En bon « républicain », le prince de Villepin a d’abord rendu visite au maire-châtelain Gilbert Roger. C’est à la mairie de Bondy que l’ancien premier ministre a commencé hier sa conquête présidentielle. Vaste campagne. A la sortie de son entretien « privé » avec le premier élu de la ville, il donne le ton : « Je ne suis pas ici pour gagner un électorat en vue des présidentielles. Je viens chercher le sentiment de ceux qui souffrent. En tant que républicain, c’est mon devoir d’écouter les Français. »

Le voilà à Bondy Nord, le « Mordor », comme la surnomme mon collègue Idir. Le maire lui présente le plan de rénovation urbaine. Des barres d’immeubles anciennes, tristes, dans lesquelles il ne reste que 6 familles. Gilbert Roger assure et rassure : un plan de relogement est évidemment prévu. Mieux, dit-il : le dispositif permet à ceux qui le souhaitent de revenir vivre ici une fois que les travaux auront été achevés.

Son visiteur l’interroge sur un thème qui lui tient à cœur : « Au rez-de-chaussée de ces immeubles, y aura-t-il des emplacements réservés aux commerces et aux entreprises ? » Le maire répond que « non ». Il mûrement réfléchi et estime que d’autres endroits sont plus appropriés.

Georges Tron, député-maire villepiniste de Draveil (91), précise un point politique : « La visite qu’effectue aujourd’hui l’ancien premier ministre est un message aux Français, et non au président de la république. Il est venu chercher des solutions ensemble, et écouter les difficultés de chacun. »

A l’arrêt d’un bus, Fathia, qui observe le grand manège. Habitante d’Aulnay, elle trouve dommage que « les politiciens ne se déplacent que rarement dans les banlieues, sauf à l’approche d’élections ». Pour autant, Dominique de Villepin aurait une particularité : « Il a l’aura d’un président, et un charisme impressionnant. » Cette femme de 46 ans et son amie déplorent que la visite de l’ancien premier ministre ait lieu dans la cité un peu vitrine du « 14 juillet », une des rares à disposer d’un espace vert, d’ailleurs rénové il y a peu.

La tournée continue. C’est l’association Le Lien qui accueille très chaleureusement Dominique de Villepin. Youyous, gâteaux, thé maghrébin, régal des yeux et plaisirs en bouche. Des femmes embrassent fraternellement l’illustre invité, comme elles l’ont fait à Fadela Amara lors de sa visite. Elles sont même prêtes à recevoir le président Nicolas Sarkozy, « s’il ose, ce sera une grande fierté de l’inviter ».

La salle est petite mais pleine à craquer, et chacun se presse pour une poignée de main ou une photo. Dominique de Villepin est accueilli comme une star qui reviendrait dans son quartier natal. Le public est dehors, et très varié. Des enfants de 10 ans à peine rient de voir un homme politique chez eux, dans le 9-3. « Moi ché pas, jcrois que c’est le président ou un ministre. – Mais nan, t’es fou, c’est pas le président, si c’était Sarko, on serait rentrés chez nous. » Quelques gâteaux sous la main, ils repartent excités par cette nouvelle : Villepin est là. Des habitants descendent nous rejoindre. La plupart saluent la venue de l’ancien premier ministre, même s’ils considèrent que pour lui, c’est « intéressé ».

L’hôte des Bondynois dit sa joie d’être à Bondy et délivre un message : « Il est indispensable d’oublier sa fierté et de stopper fermement les stigmatisations qui ne reflètent pas la réalité d’aujourd’hui. Il faut être davantage à l’écoute et sur le terrain pour faire mieux. C’est la responsabilité primaire des élus d’être en contact direct avec la population. »

Le cortège repart pour le palais des sports. Un point presse rapide. Le jugement dans l’affaire Clearstream, dans une semaine ? : « J’ai été victime d’un acharnement, assène Villepin. Les connotations politiques liées à ce procès sont évidentes, et Nicolas Sarkozy a abusé de son pouvoir. Pour autant, mon engagement politique pour la république n’en est que fortifié. Je suis donc, comme je l’ai toujours été, serein et confiant. J’aborde cette issue sans aucune arrière-pensée. »

Un tour au café du Chêne, maintenant, où une trentaine de Bondynois appartenant à des associations sont venus interroger Dominique de Villepin. Sihame et Anyss Arbib, la sœur et le frère ont créé un Club Villepin à Bondy. Ils prononcent quelques mots d’introduction. Leur père n’est pas loin… Sihame occupe un poste à responsabilité aux Nations unies, à Paris. Elle est en contact fréquent avec le Maghreb et le Moyen-Orient. Son frère, Anyss, élève à Sciences-Po, est ce jeune homme qui a porté plainte contre des membres des forces de l’ordre pour agression, le soir du match Egypte-Algérie, en novembre, à Paris.

Le Club Villepin existe, et il a du succès, assure sa présidente, Brigitte Girardin, qui fut ministre de l’Outre-Mer dans le gouvernement Raffarin, et de la Coopération dans celui de Villepin. Elle se targue des 7 à 8 000 adhérents enregistrés en quatre mois d’existence à peine du club.

La visite aux habitants et associations s’achève. Place aux questions du Bondy Blog, dans la brasserie Le Murat. Le charme carnassier de Dominique de Villepin a visiblement opéré sur les Bondynois et surtout les Bondynoises. L’homme a du succès, il le sait.

Sarah Battikh

« Ça change rien, s’il vient, c’est de la pub pour lui »


Dominique de Villepin à Bondy
envoyé par Bondy_Blog. – Regardez les dernières vidéos d’actu.

Vidéo : Aladine Zaiane

La chronique 19th DISTRICT paraîtra demain jeudi.

Sarah Battikh

Articles liés

  • Au NPA : « on n’est pas idéalistes, on est révolutionnaires »

    Pour son premier meeting de campagne présidentielle, Philippe Poutou, le candidat du Nouveau Parti Anticapitaliste, avait donné rendez-vous à ses soutiens dans le 20ème arrondissement de Paris, jeudi 21 octobre 2021. Enflammés par des slogans de manifestation, les jeunes militants du parti prônent l'utilité des "petites luttes" du quotidien, plutôt que le vote utile, déjà dans toutes les têtes.

    Par Meline Escrihuela
    Le 22/10/2021
  • A la recherche des 500 signatures pour Anasse Kazib

    La course à la présidentielle passe nécessairement par l'étape des 500 signatures de parrainage d'élus pour pouvoir concourir au premier tour. Si pour certains candidats, ce n'est pas une question, pour d'autres comme Anasse Kazib, c'est déjà un premier combat à mener. Anissa Rami a suivi ses militants sur le terrain pour comprendre cette autre lutte d'influence. Reportage.

    Par Anissa Rami
    Le 06/10/2021
  • Zemmour : qu’importe le racisme pourvu qu’on ait l’audience

    Une nouvelle étape a été franchie dans la légitimation des propos racistes d'Eric Zemmour. Elle est venue d'un candidat de gauche, et d'une chaine d'information en continu, lors du face à face entre Zemmour et Melenchon sur BFM, jeudi 23 septembre dernier. Personne n'attendait de débat sur des propositions de fond concernant la précarité, la santé, ou encore la justice. Il n'a pas eu lieu. À la place, l'insulte, l'humiliation et la xénophobie devenus programme validé dans la course à la présidentielle. Édito.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 24/09/2021