A 21 ans, Charles-Louis est un jeune marseillais très déterminé. Un parcours scolaire peu ordinaire, « chaotique » comme il le dit, a sans doute contribué à lui forger ce caractère si entreprenant. Après un Bac STI génie électronique, il s’engage dans une première année de domotique (ensemble des techniques de l’électronique, de physique du bâtiment, d’automatisme, de l’informatique et des télécommunications utilisées dans les bâtiments).

« Ce que je faisais me plaisait mais j’avais envie de me dire pourquoi pas autre chose ? Et il n’y a que les banques qui ont osé prendre un technicien en électronique. » Il se réoriente alors vers le milieu de la finance. Il intègre un BTS Banque, qu’il réalise par alternance avec une spécialisation dans les marchés des particuliers.

Il partage donc la plus grande partie de son temps entre l’école et l’entreprise BNP où il apprend le métier de conseiller. Une filière dans laquelle il semble s’épanouir. Le jeune homme est intarissable sur son sujet : « On peut gagner des sous tout en étant éthique. Il y a l’ISR, par exemple. Ce qu’on propose souvent ce sont des OPCVM, des offres packagées comprenant des actions, des obligations… »

Pour l’année prochaine, rien n’est encore décidé. Charles-Louis a déjà reçu des propositions d’emploi mais pourquoi pas poursuivre des études encore un peu… Surtout, un autre projet lui tient à cœur, faire un an de volontariat dans la Marine Nationale. Parce qu’il dit « être fier d’être Français [et] ce n’est pas un concept de droite ! » D’une telle année, il attend l’expérience, un état d’esprit, les valeurs de l’engagement, la rigueur, l’esprit collectif… Dans tous les cas, à l’avenir il souhaite devenir réserviste. Ce qui signifie pour lui « s’engager et être prêt à intervenir ».

« J’ai toujours été de gauche »

On l’aura compris, Charles-Louis est un jeune qui donne beaucoup d’importance aux valeurs. Des valeurs qu’il retrouve dans le parti politique auquel il est encarté : le parti socialiste. « Officiellement », il intègre le Mouvement des Jeunes Socialistes (MJS) en janvier 2011. Il prend ensuite la carte du PS en 2012. Des convictions qu’il réussit, sans difficultés, à concilier avec son parcours professionnel : « Je trouve qu’il n’y a pas de contradictions entre ce que je fais à la banque et mes convictions politiques. Je ne fais pas tout ce que je peux pour que mes clients paient moins d’impôts ou s’évadent fiscalement. Je n’ai pas l’impression de faire un métier plus capitaliste que la caissière de supermarché qui se fait exploiter. »

Un parcours politique logique selon lui. « J’ai toujours été de gauche », se souvient-il. Même si sa famille du côté paternel, issue de l’immigration italienne est plutôt de droite, Charles-Louis a été principalement élevé par sa mère, déléguée du personnel, syndicaliste CFDT. « La première fois que j’ai pris le TGV, j’avais 4 ans, c’était pour manifester le 1er mai à Paris », se souvient-il en riant. « J’ai fait toutes les manifs au collège et au lycée : j’ai bloqué mon collège contre le CPE, j’ai bloqué mon lycée par rapport aux réformes professionnelles… ».

A la maison, Charles-Louis est bercé par  l’histoire politique et syndicale. Devant son chocolat chaud, il parle avec ardeur de cette histoire « La France a un passé, pays des droits de l’Homme, la SFIO, les congés payés, l’abolition de la peine,1894 création du premier syndicat… » Et il n’a pas choisi le PS par hasard, « c’est ce qui me paraissait faisable en terme économique, je suis d’une gauche modérée ».

