ELSA, c’est le nouveau bébé du Ministère de l’Intérieur. Elle pèse 1 kg, mesure 1,2 mètre d’envergure et se déplace à 70km/h. Elle est surtout munie de caméras jour-nuit qui transmettent en direct les images à ceux qui la dirigent. ELSA pour Engin léger de surveillance aérienne. ELSA aussi pour éviter d’utiliser le mot drone, plus agressif et plus militaire. Le robot aérien aux ailes en polystyrène a été la coqueluche du salon Milipol consacré à la sécurité intérieure des Etats qui a eu lieu la semaine dernière. Petit baptême avant d’être testé dans les premiers mois de l’année 2008. 

Mais d’ores et déjà, ELSA déchaîne les passions. Certains y voient un Big Brother – ou plutôt une Big Sister –, d’autres, un outil bienvenu au service de la sécurité des citoyens. Présentée comme un accessoire efficace pour la police nationale, ELSA servirait dans des situations aussi diverses que des manifestations, des prises d’otage mais aussi des violences urbaines. Notamment dans les banlieues.

Sans surprise, chez les syndicats policiers, les réactions sont globalement positives. On met en  avant le côté silencieux et moins coûteux d’ELSA en la comparant aux hélicoptères utilisés dans les mêmes cas de figure. On ajoute que la surveillance ne se fera en aucun cas 24 heures sur 24 mais de manière ponctuelle, en cas de besoin. Enfin, on insiste sur le fait que l’utilisation de cet appareil ne sera pas généralisée : seuls quelques commissariats en seront dotés. « C’est un outil complémentaire au déploiement des effectifs de police, affirme Mohamed Douhane, de Synergie Officiers, il n’a pas vocation à les suppléer. Ca ne nous pose donc aucun problème de principe. »  Pour ce capitaine de police, ELSA est un véritable « complément à  la police de proximité ».

Un avis discutable et discuté par Gilbert Roger, maire (PS) de Bondy, pour qui ELSA creuse au contraire l’écart entre la police et la population. « C’est encore une preuve du mépris du gouvernement et du président pour les habitants de banlieue, s’emporte-t-il, ce que les citoyens attendent c’est du respect mutuel avec la police, pas de la haute technologie ! » Le maire dénonce une stigmatisation des banlieues et demande, non sans provocation : « Est-ce que la Seine-Saint-Denis, c’est l’Irak ou l’Afghanistan ? »

Pour le moment, peu d’élus se sont prononcés sur la question. L’Association des maires de France (AMF) n’a fait aucune annonce. Aux dires de Gilbert Roger, beaucoup de ses collègues trouvent l’idée tellement « grotesque » qu’ils considèrent cela comme un « canular». Le maire adjoint (PS) d’Aubervilliers, Bernard Vincent est plus nuancé. Il se dit « favorable à l’adoption de nouveaux systèmes » mais également « très attaché aux libertés individuelles ». Pour lui qui est aussi membre du Conseil de prévention de la délinquance, ELSA, pour être acceptable et efficace, doit être encadrée : « Il faut que l’on connaisse précisément les circonstances d’utilisation pour éviter toute dérive et entrave aux libertés. »

Une idée sur laquelle policiers et élus pourraient se rejoindre. Dominique Achispon, du SNOP, autre syndicat policier, déclare n’être pas opposé à cette nouvelle technologie « à partir du moment où  elle est contrôlée par un texte de loi ». Même chose pour Force ouvrière qui considère qu’ « un cadre juridique alliant garantie des libertés individuelles et contrôle démocratique doit être posé ». Gilbert Roger et Bernard Vincent promettent d’en parler à leurs collègues, à l’Assemblée nationale, au Sénat, dans leurs partis. On sait que certains maires de banlieue défendent l’utilisation de ces drones dans leurs villes pour améliorer la sécurité de leurs concitoyens. Le drone Elsa pourrait donc être en première ligne dans les débats qui animeront la campagne des municipales puisque la question de la sécurité dans les villes de banlieue sera inévitablement l’un des thèmes majeurs de cette prochaine élection.

Elisa Mignot (Extramuros)

Elisa Mignot

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