C’est toujours un événement lorsqu’un membre du gouvernement va à la rencontre des Français. Il y a de l’excitation dans l’air. De l’impatience, aussi, car le représentant de l’exécutif a souvent du retard. Comme hier à Evry, 50 000 habitants, « capitale de l’Essonne« , vante une brochure locale, où Fadela Amara, secrétaire d’Etat chargée de la politique de la ville, est venue signer un avenant à une convention de l’ANRU (Agence nationale pour la rénovation urbaine). La chose étant faite, les travaux peuvent en principe commencer en divers secteurs de la commune. Le préfet est là, le directeur de l’ANRU également et bien sûr le maire, le socialiste Manuel Valls, en costume blanc estival, qui accueille son hôte de marque dans l’enceinte du gymnase Jean-Louis Moulin, à deux pas du quartier des Pyramides. La présence à Evry de la secrétaire d’Etat est autant dictée par la signature du document que par le souhait de se montrer en public. Elle a une tête de grande sœur sicilienne, Fadela Amara, une origine algérienne et un attachement viscéral à la « laïcité« , tient-elle à rappeler face à son auditoire.

« Qu’en est-il du fameux plan Marshall pour les banlieues ?« , demande un jeune homme. « C’est Nicolas Sarkozy qui le dévoilera à la mi-novembre« , répond la secrétaire d’Etat. Ce sera la seule question politicienne. Les autres interventions sont plutôt le fait d’habitants excédés par leurs conditions de vie. « Dans mon quartier, il n’y a pas d’hygiène, ce n’est pas nettoyé, témoigne un homme. Il faut que l’Etat, qui donne l’argent, oblige les bailleurs sociaux à réclamer des gardiens d’immeubles qu’ils fassent leur travail de nettoyage. » Un père de trois enfants, marié, dit qu’il n’en peut plus de vivre entassé dans un F2, de voir ses filles faire leurs devoirs qui aux toilettes, qui dans la cuisine. « C’est un dossier que nous suivons de près« , lui explique Manuel Valls, qui touche là à l’impuissance de sa fonction: un maire ne peut pas faire des miracles. Fadela Amara a plus de pouvoir: « Prenez contact avec mon cabinet, nous trouverons une solution pour vous et votre famille« , l’invite-t-elle.

Christophe Serreau dirige une toute petite société de fabrication de tee-shirts, « deux modèles pour homme, deux modèles pour femme« , marqués du slogan « La terre est à tous« . Il espère recevoir de Fadela Amara une subvention de 1 000 euros pour le dédommager de mauvaises ventes cet été, en raison du temps pluvieux au nord de la France. En gros, il veut se faire déclarer « catastrophe naturelle« . « Avec mes tee-shirts, je fais passer un message positif dans les banlieues« , dit-il au Bondy Blog. Résultat ? « J’ai obtenu un rendez-vous avec la secrétaire d’Etat à son bureau« , affirme-t-il. Où sont les jeunes ? Pas dans le gymnase à écouter Fadela Amara et Manuel Valls. Ils sont dehors, ils s’entraînent sur un terrain de foot en dur, sous la conduite d’éducateurs sportifs. Avant de répondre aux doléances des habitants, la secrétaire d’Etat et le maire ont fait un tour de terrain. La responsable de la politique de la ville, ancienne présidente de l’association Ni putes, ni soumises, veut savoir comment les filles se débrouillent pour rentrer chez elles, après le sport. « Le gymnase ferme le soir à 22 heures. Les filles qui font du sport jusqu’à cette heure-là, on les ramène à la maison afin d’éviter tout problème« , l’informe une jeune éducatrice en survêtement.

Touré Daouda, 23 ans, latéral gauche dans l’équipe de foot A d’Evry (niveau promotion d’honneur), enseigne l’art du ballon rond à des plus jeunes que lui. « Mon emploi, c’est ici, ça me plaît d’être avec les petits. Pendant les vacances, le gymnase et les terrains extérieurs sont restés ouverts au public tous les jours« , raconte-t-il. Evry compte 600 licenciés en foot. Certains deviennent des joueurs professionnels. La principale du collège des Pyramides, Colette Cassini, comme des milliers de ses collègues de l’éducation nationale, se prépare à la rentrée de mardi. « J’entame ici une huitième année en tant que principale« , indique-t-elle au Bondy Blog avec une pointe de fierté. Le collège qu’elle dirige a une réputation de dureté. Il est classé « sensible« , ce qui lui donne le droit d’avoir deux professeurs principaux par classe. « C’est moi qui ai demandé à venir dans cet établissement, j’aime les choses difficiles« , poursuit la principale. L’année dernière, dix élèves sur les cinq cents des Pyramides ont été expulsés, soit qu’ils avaient malmené physiquement leurs professeurs, soit qu’ils les avaient traités « plus bas que terre« . « Nous leur avons trouvé une place ailleurs très rapidement« , ajoute la directrice, qui dit avoir parfois des « moments de désespoir » face aux résultats scolaires de ses élèves. « L’an dernier, à la rentrée, un tiers ne maîtrisait pas le français, qu’il s’agisse de l’expression orale ou écrite« , assure-t-elle.

Fadela Amara n’a pas entendu les explications de Colette Cassini. Mais elle se doute bien des difficultés rencontrées ici par les enseignants. La visite à Evry terminée, la secrétaire d’Etat remonte dans sa voiture de fonction, en direction de la ville voisine de Corbeil-Essone. Elle doit y retrouver sa ministre de tutelle Christine Boutin, qui a manqué l’étape évryenne en raison des obsèques de Raymond Barre. Au programme des deux femmes : d’autres rencontres, dont une avec le maire UMP Serge Dassault.

Antoine Menusier

 

Bernard Mercadal est la cheville ouvrière du 2ème club de football d’Evry, il en est la mémoire vivante, une sorte de Guy Roux local. Il s’est installé dans la ville en 1971 pour occuper le poste d’entraîneur, à l’époque où Evry était encore un village. Après avoir présenté à Fadela Amara et à Manuel Valls les activités, il s’est mis en retrait, loin de la foule, pour observer l’agitation autour de son stade en terre battue. Jusqu’au moment où nos regards se sont croisés… .

 

 

Interview de Bernard Mercadal. 3’30. merca.mp3


 

Nordine Nabili 

Antoine Menusier

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