Pour lui, être de gauche c’est être « humaniste, progressiste, féministe ». Globalement, c’est « se battre pour les droit pour tous ». Et ceci passe inévitablement par la manifestation. Une démarche importante à ses yeux : « S’il y a des mesures pour lesquelles j’ai montré mon désaccord mais qui sont quand même prises, je pourrais dire que j’ai essayé de faire quelque chose, la plupart se contenteront de dire “c’est nul“. »

Chez les jeunes socialistes, en ce moment, c’est le calme avant la tempête : les primaires ouvertes pour les municipales de 2014. Le MJS prépare un Livre Blanc, Horizon 2014, réunissant les propositions des jeunes marseillais pour l’avenir de la ville. D’ores et déjà, figurent dans ce programme, les transports, la santé et l’éducation.

« On a beaucoup de mal à sortir »

Si Charles-Louis est politisé, il semble faire partie d’une minorité. « A Marseille, malheureusement, c’est vrai la jeunesse n’est pas très militante » regrette-t-il. Il avance plusieurs arguments pour expliquer le non engagement des jeunes. Parmi ces remarques, apparaissent les cours d’éducation civique. « Il n’y a rien qui en sort, pourtant, c’est important d’inculquer une conscience politique pour ne pas voter par défaut ou aux extrêmes ».

Avoir 20 ans pour Charles-Louis, c’est donc la politique, le travail et les études mais aussi le sport. Mais ca, c’est un exercice plus compliqué ! Un nouveau sujet qui prête à discussion pour le jeune homme. « 4 piscines ouvertes sur 22 à Noël » se renfrogne-t-il. Il pratique le foot australien mais doit régulièrement s’entraîner à Aix-en-Provence, faute de disponibilité des stades marseillais. Des stades en mauvais état et souvent inaccessibles, est-il obligé de constater.

Et puis, comme tout jeune qui se respecte, Charles Louis sort en soirée. Quelques fois dans les bars, le plus souvent chez des amis. Mais souvent écourtées, parce qu’à Marseille, les transports, c’est un problème. « On a beaucoup de mal à sortir, il y a très peu de places pour se garer et les transports ne sont pas franchement tip top. » Les métros circulent jusqu’à 22h30 en semaine, autant dire mieux vaut ne pas être un couche tard. Mais grâce à Marseille Provence 2013, dès le mois d’avril les métros circuleront jusqu’à 00h30 en semaine.

Charlotte Cosset

Articles liés

  • A la recherche des 500 signatures pour Anasse Kazib

    La course à la présidentielle passe nécessairement par l'étape des 500 signatures de parrainage d'élus pour pouvoir concourir au premier tour. Si pour certains candidats, ce n'est pas une question, pour d'autres comme Anasse Kazib, c'est déjà un premier combat à mener. Anissa Rami a suivi ses militants sur le terrain pour comprendre cette autre lutte d'influence. Reportage.

    Par Anissa Rami
    Le 06/10/2021
  • Zemmour : qu’importe le racisme pourvu qu’on ait l’audience

    Une nouvelle étape a été franchie dans la légitimation des propos racistes d'Eric Zemmour. Elle est venue d'un candidat de gauche, et d'une chaine d'information en continu, lors du face à face entre Zemmour et Melenchon sur BFM, jeudi 23 septembre dernier. Personne n'attendait de débat sur des propositions de fond concernant la précarité, la santé, ou encore la justice. Il n'a pas eu lieu. À la place, l'insulte, l'humiliation et la xénophobie devenus programme validé dans la course à la présidentielle. Édito.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 24/09/2021
  • Dégoutée, la jeunesse communiste lâche-t-elle Fabien Roussel ?

    Une partie des jeunes militant·e·s du PCF, des JC (Jeunes Communistes) et de l’UEC (Union des Etudiant·e·s Communistes) se sentent trahi·e·s par les dernières sorties médiatiques du candidat du parti Fabien Roussel. Des ruptures déjà ancrées sur des enjeux de société semblent aussi se consolider, dans un choc de génération. Témoignages.

    Par Anissa Rami
    Le 15/09/2021