Bondy Blog : Depuis presque un mois, le ministère du logement est absorbé dans le grand ministère de la transition écologique et de la cohésion sociale. Comment avez-vous accueilli cette nouvelle lors du dernier remaniement ?

Jean-Baptiste Eyraud : Ce n’est pas la première fois qu’il n’y a pas de ministère du logement au gouvernement, mais en l’espèce il n’y a même pas de secrétariat d’Etat dédié. Cela traduit un véritable déni face à la crise du logement sans précédent que connaît le pays depuis 50 ans et qui s’illustre par une augmentation du nombre de SDF, des expulsions locatives, une hausse des loyers et de la bulle spéculative. L’augmentation du coût du logement est de loin supérieure à celle du pouvoir d’achat des ménages. Aujourd’hui, seuls 3.5 % des ménages détiennent la moitié du patrimoine locatif du pays et la politique du gouvernement ne fait qu’accentuer cette concentration des richesses.

Le nombre de SDF avoisine les 400 000

Au début de son premier mandat, Macron se donnait un an pour qu’il n’y ait plus de personne sans domicile fixe. Quel constat portez-vous sur ce premier quinquennat ? 

Nous sommes loin du compte. Le nombre de SDF avoisine les 400 000, on parle d’une augmentation de 150 000 à 200 000 en 5 ans. En 2019, on recensait 16 000 expulsions forcées. Ce chiffre a baissé en 2020 et en 2021 à la faveur de la crise sanitaire, mais on s’attend cette année à près de 30 000 expulsions.

Une manifestation organisée par le DAL pour réclamer l’application de la loi en matière de droit au logement.

Qu’en est-il de la gestion des logements sociaux ?  

On recense aujourd’hui 2,1 millions de ménages demandeurs de HLM, ce chiffre n’a jamais été aussi élevé. Il y a de moins en moins de turn-over, les locataires restent de plus en plus longtemps dans leur HLM, et il y a de moins en moins de constructions de nouveaux logements sociaux.

3,1 millions de logements vacants, c’est un record historique

Finalement, que retiendra-t-on des réformes sur le logement mises en place durant le premier quinquennat ? 

La réforme des APL adoptée en début de mandat, a permis sur le quinquennat d’économiser 15 milliards sur les aides au logement. Une économie budgétaire qui a participé à fragiliser un peu plus les ménages les plus modestes. En décortiquant le programme de Macron, l’inquiétude est encore plus grande : en envisageant de donner plus de pouvoir aux collectivités locales, il encourage la hausse du prix du foncier, qui permet d’engendrer plus de recettes fiscales et donc plus d’argent pour les collectivités, mais participe à l’épuration des ménages les plus modestes.

Quand l’État veut faire l’effort, il peut trouver des solutions.

Durant plus de deux mois, au printemps, vous avez occupé la place de la Bastille pour exiger le relogement de quelque 220 familles. Après plusieurs semaines de négociations, vous avez finalement obtenu leurs relogements. Dans le même temps, la France accueillait près de 100 000 réfugiés ukrainiens et se mobilisait pour leur hébergement. Qu’est-ce que cela vous inspire ? 

Cela démontre que quand l’État veut faire l’effort, il peut trouver des solutions. Durant ces deux mois de mobilisation, nous avons fait le tour des acteurs du logement (ministère, hôtel de région, préfecture, mairies…). Nous avons occupé la place de la Bastille jour et nuit avec des familles qui dormaient sous une grande tente pour obtenir gain de cause. Le pays compte 3,1 millions de logements vacants, c’est un record historique ! C’est un potentiel que le gouvernement ne cherche même pas à exploiter. Alors que le prix du logement ne cesse de grimper, le nombre de logements vacants augmente également. Il existe pourtant une taxe sur les logements vacants, mais celle-ci ne s’applique pas dans toutes les communes.

 

Après deux mois et demi de lutte, le DAL a obtenu de la préfecture d’Île-de-France, « un engagement de relogement dans un délai d’un an ».

Sur la plateforme logement pour tous(tes) dont le DAL est signataire, vous préconisez plusieurs mesures pour enrayer cette crise. Quelles sont selon vous les décisions les plus urgentes à adopter ?

Il est urgent de baisser les loyers et rehausser les APL, afin de faire baisser la pression sur les locataires. Il faut également stopper les expulsions sans solution de relogement. Enfin, il faut relancer la construction de logements sociaux. Le programme de Macron pour ce nouveau mandat prévoit seulement 100 000 constructions par an. C’est moins que lors des précédents quinquennats et c’est insuffisant. Enfin, il faut faire appliquer les lois existantes parfois méconnues comme le décret sur le gel des loyers à la relocation, qui empêche au propriétaire d’augmenter le loyer d’un nouveau locataire, sauf sous certaines conditions, le DALO, qui désigne l’État comme garant du droit au logement ou la loi SRU, qui impose aux « grandes communes » un pourcentage minimum de logements sociaux.

Les mesures les plus dures n’ont pas encore été annoncées et le pire est à venir.

Dans ce contexte, que peut-on attendre du second mandat ? 

Certaines mesures pour favoriser l’isolation thermique des logements – à grand renfort d’aides publiques – peuvent, de prime abord, paraître bénéfiques d’un point de vue écologique, puisque les logements seraient moins énergivores. Mais celles-ci ne sont pas conditionnées par le gel des loyers. Par conséquent, les propriétaires peuvent faire porter le coup des travaux aux locataires, alors que lesdits travaux sont financés par l’argent des contribuables. À mon sens, les mesures les plus dures n’ont pas encore été annoncées et le pire est à venir.

Céline Beaury. 

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