[TRIBUNE] Après les morts de Chaolin Zhang et Shaoyao Liu ces dernières semaines, la communauté chinoise d’Île-de-France se mobilise pour réclamer justice et sécurité. Olivier Wang, maire-adjoint du XIXe arrondissement de Paris où vit la famille de Shaoyao Liu fait partie de ce mouvement. Pour le Bondy Blog, il rappelle, à la veille de l’élection présidentielle, la volonté de la communauté d’être vue comme partie intégrante de la communauté nationale.

Ce dimanche 9 avril 2017, plusieurs centaines de personnes, à l’appel d’associations, se sont rendues au cimetière de Nolette à Noyelles-Sur-Mer, dans la Somme, où reposent plus de 849 travailleurs chinois. Dès 1916, ils sont venus à la demande des Anglais et des Français pour soutenir l’effort de guerre lors de la première guerre mondiale, exploités dans des tâches souvent difficiles derrière la ligne de front. Une initiative qui participe de la volonté de mémoire de la communauté chinoise de France.

Commémorer, se souvenir ensemble des liens passés qui nous unissent, est fondamental. Preuve aussi de la volonté de la communauté chinoise de France de se construire une identité française dans la communauté nationale.

Depuis plusieurs mois, cette communauté se fait entendre et voir dans l’espace public. Deux drames en sont les catalyseurs : la mort de Chaolin Zhang et celle de Shaoyao Liu. Elles ont toutes les deux provoqué l’irruption de la communauté chinoise de France sur la scène médiatique pour exprimer tristesse, crier colère et exiger justice.

C’est une révolution. Le mouvement est spontané, volontaire et solidaire.

Voir débouler des centaines, des milliers de Français d’origine asiatique, d’Asiatiques, place de la République n’est pas facile à appréhender. C’est même déstabilisant lorsqu’à la fin de ces rassemblements, quelques heurts ont lieu. Le désordre, à la veille d’élections importantes, n’annonce rien de bon.

Pour discréditer le mouvement, certains tentent de semer le doute en rendant publique une note confidentielle de la DGSI pour qui nous sommes contrôlés par la mafia et noyautés par les espions à la solde de Pékin. Ils convoquent ainsi deux fantasmes ancrés dans l’imaginaire collectif : d’abord les réseaux mafieux organisés en toile d’araignée qui dictent les faits et gestes des membres de la communauté, qui gèrent les commerces et font tourner les machines à blanchiment d’argent ; ensuite, l’image négative du régime de Pékin qui piétine en effet les droits de l’homme et musèle la presse.

Ces deux images s’enracinent toutes les deux dans deux clichés collés à la communauté chinoise. Ce faisant, les médias qui diffusent ce type d’informations, ne font qu’exacerber un sentiment de colère et d’incompréhension de la communauté chinoise, d’autant plus solidaire entre elle : lorsqu’on est attaqué, on se serre davantage les coudes.

Car oui le mouvement de ces derniers temps n’est ni manipulé par la mafia, ni contrôlé depuis Pékin.

D’autres tentent de calmer le jeu. Ainsi, à plusieurs reprises, les hautes autorités de l’Etat et le préfet de Police de Paris ont cru bon d’indiquer que la sécurité des chinois était une « priorité » pour eux. Au delà du fait que nous n’arrivons pas à saisir les contours de cette priorité édictée au bénéfice des chinois, ce n’est clairement pas la réponse attendue.

Non, nous ne voulons pas d’une priorité.

Le mouvement entamé depuis quelques mois n’est pas là pour réclamer plus de droits que d’autres, pour passer avant les autres. Il ne veut ni plus ni moins que les mêmes droits que les autres, que les autres Français :  droit à la sécurité, droit à l’égalité de traitement notamment.

Si Shaoyao Liu était de nationalité chinoise, il vivait en France, travaillait en France, payait ses impôts en France. Ses enfants, eux, sont nés en France et ils sont français à part entière. Nous ne partageons certes pas les mêmes origines que la communauté nationale, nos ancêtres n’étaient pas gaulois, mais il est évident que nous partageons un présent commun. Que l’on soit français ou non d’ailleurs, nous vivons tous ensemble, nous travaillons tous ensemble, nous vibrons tous ensemble, nous pleurons tous ensemble.

Plus encore, nous aspirons à un futur commun, un futur qui s’écriera demain par le vote à l’élection présidentielle. Car faut-il rappeler que nous, Chinois de France, votons aussi ?

Olivier WANG

Maire-adjoint du XIXe arrondissement de Paris

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