« Va-t-on être entendu par les sourds du gouvernement, je ne le pense pas mais j’irai quand même manifester ! » C’est l’opinion un brin désenchantée d’un de ces parents du 19e arrondissement de Paris qui ont participé vendredi dernier à une manifestation baptisée « La nuit des écoles ». Jasmine, maman parmi tant d’autres, qui d’habitude ne prend jamais part à ce type de rassemblement, déplore cette situation : « Que c’est pathétique d’en arriver là, à devoir sortir avec ses enfants dans la rue le soir tard, après une semaine de boulot pour réclamer un droit fondamental : celui de l’éducation. Nos enfants subissent les dégradations du système scolaire, du coup nous aussi on subit, et tout le monde sait très bien que leur avenir commence par l’école. Vu l’état actuel des choses, ça fait vraiment de plus en plus peur. »

Alors que la majorité des enseignants et des parents, rejoints par l’Association des maires de France toutes couleurs politiques confondues, y est opposée, le gouvernement maintient le cap des promesses faites lors de la campagne électorale de 2007 : supprimer des postes d’enseignants, 16 000 de moins prévus pour la rentrée 2011/2012, soit un total de 67 433 depuis quatre ans.

Ainsi chaque année des classes sont fermées dans toutes les villes du pays. Une militante de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) en explique selon elle les conséquences : « Cela détruit la qualité de l’enseignement. Supprimer ces postes alors que les effectifs d’élèves augmentent chaque année est irresponsable. Il y a aussi le fait qu’on envoie des jeunes enseignants devant les élèves, sans formation initiale de terrain. Des contrats précaires pour les remplacements et l’accompagnement des enfants en difficulté sont maintenant imposés, avec des évaluations mises en place. Tout cela s’est fait sans concertation aucune. »

Annie a voté pour Nicolas Sarkozy en 2007, elle était d’accord avec sa proposition consistant à ne pas renouveler un fonctionnaire sur deux partant à la retraite : « Je ne pensais pas que ça se passerait au niveau de l’enseignement. Des fonctionnaires, c’est vrai, ça nous coûte cher, il fallait réformer mais pas dans l’éducation. Ma fille est en CM1 et cette année les conditions dans sa classe se sont encore dégradées car il y a de plus en plus d’élèves en difficulté. Du coup sa maîtresse ne sait plus où donner de la tête et est de plus en plus souvent en arrêt maladie. Arrêts qui ne sont plus compensés, ce qui fait que les enfants sont dispatchés dans d’autres classes déjà surchargées. Je te dis pas dans quel état de fatigue et de stress je récupère ma fille des fois. C’est une histoire sans fin. Il faut vraiment que le ministre de l’éducation vienne dans les classes pour voir et comprendre à quel point ce n’est plus possible de supprimer les postes et de fermer toutes ces classes. »

Ce vendredi soir sur l’avenue Armand Carrel qui mène à la place de Stalingrad, à Paris, on compte des gens de droite comme de gauche qui marchent pour une seule et même cause : préserver l’éducation de leurs enfants. Un mouvement qui grandit au rythme des écoles touchées par cette politique de suppression de postes. Rien que dans le 19e arrondissement, une vingtaine d’écoles et collèges ont défilé, rejointes tout au long de la route par des riverains. Arrivé à la place de Stalingrad, le cortège comptait entre 500 et 700 manifestants qui criaient, sifflaient et tapaient dans des casseroles.

Ces grèves et manifs sont-elles une perte de temps ? La question suprend Carole et son mari : « Ça sert de sortir dans la rue, le simple fait que l’on soit si nombreux est déjà une victoire ! »

Camille Benkhamla

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