y a personne qui me parle, les politiques se parlent entre eux et nous ils s’en foutent » .

Nombreux sont ceux qui affirment ne pas se sentir concernés par cette présidentielle et par la politique française en général. C’est le cas de Leila, 24 ans étudiante en communication.« Je ne me sens pas concernée par le débat, je suis étudiante j’ai mes galères et eux discutent de burkini« . Pour Hélène, 30 ans, sans emploi, «  le président ne sert à rien, c’est l’Europe qui décide de tout, la France a perdu sa souveraineté et moi aussi ». Karimn rencontré à un bar à Porte de Montreuil a 44 ans, et travaille dans le bâtiment. « Je ne sais pas pour qui voter, j’attends le deuxième tour, ça m’aidera ! »

Fatma TORKHANI

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