Récemment, le journal Marianne2 publiait une lettre publique des militants PS de Montreuil (93), et des militants et syndicalistes associatifs, à l’attention de Martine Aubry et des membres du bureau national du Parti Socialiste. La missive dénonçait le parachutage d’un candidat aux prochaines législatives, mais aussi une conception ambiguë de la « diversité ».

Ces derniers se définissent, pour reprendre leurs termes, comme « non-blancs de peau » et ils refusent «d’être enfermé(e)s dans une appartenance, qu’on nomme « diversité ».

Voici un extrait de leur lettre : « Nous voulons être des citoyens à part entière. Le fait d’essentialiser notre couleur et notre appartenance supposée, révèle une contradiction avec ce principe. Il participe en revanche d’une forme de néo-colonialisme, où une caste distribue des « faveurs » à des femmes et des hommes de couleurs qu’elle juge incapable de s’imposer de la même façon qu’elle ».

Cette lettre publique concernait une des 15 circonscriptions pour les élections législatives, que le Parti socialiste a décidé, sans l’avis de ses militants, de réserver à des gens issus de la « diversité ». C’est-à-dire, disons le directement, à des Maghrébins, des Noirs et des Asiatiques. Cette forme de discrimination positive est perçue différemment par les jeunes citoyens que j’ai rencontrés.

Ce concept de « diversité », Maeva, une étudiante de 24 ans, d’origine congolaise, le trouve « contre productif ». Elle qui a toujours su se débrouiller elle-même, estime « qu’il est stigmatisant de cataloguer une partie de la population française ainsi ». Elle s’explique d’un ton bien déterminé : « Déjà, diversité ça ne veut rien dire. Moi je ne vois pas en quoi je serais « diverse » par rapport à une fille blanche aux yeux bleus. Mes parents m’ont toujours dit que si on veut vraiment réussir, alors il faut vraiment s’en donner les moyens. Point barre. Aujourd’hui, si pour un Noir, réussir, c’est être étiqueté « diversité » et attendre que les gens nous distribuent gentiment nos places déjà réservées, je trouve ça méprisant ! ».

Par rapport aux 15 circonscriptions déjà réservées pour des élus de la « diversité », elle ne mâche pas ses mots : « Ces gens n’auront pas mérité leurs places. On les leur a juste réservés et eux viennent juste les récupérer, c’est tout. Il n’y a rien de valorisant dans tout ça. Même si le racisme et la discrimination sont une réalité pour nous, cela ne résoudra rien, au contraire ça peut créer de la frustration ».

Julie, une autre étudiante de 23 ans, d’origine antillaise, affirme que: « Les « minorités » ne votent  pas comme les autres. Le  fait de leur réserver des circonscriptions est une manière de les encourager à voter aux élections. C’est leur dire « donner votre opinion et elle sera peut être entendue d’avantage ». Cette représentativité donnera aux minorités du poids dans l’Assemblée nationale ».

Si elle estime que les gens de la « diversité » ont une vision et des attentes différentes, c’est à cause de leur vécu : « Un Arabe ne vivra pas la même vie qu’un Français au quotidien. Ils vivent des situations différentes qu’on connaît bien, des situations de discrimination ».

D’après Julie, réserver des circonscriptions permettra « d’ouvrir les portes » : «  Il y a en France beaucoup d’Arabes et de Noirs qui ont des compétences mais qui ne sont pas représentés, ne représentent personne et ne peuvent agir en politique. Je pense que cette démarche là permettra l’évolution et le progrès. En France, du moins en région parisienne, il y a beaucoup de Noirs et d’Arabes, donc il est logique qu’ils soient représentés ».

La jeune femme tenait aussi à parler d’un autre facteur lié au manque de représentativité : « Dans ces populations là aussi, peu de personnes aspirent à faire de la politique ».

Pour ma part, les visages ou origines de ceux qui me gouvernent, ne m’intéressent pas. Tout ce que j’attends d’eux, c’est du concret et des bons résultats. Un président de la République noir, musulman et homosexuel ? S’il le mérite et qu’il est compétent, il est le bienvenu.

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