Nicolas Hulot à Sevran, vous sur le Bondy Blog : pourquoi cet intérêt des écologistes pour la banlieue ? Eva Joly : Personnellement, j’ai vécu 22 ans en banlieue, dans le sud de l’Essonne. J’étais une utilisatrice de la ligne C du RER, donc je connais bien les galères liées aux transports en banlieue. Pour Nicolas Hulot, c’est une façon de se positionner et de dire que l’écologie politique n’est pas uniquement environnementale, que c’est aussi du social. Je lui dis : « Très bien, bienvenu au club ! » Il a compris, je pense, que le social fait partie intégrante de l’écologie politique et qu’on ne peut pas opérer la transformation écologique de la société sans plus de justice.

Qu’est-ce qui vous différencie du présentateur d’Ushuaia ?

Je pense que nous avons des parcours différents. Le travail qu’il a fait, sensibiliser l’opinion, n’est plus à faire. Il n’y a plus de défrichage à opérer, les dangers liés au non-respect de l’écologie sont connus, c’est acquis. Nous nous différencions sur les actions à entreprendre. Mes combats parlent pour moi, je suis quelqu’un qui a combattu pour l’égalité devant la justice, pour plus de justice entre le Nord et le Sud depuis 15 ans. Je ne suis pas une nouvelle venue.

Nicolas Hulot est-il, lui, un nouveau venu ?

C’est un nouveau venu sur les thèmes de la justice sociale.

Vous pensez pouvoir rassembler davantage de personnes autour de vous que lui ?

J’ai connu des combats difficiles, des combats où personne ne croyait en mes chances de victoire. En tant que juge, je me suis attaquée à des intérêts puissants, on a voulu m’arrêter dans mon action, j’avais peu de chances d’y arriver mais j’ai porté ces combats jusqu’au bout. J’ai mené un combat contre les paradis fiscaux, contre l’utilisation que les multinationales font de ces structures parallèles qui leur permettent de ne pas payer d’impôts et de piller les ressources des pays en voie de développement. Ce système, je l’ai combattu. C’est une assurance pour les électeurs de savoir que je peux porter des combats difficiles. Je sais bien que l’intérêt des multinationales n’est pas l’intérêt général, et c’est justement l’ignorance de ce genre de clivage qui marque la différence entre Nicolas Hulot et moi. Le combat qui s’annonce (ndlr : l’élection présidentielle) sera difficile, il ne peut pas être consensuel, et c’est exactement l’ambiguïté du discours de Nicolas Hulot. On est tous d’accord sur le diagnostic, mais il ne suffit pas de lancer un appel, il faut savoir quelle stratégie mener et avec quels partenaires.

Dix-neuf pour cent des Français souhaitent que Nicolas Hulot devienne président, selon un sondage. L’intérêt des écologistes n’est-il pas de présenter le candidat qui a les meilleures chances ?

Nous avons organisé des primaires justement pour pouvoir débattre sereinement des différentes visions où les candidats pourront faire valoir leurs différents points de vue. C’est aux primaires qu’il incombe de départager les candidats. Pour moi, la démocratie, elle est avec la réalité, dans les rencontres avec les citoyens et dans un vote qui conclut cette action. Elle n’est pas dans les sondages, surtout pas à une année de l’échéance. Il y a une assez facile confusion entre popularité et intentions de vote. Ce que vous dites dans un sondage et ce que vous faites dans l’isoloir un an après peut différer.

Qu’avez-vous pensé de son discours à Sevran ?

Pour nous sa candidature est positive. Encore une fois, bienvenue au club. Nous allons faire du bon boulot ensemble. Les primaires ce n’est pas une confrontation, elles sont là pour pouvoir présenter aux Français les différents aspects de l’écologie politique et les inciter à participer à ce vote. Je suis heureuse de pouvoir faire ça avec lui, je l’invite à faire du terrain avec nous. Je l’invite à venir en Seine-Saint-Denis le 4 mai, à coté des parents mobilisés qui protestent contre les non-remplacements des professeurs. Qu’il montre avec moi, que notre combat commun vise aussi à améliorer la vie des habitants de banlieue. Qu’il vienne aussi  manifester avec moi, lundi prochain, à Flamanville, pour montrer notre volonté de sortir du nucléaire.

Pensez-vous que Nicolas Hulot acceptera de se présenter aux primaires d’Europe Ecologie Les Verts ?Je n’envisage pas que Nicolas Hulot veuille se présenter en contournant Europe Ecologie Les Verts,  une telle attitude affaiblirait l’écologie politique et au final ferait le jeu de la droite et de Nicolas Sarkozy. Je souhaite sa participation, sa notoriété est un atout, et les débats des primaires permettront d’aborder les principaux thèmes qui intéressent nos concitoyens, et de porter haut et fort l’écologie politique. Ils permettront de clarifier nos positions sur la sortie du nucléaire, sur la place des multinationales dans la dégradation de l’environnement. Chacun aura à dire comment il envisage de construire l’alternative à Nicolas Sarkozy, avec quels partenaires, et sur quel projet.

La présence de Nicolas Hulot à Sevran n’est pas anodine. Le maire de cette ville, Stéphane Gatignon, veut légaliser le cannabis. Quelle est votre position à ce sujet ?

Ma position est connue depuis longtemps, je suis pour la légalisation. Je pense que la présence de Nicolas Hulot veut aussi dire qu’il partage ce combat historique des Verts.

Qu’en est-il de l’implantation des écologistes en banlieue ?

Il y a un énorme travail à faire. Bien à tort, certains habitants de banlieue perçoivent que l’écologie n’est pas une chose qui les concerne. C’est une forme de luxe associée aux produits bios qui sont plus chers. Nous avons un travail à faire pour montrer qu’au cœur de l’écologie politique, il y a des mesures sociales, comme l’encadrement des loyers, un programme de transports, sortir les bâtiments de la précarité énergétique, des mesures sur les salaires minimaux, des thèmes qui les concernent dans leur vie de tous les jours. Nous devons changer l’image de l’action des écologistes en banlieue.

Propos recueillis par Idir Hocini

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