Ce mardi, le Conseil économique et social recevait Fadela Amara, la secrétaire d’Etat à la ville. Le CES, troisième assemblée de l’Etat après le Palais bourbon et le Sénat, rendait un rapport sur le plan banlieues à celle qui l’incarne depuis bientôt un an. Fodé Sylla, ancien président de SOS-Racisme, ancien ami de Fadela, devait lui présenter, en tant que rapporteur, la note du CES intitulée « L’emploi des jeunes des quartiers populaires ». Fodé, discourant sur le plan banlieues devant Fadela : qu’est-ce que cela allait bien pouvoir donner ? Un tête-à-tête amical ou une partie de coups de boule ?

J’arrive sur le lieu de la rencontre. Le CES est situé 9, place d’Iena, dans le 16e. Catherine Léger qui s’occupe des relations publiques m’emmène voir Fodé Sylla. Tout en passant les contrôles, elle m’explique l’intérêt du CES : « Cette assemblée a un pouvoir consultatif mais elle joue un rôle très important car elle permet à des gens de tous les bords de se rencontrer sans pression partisane. Les débats peuvent être très vifs mais ils sont plus ouverts. » Nous montons les escaliers, puis nous empruntons un autre escalier, presque caché. Arrivé en haut, je me trouve dans une pièce de taille moyenne, un peu sombre. Au fond, un homme, assis derrière son bureau, il est au téléphone. Je m’assois dans un fauteuil.

Il se lève. C’est un géant, un mélange de Mike Tyson et de l’incroyable Hulk Hogan, champion américain de catch. Il s’assied devant moi avec un large sourire : « Je n’ai que cinq minutes à vous accorder car je dois me préparer à passer devant l’assemblée. » Catherine lui sourit : « Ca va ? », lui demande-t-elle comme un manager le ferait avec son poulain avant un match de boxe. « Oui, ca va, je me suis reposé, je suis en pleine forme répond-il. Mais je ne vais avoir que dix minutes pour le discours. »

Je redescends dans la salle d’attente. J’y rencontre quelques personnes venues assistées à l’assemblée du CES. Maria-Julia Delavega est l’une d’entre elles. Elle est avocate en droit du travail, elle vient « parce que ce qui ressort du rapport de Fadela, je ne trouve pas ça très intéressant. Mais je viens au CES pour voir quelles autres propositions ils font. J’espère que ce sera plus intéressant ». Un homme en livrée annonce que Madame Fadela Amara arrive. Elle passe l’entrée entourée comme une boxeuse qui se rendrait sur le ring. Elle sourit, salue du regard et serre des mains tout en avançant.

Je monte dans les gradins réservés aux visiteurs. La secrétaire d’Etat s’assoit en face de la place réservée à l’orateur. Fodé est déjà assis dans son coin, en costume jaune et cravate, il semble pressé d’en finir. Lorsque « l’arbitre central » l’appelle enfin, il se lève rapidement et commence son discours de présentation du travail de la commission travail au CES dont il est le rapporteur. Il parle rapidement des objectifs du rapport dont une note résume l’essentiel.

Ce travail s’inscrit dans la cadre du plan banlieues lancé par Fadela Amara. Se fondant sur la devise « liberté, égalité, fraternité », il aboutit à deux affirmations importantes. « L’avancée de la politique de diversité doit pouvoir être évaluée et mesurée, sous réserve d’un cadrage précis. Le Conseil partage la demande croissante d’outils de mesures de la diversité. » C’est une vraie nouveauté que propose cette chambre car elle répond à une demande croissante de statistiques ethniques qui a toujours été refusée par toutes les instances de l’Etat.

De plus, pour faciliter l’insertion des jeunes provenant des quartiers sensibles, « le CES propose d’imaginer un système de ZFU (Zone franche urbaine) inversé qui serait attaché, pour les exonérations sociales, non pas au lieu d’implantation de l’entreprise, mais au lieu de résidence des salariés recrutés ». Le rapport préconise un dispositif d’exonérations pour les entreprises qui embaucheraient des jeunes habitants des quartiers défavorisés, qu’elles soient installées en banlieue ou dans le centre de Paris, par exemple.

Après ce discours applaudi, c’est au tour de Fadela Amara de parler. Elle présente de nouveau la logique du plan banlieues, sans un mot pour le rapport du CES. Elle décoche une droite contre le rapporteur Sylla : « Il n’y a pas de plan B, ou de plan C », prévient-elle, puis elle ajoute : « Je suis opposée à votre proposition de ZFU inversée. » Je quitte l’assemblée et rencontre quelques représentants de différents groupes qui donnent globalement l’impression d’être d’accord avec les propositions du rapporteur. « Je pense que tout le monde va être d’accord, il y aura peut-être, une ou deux abstention mais c’est tout », dit ainsi Jo Masanet du syndicat UNSA Police, réputé proche du Parti socialiste. Avant de partir, je demande à Fadela Amara si elle n’a pas le sentiment que son plan banlieues a été critiqué par le CES. « Le CES ne fait pas de critique, il fait des propositions », réplique-t-elle d’un mouvement de main.


Fodé sylla
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Axel Ardes

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