Anne Hidalgo vient de retirer de sa liste de conseillers de Paris Hamou Bouakkaz, adjoint au maire de Bertrand Delanoë depuis 6 ans, au profit d’un candidat EELV. M. Bouakkaz est un homme politique aveugle, d’origine algérienne. Représentant notable de la diversité, il a souhaité s’exprimer sur cette décision.

Bondy Blog : Comment réagissez-vous à la décision de Mme Hidalgo ?

Hamou Bouakkaz : On accuse le coup, sans l’accuser. On connaît la façon dont la politique se fait dans ce pays, l’incapacité des élites à comprendre leur intérêt.

Les événements passés ont-ils pu vous laisser présager ce choix ?

Ça n’est pas ce que j’avais cru comprendre des positionnements antérieurs. J’étais douzième sur quatorze sur la liste, en position de candidat d’ouverture. Or, en principe, les candidats d’ouverture voient leur place sanctuarisée. Ça n’a pas été le cas, je le déplore. On m’a décalé, tandis que les places des partenaires d’autres partis sont relativement préservées. De sorte que j’ai été écarté au bénéfice d’apparatchiks pour permettre à des gens de cumuler. Bien que je sois adjoint au maire de Paris, que je sois unanimement considéré comme méritant et travailleur, en situation de handicap et franco-maghrébin.

Anne Hidalgo vient-elle de commettre une erreur stratégique ?

On verra ça dimanche soir, j’espère que non. Mais pour Paris, pour la diversité et pour la suite, ça ne me paraît pas être une bonne nouvelle.

Mme Hidalgo a-t-elle pris le parti de réduire la diversité au sein de sa liste ?

Je ne le pense pas. Le mieux serait encore de lui poser la question. Anne étant elle-même issue de l’immigration espagnole, elle est sensible à la question. En revanche, a-t-elle les mains libres dans la constitution de ses listes, c’est une vraie question.

L’attitude de Mme Hidalgo envers Yamina Benguigui résulte-t-elle d’une même stratégie ?

Non, il n’y a pas de lien. Mais, comme par hasard, Mme Benguigui, Mme Akkari dans le 18° arrondissement et moi-même disparaissons des listes. C’est dommage pour la diversité de Paris.

A qui profite votre retrait ?

Je ne sais pas à qui. C’est un élu vert. On avait mis devant moi David Assouline, qui est déjà sénateur. Mais le problème ne vient pas de personnes particulières. Ce choix est une façon de ne pas considérer et de ne pas mettre au programme une certaine partie des Parisiens, ce qui est dommageable. On choisit des gens qui font partie des sous-sectes du parti socialiste. Il vaut mieux privilégier des sous-sectes du PS que la pluralité de la société civile.

Seul le charisme et la force de conviction de Bertrand Delanoë ont permis de réelles avancées sur ce sujet. Mais à partir du moment où cet homme véritablement visionnaire quitte la scène, les vieux réflexes reviennent, malheureusement. Il faut constater que, pour des raisons sur lesquelles il faudra interroger les intéressés, il y aura probablement moins de diversité dans ce conseil de Paris que dans le précédent.

Continuerez-vous à soutenir Mme Hidalgo ?

Bien évidemment. Après treize ans de travail, je ne vais pas m’opposer à la prolongation de l’œuvre, même imparfaite, initiée par Bertrand Delanoë.

Quelles perspectives s’offrent à vous désormais ?

Je vais chercher du travail, je vais être conseiller d’arrondissement, tout simplement. Je n’ai pas de perspectives particulières. Ma perspective aujourd’hui, c’est de gagner. Nous allons nous battre jusqu’au dernier jour pour qu’elle soit élue, mais ce type de comportement ne nous facilite pas la tâche. Il constitue une entrave.

Je ne fais pas de politique pour être reconnu. Je fais de la politique parce que j’incarne des valeurs et que je représente une partie de la diversité. Parce que c’est grâce à des élus comme moi que la pluralité de la société parisienne s’incarne dans notre équipe. Malheureusement, cet apport n’est pas reconnu à une valeur suffisante pour rester au Conseil de Paris.

Ça n’est pas une épreuve pour moi. J’ai un toit sur la tête, j’ai mes enfants, je ne suis pas à la rue. C’est un contrecoup, un contre-temps, une défaite politique. Mais il faut donner aux choses leurs justes proportions. Je pense que c’est plus une épreuve pour Paris et un mauvais signal envoyé par Anne Hidalgo qu’une épreuve pour moi. Ça éclaire l’avenir d’un jour un peu sombre.

Louis Gohin

Articles liés

  • A la recherche des 500 signatures pour Anasse Kazib

    La course à la présidentielle passe nécessairement par l'étape des 500 signatures de parrainage d'élus pour pouvoir concourir au premier tour. Si pour certains candidats, ce n'est pas une question, pour d'autres comme Anasse Kazib, c'est déjà un premier combat à mener. Anissa Rami a suivi ses militants sur le terrain pour comprendre cette autre lutte d'influence. Reportage.

    Par Anissa Rami
    Le 06/10/2021
  • Zemmour : qu’importe le racisme pourvu qu’on ait l’audience

    Une nouvelle étape a été franchie dans la légitimation des propos racistes d'Eric Zemmour. Elle est venue d'un candidat de gauche, et d'une chaine d'information en continu, lors du face à face entre Zemmour et Melenchon sur BFM, jeudi 23 septembre dernier. Personne n'attendait de débat sur des propositions de fond concernant la précarité, la santé, ou encore la justice. Il n'a pas eu lieu. À la place, l'insulte, l'humiliation et la xénophobie devenus programme validé dans la course à la présidentielle. Édito.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 24/09/2021
  • Dégoutée, la jeunesse communiste lâche-t-elle Fabien Roussel ?

    Une partie des jeunes militant·e·s du PCF, des JC (Jeunes Communistes) et de l’UEC (Union des Etudiant·e·s Communistes) se sentent trahi·e·s par les dernières sorties médiatiques du candidat du parti Fabien Roussel. Des ruptures déjà ancrées sur des enjeux de société semblent aussi se consolider, dans un choc de génération. Témoignages.

    Par Anissa Rami
    Le 15/09/2021