Les habitants des quartiers attendent avec impatience le lancement du plan banlieues. Leurs élus aussi. Différents par leurs parcours comme par leur sensibilité, ces derniers se sentent en marge de la classe politique. Certains sont inconnus dans leur propre parti. Ils n’ont pas le sentiment d’être pris en considération par les élites malgré le travail qu’ils effectuent au quotidien dans des territoires difficiles.

Depuis trop longtemps, les pouvoirs publics parient sur des dispositifs palliatifs pour maintenir les quartiers la tête hors de l’eau. La politique de la ville n’a jamais traité les problèmes de fond comme par exemple le chômage quasi structurel dans certaines zones ou bien le développement économique. Villiers-le-Bel se trouve à quelques kilomètres du pôle d’acitivités de l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle, et paradoxalement, les jeunes de cette ville ont un mal fou à y décrocher des contrats !

Pour aller plus loin, on pourrait presque dire que ces élus représentent la France urbaine face à la France rurale. Ce positionnement rend leur mission difficile dans un pays où il est plus facile de parler de « la rupture » à la télévision que de la mettre en œuvre dans les institutions. Nous avons rencontré François Pupponi, un des représentants de cette nouvelle génération :

Que pensez-vous des relations entre le président Sarkozy et les banlieues ?

Je pense que le président Sarkozy a un problème avec les banlieues. Il s’est exprimé depuis quatre ans sur ces territoires en parlant de racaille, de kärcher et de voyoucratie. Nous sommes dans un pays où le président a du mal à saisir la complexité de ces quartiers. Ce qui pose un problème relationnel et psychologique. Il faut qu’il dépasse ce problème là pour parler à nos habitants pour qu’ils aient le sentiment d’être des citoyens à part entière.

C’est cela qui explique la fébrilité du lancement du plan banlieues ?

J’en suis convaincu, je vois peu d’autres sujets politiques où le président tergiverse autant. Il s’interroge, ne sait pas comment prendre ce dossier, et tarde à communiquer. Ce qui est vraiment dommageable. Je rappelle que la situation est extrêmement grave, que les émeutes que nous avons vécu il y a deux ans à Clichy-sous-Bois et celles de Villiers-le-Bel n’ont fait qu’aggraver la situation et ont démontré la dérive de celle-ci. Il est temps que le président parle, propose des choses et mettre en œuvre un plan efficace pour régler durablement ce que je considère être « un cancer » de la république. Si on ne règle pas le problème, c’est l’ensemble de la république qui en subira les conséquences.

Vous parlez de blocage psychologique. Est-ce que cela veut dire que l’opinion publique n’accepterait pas que l’on investisse de l’argent dans ces quartiers parce qu’ils sont majoritairement habités par des « arabes » et des « noirs » ?

Je commence à le penser. J’ai longtemps cru que si notre pays n’était pas capable de régler le problème, c’est parce que nos responsables politiques et nos institutions n’étaient pas au courant. Ils le sont maintenant, nous sommes un certain nombre à les avoir alertés. Les émeutes ont démontré la gravité de la situation. Et effectivement, j’en arrive parfois à le penser, mais je n’ose y croire, que notre pays se complaît avec ce ghetto, que quelque part cela arrange beaucoup de personnes. Les populations les plus fragilisées sont souvent issues de l’immigration, donc les noirs, les plus colorés. Elles sont ghettoïsées dans ces quartiers pour éviter de partager les problèmes. Je ne peux pas croire que nous sommes dans un pays qui s’appelle la France, qui est une république où la déclaration des droits de l’homme dit que les gens naissent libres et égaux en droits, qu’il n’y a pas de différences en vertu de la race, de l’origine, de la culture, de la religion, et que ce pays organise et fait fonctionner le ghetto. Je ne veux pas le croire, j’espère que dans les jours qui viennent, le gouvernement et le président de la république mettront en œuvre un grand projet qui permettra de régler durablement cette ghettoïsation, qui ait un vrai « cancer » pour la république.

Les politiques à la tête des villes de banlieues sont-ils des élus locaux en souffrance ?

C’est évident. D’abord, nous sommes extrêmement minoritaires en France. On a un système politique de représentation nationale, à l’Assemblée nationale et surtout au Sénat, les secteurs ruraux sont surreprésentés et les élus urbains sont sous représentés. Ce qui fait que dans notre modèle politique, les banlieues sont peu ou pas présentes à l’Assemblée nationale. C’est un vrai problème parce que nous ne sommes pas entendus. Les égoïsmes locaux, l’incapacité des uns à entendre ce que nous disons fait que nous n’avons pas le sentiment de compter et d’être soutenus. Effectivement, nous sommes en souffrance, je ne peux pas me résoudre a être une sorte de mendiant de la république, qui chaque année est obligé d’aller réclamer des moyens au préfet, au conseil général ou régional, pour donner un minimum de service public à ma population. J’espère qu’il y aura un moment ce sursaut national, en tout les cas, j’y crois c’est pour cela que j’attends avec impatience ce plan.

La gauche a inventé la politique de la ville au début des années 80, elle l’a abandonnée au milieu des années 90. Faut-il faire une introspection sur cette question au PS ?

La gauche n’a pas mis en œuvre des politiques de droit commun. Parce que la politique de la ville devait venir en supplément de ces politiques. Nous n’avons pas fait la grande réforme des finances locales et des impôts locaux pour mettre plus d’égalité de ressources, et deuxièmement mettre plus d’enseignants, de policiers dans ces quartiers. C’est là où est l’erreur historique de la gauche. Il fallait investir sur le droit commun, la réforme des finances locales et sur les inégalités de ressources. Celui qui a commencé à la faire, c’est Jean-Louis Borloo, avec la réforme de la dotation de solidarité urbaine, mais ce n’est pas à la hauteur de ce que nous attendons. Mais c’est vrai, la gauche a failli sur ces grandes réformes qui sont des sources d’inégalités, nous n’avons pas été capables d’implanter les services publiques dans les quartiers. C’est un constat, il faut analyser ces échecs et être capable, à l’avenir, de proposer à la population les réformes indispensables pour ces quartiers.

Pour écouter l’intégralité de l’interview. 7’20. pupponi_2.mp3
 

Propos recueillis par Nordine Nabili

… à suivre, récits et reportages depuis le quartier du Mas du Taureau à Vaulx-en-Velin…

 

 

 

Nordine Nabili

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