François Bayrou et Nicolas Sarkozy n’ont pas les mêmes valeurs. Dans un entretien au Figaro Magazine  sur ses « valeurs pour la France », le président de la République a proposé d’organiser un référendum sur le droit des chômeurs et des étrangers.  Une proposition que le candidat centriste à l’élection présidentielle  a critiquée avec virulence. « Ce que Nicolas Sarkozy propose comme valeur, c’est la négation même des valeurs qui ont fait la France. »

Pour François Bayrou, « les chômeurs » et « les étrangers » ne sont pas « les responsables de la maladie du pays », contrairement aux « gouvernants ». Faisant allusion aux récents propos de Claude Guéant, il a enfoncé le clou, « depuis deux milles ans, nous sommes la société, la civilisation qui refuse de faire de l’étranger et du chômeur les coupables de nos maux. Nous sommes la civilisation qui refuse de faire du faible le responsable des mauvais choix des forts ! »

Le dirigeant centriste souhaite construire un projet de société radicalement différent de celui de Nicolas Sarkozy. « Notre projet de société, que je crois en phase avec le projet de société historique et républicain de la France, porte un nom simple : il s’appelle humanisme », a-t-il martelé. S’érigeant en véritable contre-modèle de Nicolas Sarkozy, François Bayrou a accusé l’actuel chef de l’Etat de porter atteinte à la fonction présidentielle : « Aucun des présidents de la Ve République, du général de Gaulle à Jacques Chirac en passant par François Mitterrand, n’auraient pu offrir une telle perspective à l’ouverture d’une campagne électorale. »

Vers une explosion de l’UMP ?

Distancé dans les sondages par François Hollande, Nicolas Sarkozy  a choisi  de droitiser son discours, sans doute pour récupérer une partie de l’électorat du FN. Mais cette stratégie offre un boulevard à François Bayrou au centre. Le président du Modem n’a pas manqué de s’y engouffrer. Citant le général de Gaulle, il a appelé les Français à se rassembler derrière lui. « Le moment est venu de dire c’est assez, ça suffit, stop ! Nous n’irons pas dans cette direction. Je dis à tous ceux, au centre, dans la majorité  et dans l’opposition,  à tous les Français qui ont une certaine idée de la France, qu’il y a des choses qu’on n’a pas le droit de laisser faire et dire.  Il est un moment ou la politique s’arrête et où commence la défense de l’essentiel, du monde que l’on veut transmettre aux enfants. »

Un appel plus particulièrement destiné à la droite modérée, déçue par Sarkozy, et qui dans la tourmente, pourrait se trouver un nouveau champion. En 1974, Valéry Giscard d’Estaing avait bénéficié du ralliement chiraquien pour triompher. Alors que Nicolas Sarkozy est systématiquement donné battu par François Hollande dans les sondages, se dirige-t-on vers un appel de certains  élus UMP pour Bayrou ?  C’est ce qu’espère le député européen Modem Robert Rochefort : « L’interview de Nicolas Sarkozy au Figaro, c’est son problème.  Nous ne faisons pas de racolage, mais j’incite certaines personnes à s’interroger. J’espère que dans les semaines qui viennent, leur analyse les conduira à rejoindre François Bayrou. »

Alexandre Devecchio

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