Dans votre rapport, vous préconisez le vote d’une résolution sur le port du voile intégral. Puis, dans un deuxième temps, l’adoption de dispositions législatives pour l’interdire dans le service public (administrations, hôpitaux, écoles). Quel délai vous accordez-vous pour examiner la portée et l’efficacité de cette résolution ?

J’aimerais dire d’abord que cette résolution sera la première depuis 1958. Une résolution, c’est la détermination à défendre des principes et des valeurs. Nous souhaitons qu’elle soit votée par l’ensemble de l’Assemblée nationale. Face au voile intégral, il faut la république entièrement. Le port de ce voile est une pratique moyenâgeuse, contraire à la liberté des femmes, à la dignité de l’expression d’une foi. C’est aussi un problème pour la sécurité.

Combien de temps, donc, faudra-t-il pour mesurer l’efficacité de cette résolution ?

Il faudra entre trois et six mois. Ces femmes qui portent le voile intégral ne sont pas des Martiennes. Elles ne sont pas bien dans leur voile ou bien dans leur vie. Le phénomène n’est pas généralisé mais localisé. On va vite s’apercevoir si ces femmes qui portent actuellement le voile intégral ont compris le message. Si nécessaire, nous aurons à faire un effort d’explication supplémentaire. Convaincre et si possible, ne pas contraindre.

Le rapport met l’accent sur un effort de médiation auprès de ces femmes. N’est-ce pas là demander implicitement aux musulmans d’être les médiateurs ?

Ce n’est pas que nous le leur demandons. C’est eux qui nous le proposent. Récemment, le responsable de la mosquée Bilal de Clichy-sous-Bois, m’a dit : « Tu sais, les musulmans d’ici veulent ressembler à tout le monde et ces femmes-là nous font ressembler au Moyen-âge. » Nous souhaitons bien évidemment que les six millions et demi de musulmans de France qui veulent pratiquer leur foi conformément à la république puissent nous donner la main. Mais en l’occurrence, nous ne sommes pas un pays où il y a des médiations communautaires. Et nous comptons aussi sur la médiation des maires, des travailleurs sociaux et de tous ceux et toutes celles qui sont en contact avec ces femmes. Mais lorsque ces femmes sont dans la rue, dans leur jardin ou dans leur cage d’escalier, là il y a un problème juridique de liberté religieuse et de liberté de circuler qui se pose, qu’il conviendra de mieux appréhender sur quelques semaines ou quelques mois par une consultation du Conseil d’Etat.

Appréhender quoi ?

Il y a chez ces femmes des motivations très différentes les unes des autres. Certaines portent le voile intégral parce qu’elles ont peur dans leur quartier. D’autres parce qu’elles ont une volonté de retourner, disent-elles, aux sources de leur foi. Nous souhaitons donc, de façon très pragmatique, faire des préconisations qui répondent à chacune de ces situations.

Le danger existe qu’avec la médiation que vous préconisez, vous fassiez porter aux musulmans un poids immense. En gros : la médiation a échoué, c’est de votre faute.

Vous m’avez écouté ? Je vous ai indiqué 1) une résolution, 2) une médiation, 3) des dispositions réglementaires, 4) des dispositions législatives. Il ne s’agit pas de recréer des situations qui verraient un imam prendre le parti pour la burqa ou, à l’inverse, le parti contre la burqa. Je dis qu’il faut qu’on s’y mette tous. Un maire qui voit entrer une femme avec le voile intégral dans sa mairie, doit pouvoir lui dire, non pas qu’elle risque une amende de 750 euros, mais ceci : « Madame, vous venez chercher vos papiers, si vous retirez votre voile pour que nous puissions vérifier votre identité, vous les aurez. » Nous ne proposons donc pas une pénalisation du port de la burqa en certains lieux publics, nous proposons que le service demandé soit lié à la vérification d’identité. C’est du bon sens, ce n’est pas de la répression. Si vous venez masquer avec un masque de Nicolas Sarkozy à l’intérieur d’une mairie, on ne pourra pas vous délivrer vos papiers. Il ne s’agit pas de se servir de la loi comme d’un bâton, il s’agit de ne pas banaliser.

Quel est le calendrier des différents votes ?

La résolution peut intervenir tout juste après les élections régionales. Il faudra ensuite de un à trois mois pour que le Conseil d’Etat soit consulté et que toutes les préconisations réglementaires et de médiation que nous faisons se mettent petit à petit en place. On n’ira pas taper la nuit à la porte des femmes portant le voile intégral pour les réveiller, mais leur voisine de palier pourra leur dire : « Ecoute, très franchement, avec ton voile intégral, tu poses des problèmes dans l’immeuble. Essaie de voir comment tu peux faire en sorte de le retirer quand tu vas au centre commercial ou chercher les enfants à l’école. »

N’est-ce pas un peu illusoire de compter sur les vertus pédagogiques de la voisine de palier ?

