En ce beau jour printanier, l’après midi est particulièrement chaude, mais Jean-Marc Ayrault,  n’a pas le temps de profiter du soleil. Dans la pénombre et la fraîcheur d’une petite salle de l’Assemblée Nationale, le président du groupe socialiste, a réuni une poignée de députés et d’experts pour évoquer la réforme fiscale débattue au parlement dès ce lundi.

Le bouclier fiscal, voté en 2007, est devenu un symbole d’inégalité, encombrant pour le président de la République. Avec la réforme fiscale, qui prévoit à la fois la suppression du bouclier et l’allègement de l’impôt sur la fortune, Nicolas Sarkozy espère se débarrasser de ce boulet électoral et se mettre en ordre de marche pour la présidentielle de 2012.

L’opposition ne l’entend pas de cette oreille et se prépare déjà à une bataille parlementaire qui s’annonce musclée. L’objectif de cette réunion à l’Assemblée nationale est justement d’organiser la contre-attaque et de définir une stratégie payante. Si l’atmosphère reste très détendue, les participants affichent tout de même une certaine détermination.

« Il faut mobiliser tous nos députés et déposer un maximum d’amendements. Le débat doit percer les murs de l’Assemblée Nationale ! », affirme Jean-Marc Ayrault. Le message est clair, les députés socialistes ne sont pas encore en vacances.  Il faut frapper un dernier grand coup avant l’été.

Pour le PS la réforme Baroin est une arnaque. « Ce n’est pas la fin du bouclier fiscal mais, au contraire, un cadeau supplémentaire pour les gens fortunés. C’est de la com’ de sauve qui peut ! », dénonce Jean-Marc Ayrault. « Le bouclier fiscal coûtait 800 millions d’euros à l’Etat. L’allègement de l’ISF représente 1,7 milliards d’euros, soit plus du double. C’est un marché de dupes », précise François Hada, directeur  des études du groupe socialiste.

Sur un total de 560 000 assujettis, 300 000 foyers sortent de l’ISF. Tous les contribuables assujettis à cet impôt devraient y gagner, à commencer par les plus gros patrimoines. De six taux d’imposition, l’ISF passe à deux, avec un allègement de ces derniers. Avant la réforme, les taux étaient compris entre 0,5 et 1,8 %. A partir de 2012, on passe à des taux anecdotique de 0,25 et 0,5%.

Mais le PS refuse de se contenter d’être dans la contestation et compte faire des propositions.  « Nous voulons élargir l’assiette de l’impôt sur le revenu pour taxer le capital de la même façon que le travail. Nous voulons également taxer les transactions financière. », explique Olivier Faure, secrétaire général du groupe socialiste, avant d’ajouter : « Ce n’est pas se payer les riches, pour se payer les riches. Il faut sortir d’une économie de rente. »

Le PS veut également s’attaquer aux niches fiscales. « La niche Totale permet à cette entreprise, qui fait 10 milliards d’euros de bénéfices, de ne pas payer un centime d’impôt sur les sociétés en France.  Plus on gagne  d’argent, plus on devrait être fier d’en faire bénéficier la société. Il y a un patriotisme fiscal à restaurer en France », s’insurge François Hada.

Le risque est toutefois de décourager l’investissement et l’innovation. Le PS en est conscient : « Nous ne sommes pas les ennemis de l’économie », soutient Jean-Marc Ayrault. « Nous allons créer une banque publique d’investissement pour aider les jeunes entreprises innovantes.», ajoute-t-il.

Au-delà de la question fiscale, l’enjeu du débat est peut-être plus vaste. Dans la perspective de la présidentielle, le PS  espère reconquérir l’électorat populaire, qui depuis des années a déserté les rangs socialistes. « Nicolas Sarkozy a gagné sur le pouvoir d’achat. Sa campagne était factice. Mais de notre côté, nous n’avons pas su trouver les mots », reconnait Olivier Faure. « La grande force de Sarkozy est de dresser les plus modestes les uns contre les autres. On s’attaque au petit qui volerait son RSA et pendant ce temps là, on oublie le gros qui s’exonère de milliers d’euros d’impôts ».

Empêtré dans les remous engendrés par l’affaire DSK, le PS s’inquiète de l’éclaircie « sondagière » traversée par Nicolas Sarkozy, ainsi que de la percée de Marine Le Pen. « Face à la crise, le vrai danger, c’est la montée du populisme. » confirme Jean-Marc Ayrault. Pour le PS, l’erreur serait de laisser  le monopole du terrain social à la droite et l’extrême droite.

Le président du groupe socialiste entend donc rappeler que Nicolas Sarkozy reste « le président des riches qui fait une politique pour les riches », le président du Fouquet’s en somme. « Sarkozy ne doit pas se débarrasser de ses boulets aussi facilement. La nuit du Fouquet’s, le Président était entouré par un petit cercle médiatico-financier. Le cercle des donateurs. Il a commencé par les remercier avec le bouclier fiscal. Il va finir son mandat par un nouveau cadeau avec l’allègement de l’ISF ! », martèle Jean-Marc Ayrault. Le débat sur la réforme fiscale s’engage lundi au parlement. Il promet d’être virulent.  

Alexandre Devecchio

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