A peine arrivé au centre social, Nordine  Benguerroud répond au téléphone. C’est la préfecture qui l’appelle pour qu’il lui communique les noms des habitants du quartier qui participeront à la rencontre organisée avec Fadela Amara. Avec Mohamed Dahmani, animateur comme lui à La Rouguière, il prépare soigneusement la venue de la secrétaire d’Etat à la politique de la ville. Tous deux connaissent parfaitement ces quartiers dans lesquels ils travaillent depuis près de 20 ans et où ils ont vu défiler plusieurs ministres de la ville. Pour eux, le principal problème des jeunes à Marseille, c’est l’emploi. Dans certains endroits, leur taux de chômage atteint 45 %. « Et encore, beaucoup de sans emploi ne sont même pas inscrits à l’ANPE. »

En effet, parmi les trois jeunes d’à peine 20 ans présents dans le centre social de La Rouguière qui prendront la parole aujourd’hui devant Fadela Amara, aucun ne travaille et pourtant, aucun n’est inscrit comme demandeur d’emploi. Ils étaient encore lycéens en juin dernier et ont espéré jusqu’au dernier moment continuer leurs études mais sans succès. Samir, l’un d’eux, qui a obtenu un bac ES, comptait entamer un BTS professions immobilières en alternance mais faute d’entreprise d’accueil, il a dû renoncer.

Nordine et Mohamed ont crée l’association CLEF (Collectif liberté, égalité, fraternité) pour leur venir en aide. Pour eux, il y a sur Marseille un véritable problème de discrimination, encore plus fort qu’à Paris. « L’emploi, c’est le nerf de la guerre, quand un jeune a deux ou trois sous dans la poche et qu’il est fatigué par une journée de travail, il a autre chose à faire qu’à traîner dehors. » A leur avis, la politique de la ville n’est pas efficace et les millions qui ont été injectés pour aider les quartiers se sont perdus dans les rouages administratifs. Ils veulent sortir de la logique clientéliste qui plus qu’ailleurs à Marseille, mine le milieu associatif. Ils entendent également lutter contre l’« éthnicisation des tâches » qui, selon eux, cantonnent les habitants des quartiers à l’animation, le sport ou la sécurité.

Autour de la table, on discute tranquillement. Morceaux choisis :

20minutes.bondyblog.fr/files//R09_0004_2.mp3

Mohamed Hamidi

Mohamed Hamidi

Articles liés

  • Au NPA : « on n’est pas idéalistes, on est révolutionnaires »

    Pour son premier meeting de campagne présidentielle, Philippe Poutou, le candidat du Nouveau Parti Anticapitaliste, avait donné rendez-vous à ses soutiens dans le 20ème arrondissement de Paris, jeudi 21 octobre 2021. Enflammés par des slogans de manifestation, les jeunes militants du parti prônent l'utilité des "petites luttes" du quotidien, plutôt que le vote utile, déjà dans toutes les têtes.

    Par Meline Escrihuela
    Le 22/10/2021
  • A la recherche des 500 signatures pour Anasse Kazib

    La course à la présidentielle passe nécessairement par l'étape des 500 signatures de parrainage d'élus pour pouvoir concourir au premier tour. Si pour certains candidats, ce n'est pas une question, pour d'autres comme Anasse Kazib, c'est déjà un premier combat à mener. Anissa Rami a suivi ses militants sur le terrain pour comprendre cette autre lutte d'influence. Reportage.

    Par Anissa Rami
    Le 06/10/2021
  • Zemmour : qu’importe le racisme pourvu qu’on ait l’audience

    Une nouvelle étape a été franchie dans la légitimation des propos racistes d'Eric Zemmour. Elle est venue d'un candidat de gauche, et d'une chaine d'information en continu, lors du face à face entre Zemmour et Melenchon sur BFM, jeudi 23 septembre dernier. Personne n'attendait de débat sur des propositions de fond concernant la précarité, la santé, ou encore la justice. Il n'a pas eu lieu. À la place, l'insulte, l'humiliation et la xénophobie devenus programme validé dans la course à la présidentielle. Édito.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 24/09/2021