Ce vendredi 9 novembre, jour anniversaire de ma sœur et de la chute du Mur de Berlin, Fadela Amara, secrétaire d’Etat à la politique de la ville, est en visite à Clichy-sous-Bois et Montfermeil ; et lorsque qu’un personnage symbolique du gouvernement arrive en terre symbolique de la banlieue, forcément, il y a foule. D’autant plus que Fadela Amara avait décidé de faire le déplacement en transports en commun, accompagnée, autre symbole, de Roger Karoutchi, secrétaire d’Etat chargé des relations avec le parlement, qui a fait auparavant toute sa carrière politique dans le 92, l’antithèse du 93.

Départ d’Haussman Saint-Lazare au RER E de 15h17 ; arrêt minute à Bondy ; descente à la prochaine station, Le Raincy, où Fadela est accueillie par les maires de Clichy-sous-Bois, de Montfermeil et du Raincy, par le préfet du département et la préfète déléguée à l’égalité des chances. RER faisant, les journalistes lui demandent comment elle compte regagner Paris après sa visite : « En transports! », se fait-elle une joie de répondre, déjouant le piège. Au Raincy, une belle brochette d’élus et un bon gros sac de journalistes s’en vont remplir le 602, bus qui monte vers Clichy-sous-Bois/Montfermeil.

Au bas d’un immeuble de Montfermeil, là où réside l’association le Refuge de Gauguin, Fadela recueille des témoignages d’habitants. Elle gagne ensuite un appartement pour s’entretenir à huis clos avec ses occupants. Les gens se plaignent auprès d’elle des charges très chères payées pour des ascenseurs qui ne fonctionnent pas. Un jeune lui dit alors ce qu’il pense des personnes comme elle : « Combien de politiques sont passés ? Qu’est-ce qui a changé ? Rien ! Vous venez juste faire la belle avec vos caméras ! Venez, je vais vous montrer le bâtiment 12 pour vous montrer dans quel état il est ! »

Ok, répond Fadela, « après la réunion d’appartement, j’te suis ! » La petite Sarko touch, ça fait toujours son effet. Visiblement et contrairement à d’autres lieux qu’elle a visités lors de ses déplacements en banlieue, le hall d’immeuble n’a pas été nettoyé à fond pour sa venue. La secrétaire d’Etat dit avoir vu des halls nickels, et lorsqu’elle allait dans des halls juste à coté, elle comprenait que sa venue avait été « déguisée ».

Je croise alors des membres d’AC Le Feu, association qui a fait un cahier de doléances pendant la campagne présidentielle, remises aux parlementaires. Mais eux ne sont pas là pour soutenir Fadela. Ils l’estiment illégitime dans sa mission. Pourquoi ? Parce qu’ils pensent qu’à l’époque où elle présidait Ni putes ni soumises, elle a stigmatisé les garçons de banlieues, et que parler de plan anti-glandouille comme elle l’a fait récemment, était, selon eux, à la limite de l’insulte.

La réunion d’appartement à huis clos terminée, la petite visite improvisée du bâtiment 12 accomplie, direction l’espace 93 de Clichy-sous-Bois. Cette fois-ci pour Fadela, ça sera en voiture ! Une salle avec quelques centaines de personnes, la secrétaire d’Etat, les maires de Clichy-sous-Bois et Montfermeil, des intervenants sociologue, conducteur de bus, professionnel de la santé. Tous sont maintenant prêts à regarder un court reportage, qui sera suivi d’un débat.

Retiennent mon attention les interventions des habitants. Il y aurait de gros soucis au niveau des logements: des bons payeurs traînés en justice à cause des mauvais ; des habitats payés toute une vie durant et aujourd’hui plus que sous-évalués ; les prix des charges incluant des serrures à plus de 1200 euros et des bouteilles de javel à 50 euros ; des marchands de sommeil qui louent un appartement à plusieurs familles et qui profitent de la précarité de personnes sans papiers. Beaucoup d’histoires pas drôles de la vie quotidienne, qui dénoncent les escroqueries qui pourrissent la vie du quartier. Il y a aussi la question lancinante de l’enclavement de Clichy-sous-Bois et Montfermeil. D’après Fadela Amara, on peut mettre des milliards dans ces deux villes, mais si ce n’est pas désenclavé, ça ne servira à rien, donc le but clair : désenclaver ces deux villes. A cela s’ajoutent des revendications importantes pour les handicapés, les jeunes qui veulent des cages de foot…

Il est bientôt 21 heures, derniers échanges avec les habitants, habituels discours de fin de visite et Fadela s’en retourne… en voiture ! Juste avant son départ, l’avocat des familles de Zyed et Bouna, Jean-Pierre Mignard, l’a invitée à se recueillir devant la stèle des deux adolescents morts en 2005. La secrétaire d’Etat était-elle pressée de quitter Clichy-sous-Bois ? Elle a zappé le recueillement. Fadela Amara n’a pas le soutien de tous, mais en attendant, c’est à elle qu’on va remettre la grosse enveloppe du Plan banlieues ; c’est donc elle qui, demain, pourra peut-être améliorer la vie en banlieue. Et malgré ce qu’elle a fait et ce qu’elle a dit, je pense qu’on n’a rien à gagner a ce qu’elle ne réussisse pas. Fadela, fais de ton mieux !

Fadela Amara: « Arrête de prendre la parole à la place des autres »


Fadela Amara à Clichy sous Bois et Montfermeil
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Amad Ly: « Allez voir au B12, vous comprendrez les violences des banlieues » 


Discussion : Fadela Amara vs Amad Ly
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Eric Raoult: « Il faut qu’on respecte à peu près la loi »


discussion : eric Raoult, Amad ly, Mohamed Mechmache
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Chou Sin

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