Si vous êtes élu président, qu’est ce qui changera concrètement pour les banlieues ?  Avant de répondre, n’oubliez pas que des promesses on en a entendu beaucoup…

Je ne fais pas des promesses pour les uns et pour les autres. J’essaye de parler à tous les Français. Si nous voulons réussir tous ensemble, il faudra lutter contre les inégalités et être juste. Je commencerai par l’école, notamment dans les quartiers où c’est le plus difficile,  pour qu’il y ait des moyens supplémentaires. De façon à ce que tous les jeunes qui sont dans un milieu familial pas facile, ou qui ont un apprentissage de la langue plus compliqué, aient de meilleures conditions pour réussir leur vie.

Ensuite, il y a la question de l’emploi. Il faut que chacun puisse rentrer dans un parcours d’insertion ou d’emploi. Deux propositions : aucun jeune de 16 à 18 ans, déscolarisé, ne restera sans solution. Il aura accès soit à une formation soit au service civil. Les deux situations seront rémunérées. J’ai également proposé le contrat de génération pour que les jeunes puissent rentrer dans l’emploi avec un CDI, les seniors leur transmettant leur expérience.

Enfin, il y a tout ce qui touche à la vie quotidienne dans un certain nombre de quartiers. On a besoin de sécurité, de la présence de la police mais en même temps, il ne doit pas avoir des contrôles d’identité qui se font toujours en direction des mêmes personnes. Des règles très précises seront instaurées pour éviter qu’il y ait des contrôles au faciès.

Ces promesses de reformes ne sont pas nouvelles pour les banlieues. Les problèmes que connaissent les quartiers populaires ne sont-ils pas tellement importants que seule une sorte de plan Marshall pourrait les résoudre ?

Plan Marshall, j’entends cette expression depuis 25 ans. Des ministres sont tous passés en disant qu’ils allaient faire un plan Marshall.

Vous, vous ne le dites pas ?

Non. D’abord parce que Marshall c’était un général américain, je ne vois pas pourquoi on le mettrait dans nos banlieues. Je ne suis pas pour un plan de reconstruction. La banlieue ne va pas être reconstruite, elle existe. Il y a du travail qui a été fait, sur le bâtit notamment. Ce que je veux, c’est que ceux qui vivent là, ceux qui donnent le meilleur d’eux même puissent réussir. C’est dans les quartiers qu’on a le plus de création d’entreprises, c’est dans les quartiers qu’on a le plus de jeunes qui sont dans des initiatives intéressantes, pas toutes associatives, soit dit en passant. Il y a une vitalité en banlieue, et je veux répondre à cette vitalité.

Etes-vous prêt à engager des gros moyens budgétaires pour la banlieue ?

Des moyens budgétaires, il n’y en aura pas beaucoup, je préfère le dire. Il va falloir être sélectif. L’école, l’emploi, l’insertion, la qualification, seront les priorités budgétaires, ainsi que la lutte contre les inégalités. Cela supposera de prendre aux uns pour donner aux autres. On va prendre à ceux qui ont vraiment les moyens. Nous allons faire en sorte que l’argent public soit mieux réparti. Sans pour autant faire des guichets et donner des allocations automatiquement à tout le monde. Ce qu’il faut, c’est permettre à chacun de réussir sa vie.

Imaginons un scénario idéal pour vous. François Hollande est élu président en 2012 et l’Assemblée nationale est majoritairement socialiste. Qu’allez-vous faire pour que l’hémicycle représente mieux la France d’aujourd’hui ?

Le parti socialiste a désigné ses candidats. Il y a 15 circonscriptions où si je suis élu Président de la république, nous pouvons penser qu’il y aura un député ou une député socialiste issu de la diversité, dans ces circonscriptions. Mais 15, c’est encore trop peu.

Faut-il que la direction nationale impose ses candidats ?

J’aurai préféré qu’il y ait des votes mais je ne suis plus premier secrétaire, c’est facile de parler. Cela a été décidé au siège du parti. Maintenant je ne veux pas baragouiner, il faut qu’on réussisse. Tant qu’il n’y aura pas cette visibilité, un certain nombre de territoires continueront à dire qu’ils ne sont pas représentés.

Nicolas Sarkozy a innové en nommant des ministres issues de la diversité. Vous pensez que c’est la chose à faire ?

Non, quand on voit ce que sont devenues les personnes du gouvernement dites de la diversité. Regardez le sort qui a été fait à Rama Yade, à Rachida Dati ou à Fadela Amara. Je ne juge personne, mais je préfère aux gestes et aux coups de communication des  nominations qui soient vraiment la reconnaissance d’un certain nombre de qualités et de compétences.

Au delà de la diversité, n’y a-t-il pas des reformes structurelles à mettre en place pour élargir socialement le corps politique ?

La démocratisation des grandes écoles a reculé depuis 25 ans. Il y a moins d’enfants d’ouvriers ou d’employés qui se retrouvent à L’ENA. Les grandes écoles coûtent plus chers, et arriver dans ces cursus suppose une information que beaucoup de familles n’ont pas. J’aurais à cœur d’élargir le recrutement de ces grandes écoles. De manière à faire en sorte que les meilleurs élèves, de tous les établissements et pas seulement du centre-ville, soient accueillis en classe préparatoire. Pour ma part, dans mon entourage, je veille à ce qu’il y ait des personnes qui ont des parcours différents. Il faudrait diversifier les entrées en politique, ouvrir ce monde à la vie associative, au syndicalisme ou aux fonctions locales.

Votre point de vue sur le cumul des mandats ?

Si je suis élu président, au lendemain de notre victoire, nous ferons voter une loi pour qu’il n’y ait plus du tout de cumul des mandats entre une fonction d’exécutif local, maire ou conseiller régional par exemple, et un mandat parlementaire.

La majorité des élus de Seine-Saint-Denis ont soutenu Martine Aubry aux primaires socialistes. Êtes-vous aujourd’hui dans une logique de reconquête ?

Non pas du tout. Tout cela est derrière moi.

Propos recueillis par Remi Hattinguais et Idir Hocini

VIDÉO

François hollande appelle les jeunes à s’inscrire sur les listes électorales et parle de son orientation scolaire :

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