J’ai l’habitude de dire à mes collègues de la mission parlementaire qu’un voisin ou une voisine de palier pourra être plus utile qu’un policier ou un huissier. Il faut d’abord faire un effort de conviction pour expliquer ce que nous voulons : non pas arracher le voile mais le faire tomber. Plutôt que d’interdire partout le port du voile intégral et de ne pas obtenir quoi que ce soit au niveau du Conseil constitutionnel ou de la Cour européenne des droits de l’homme, nous préférons des dispositions législatives ponctuelles, sur les transports, sur l’université ou encore sur l’hôpital, après que nous aurons demandé son avis au Conseil d’Etat.

Jacques Chirac s’est fait réélire en 2002 sur un programme sécuritaire. Bis repetita en 2007 avec Nicolas Sarkozy, après la crise des banlieues de 2005. Aujourd’hui, à quelques semaines des élections régionales, l’identité nationale et la burqa, qui mettent au premier plan les musulmans en France. L’UMP ne charge-t-elle pas trop la barque ?

J’ai vu ce que représentait l’apparition des voiles intégraux dans des quartiers. Ça fait peur aux gens. Le débat sur l’identité nationale, ce n’est pas moi qui l’ai suscité. J’étais ce week-end à Londres et j’ai vu ce que cela pouvait représenter dans un certain nombre de quartiers de se voir appeler Londonistan. Je ne le veux pas pour Parisistan ou Seine-Saint-Denisistan. Je sais aussi qu’un certain nombre de femmes qui portent le voile intégral le font sous la pression de leur compagnon ou de leur mari. J’ai rencontré à la mosquée des Omeyyades, à Damas, une Française de Marseille qui portait ce voile et qui disait ne plus pouvoir rentrer en France. Ce n’est pas l’UMP qui nous a portés à faire ce rapport. André Gérin, à l’origine de la mission parlementaire, est membre du Parti communiste. Il y avait aussi des socialistes dans cette mission de 32 membres. L’UMP contre les burqas, ce n’est pas un film qui va paraître sur les écrans. Ce que je souhaite, c’est la république pour les femmes et pour les libertés.

Allez-vous passer à autre chose après la burqa ?

Oui, demain matin (aujourd’hui), je dirai devant mes collègues que la burqa, ce n’est pas l’alpha et l’oméga, que le voile intégral ne met pas la république en danger et qu’il y a encore beaucoup de problèmes qui se posent à la communauté musulmane de France : l’islamophobie, les carrés musulmans dans les cimetières qui font défaut, les protocoles alimentaires dans les écoles, et d’abord et avant tout, malheureusement, la discrimination à l’emploi. C’est la première fois que, dans le cadre de nos préconisations, sera proposée l’ouverture d’une mission d’information sur l’islamophobie dans notre pays. Il y a une population qui veut affirmer son droit à la ressemblance et non qu’on la tarabuste avec son droit à la différence.

Vous soulevez la question de la nourriture hallal dans les écoles. Souhaitez-vous que là où il y a une population musulmane, de la nourriture hallal soit proposée systématiquement dans les cantines scolaires ?

Oui, je suis pour que l’on respecte la diversité des religions ; oui, je suis pour qu’on n’impose pas de porc à celui qui n’en veut pas du fait de sa religion. Pour autant, je ne veux pas que « la loi de la diversité » s’impose aux autres. Il faut permettre le libre exercice de sa foi, mais il ne faut pas imposer la foi majoritaire. Ceux qui veulent manger du porc dans une cantine publique fréquentée par une majorité de musulmans ou de juifs doivent pouvoir le faire. Il y a dans ma commune, Le Raincy, huit protocoles alimentaires différents, pour des raisons religieuses et médicales.

La mission parlementaire sur le voile intégral n’en annonce donc pas une autre sur le port du hidjab…

Non, pourquoi y en aurait-il une ? Le port du hidjab est « majoritaire » dans de nombreuses communes de la Seine-Saint-Denis, et ça ne me choque pas. En l’occurrence, c’est un respect dû l’expression que l’on peut avoir de son rapport à l’Au-delà. Mais masquer son identité, comme on le fait avec le voile intégral, c’est un phénomène nouveau. Il y a dix ans, il n’existait pas. Ce n’est pas un problème limité à la France. Il se pose en Europe, en Turquie, en Egypte. L’UMP ne s’en est pas saisi pour gagner les régionales.

Demain (aujourd’hui), lorsque vous prendrez la parole comme rapporteur, aurez-vous l’impression de vivre un moment historique ?

Très franchement, oui. Avec Julien Dray et Jean de Gaulle, j’ai voté contre la guerre du Golfe en 1991. Lorsque j’étais jeune assistant parlementaire, j’ai vécu un moment fort en écoutant le discours de Robert Badinter contre la peine de mort. Dans la vie d’un député, il y a des moments où l’on traite de problèmes de société. Là, c’est un véritable problème de société. Il y a un môme de ma circonscription – on avait dû lui en parler – qui m’a dit que les femmes en voile intégral ressemblent à Belphégor. Eh bien, c’est ça, ce que je veux éviter, c’est Belphégor pour nos quartiers.

Propos recueillis par Antoine Menusier

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