À quelques jours du premier tour des élections départementales, près d’un tiers des Français âgés de 18 à 34 ans ignorent la date de cette échéance électorale. C’est ce qui ressort d’un sondage Odoxa, paru sur iTélé le 27 février dernier. L’abstention semble sur le point d’arriver en pole position dans la plupart des départements (comme elle l’avait été pour les élections cantonales de 2011, atteignant 55% au niveau national). Mais à qui la faute ?
Certains pointent du doigt un désenchantement de la population vis-à-vis de la classe politique. Il est vrai qu’à l’ouest : rien de nouveau. Le Parti socialiste fait sa campagne avec, comme unique argument, l’utilisation de l’épouvantail frontiste. À tribord, l’ancien président de la République remet sur la table les propositions pour lesquelles il a échoué en 2012, tout en mettant sur un pied d’égalité le PS et le FN… Par sûr que la « reluisante » sphère politique nationale transmette à nos concitoyens une irrépressible envie d’aller voter le 22 mars prochain.
D’autres soulignent le manque de communication médiatique. Effectivement, on peut constater la faible production journalistique et pédagogique au sujet des échéances électorales à venir, problème qui s’était déjà posé pour les élections européennes en mai dernier. Il est vrai que si vous posez la question à votre entourage « quelles sont les compétences du département ? », les regards de vos interlocuteurs fuiront. Seuls les plus vaillants évoqueront son action en direction des collèges. Pour le reste, nada. De même, demandez-leur le nom de leur conseiller général… Le silence est bien souvent la meilleure réponse. Les médias ne s’intéresseront aux départementales une fois qu’elles seront passées. Afin de s’étonner (encore) de la montée du FN, user d’hyperboles pour qualifier la « débâcle socialiste », et mettre en relief les bastions roses qui vireront au bleu (foncé?).
Les Français ne savent donc pas pourquoi ils vont aller voter dans quelques jours, ni ce à quoi les élus serviront une fois au conseil départemental. Mais cette perplexité est partagée par les candidats eux-mêmes ! Et pour cause : les débats concernant l’attribution des responsabilités aux conseillers départementaux ne débuteront à l’Assemblée nationale qu’en avril prochain. Les électeurs iront donc glisser leur bulletin dans les urnes, sans connaître les conséquences de celui-ci. Quant aux candidats, ils postulent à un poste, sans connaître les tâches qui leur seront attribuées. « Si les candidats ne connaissent pas les fonctions qu’ils auront à remplir, alors imaginez pour les citoyens ! Voyez la situation dans laquelle on est ! » me confiait récemment l’un d’entre eux.
Les règles du suffrage ont changé, le nom des élections a été modifié, ainsi que ses attributions et son découpage électoral… À cela, ajoutons une nouvelle couche de complexité, en évoquant les communautés d’agglomérations qui seront-elles-mêmes englobées dans la métropole du Grand Paris, dont la création est prévue le 1er janvier 2016 ! Structure administrative aux contours flous, dont nous savons qu’elle va arriver, qu’elle va sûrement avoir un impact sur notre quotidien, mais dont nous ne savons que très peu de choses. Quelles seront les prérogatives du Grand Paris ? Celles du département ? Qui sera en charge des collèges ? Des places en crèches ? En maison de retraite ? De la voirie? Autant de questions qui restent, pour le moment, sans réponses.
Un chat n’y retrouverait pas ses chatons n’est-ce pas ? Dans ces conditions, difficile pour une carte électorale de retrouver la voie qui la mènera jusqu’aux bureaux de votes. De toute façon, le gouvernement souhaite faire disparaître les conseils départementaux autour de 2020, dans le cadre de sa réforme territoriale. D’ailleurs, un ami à moi a une opinion bien à lui au sujet de cette campagne électorale : « Ça n’a rien de politique, c’est un complot des distributeurs de tracts pour se faire un max de thune ».
Tom Lanneau

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