Malgré l’heure tardive et le froid qui saisit dehors, la salle se remplit en un clin d’œil. D’après les organisateurs, ils sont environ 700 à s’être déplacés jusqu’au gymnase de Vaujours. Mais Eric Raoult le sait, la majorité présidentielle est chez elle à Vaujours. Nicolas Sarkozy était déjà venu en 2008 pour le plus grand bonheur des militants et des élus locaux. Ce soir, c’est Henri Guaino, le conseiller spécial, qui est venu délivrer la parole présidentielle.

Actualité oblige, le sénateur UMP Philippe Dallier est acclamé lorsqu’on rappelle le « combat exemplaire » qui vient d’être mené au Sénat. Et pourtant ce combat a été perdu et les sénateurs de la majorité sont parvenus à faire passer leur proposition de loi concernant le droit de vote des étrangers aux élections locales. Cela n’inquiète pas Jacqueline, retraitée, militante UMP de Noisy-le-Sec : « On a encore l’Assemblée, ça passera jamaisMoi j’y suis profondément opposée. La citoyenneté se gagne, eux ils ne s’intègrent pas et la réclame. Vous savez, dans mon quartier je ne peux plus trouver de baba au rhum ou de sandwich au jambon, c’est plus possible. »

Les opinions sont tranchées, mais pas tranchantes, « tout ce que je demande, c’est qu’ils intègrent un minimum nos valeurs ». Aux côtés de Jacqueline, Haouak acquiesce en silence. Émigré syrien, il est français depuis les années 1990. « Et plus français que plusieurs de ceux qui sont dans la salle », rajoute Jacqueline. Et lui, d‘expliquer : « moi aussi je suis contre. Quand je suis arrivé, j’ai appris à aimer ce pays, à lui être fidèle. Ça m’a pris plusieurs années pour devenir français, mais en attendant j’acceptais de ne pas être citoyen, c’est normal. »

Les jeunes Pop sont aussi venus en force. Parmi eux, beaucoup de jeunes sont issus de l’immigration, comme Maeva de Villepinte, 18 ans, fille de harki et de Guadeloupéen. Pour elle, le droit de vote des étrangers est inimaginable, sans contrepartie. Ses parents « se sont battus pour l’avoir, les immigrés d’aujourd’hui ne respectent plus rien, et en premier lieu il ne respecte pas l’école ». Mais ce qui a retenu son attention ces derniers jours c’est cette annonce du « président Sarkozy » de doter les forces de police de fusils à pompe. « Je me suis déjà fait agresser plusieurs fois, et j’aimerais bien qu’on prenne des mesures fortes pour rétablir l’ordre ».

Sur l’estrade, Henri Guaino délivre un de ces discours dont il a le secret. Le style est différent de celui du président. Guaino cite Malraux, Camus, et son mentor Philippe Séguin. Il revient sur l’actualité présidentielle, sur le traité européen et se demande qui aurait aussi bien pu gérer une telle crise. « Lorsque Nicolas Sarkozy essaye de sauver l’Europe, le président normal va faire le marché en Corrèze. Lorsque Nicolas Sarkozy va à Bruxelles, le président normal et bah, il reste chez lui. » Et la salle d’exploser et de scander « Nicolas ! Nicolas ! »

Vient ensuite le sujet de prédilection du conseiller spécial. Républicain convaincu, il estime que la Nation sera « la grande question de cette campagne. Au fond, peut-être la seule. Cette Nation, c’est l’idée toute simple qu’il y a un chez-nous, un dedans et un dehors ». Le conseiller déroule, s’échauffe. Onze coups sonnent à l’horloge du clocher et le public commence à répondre plus mollement aux envolées verbeuses de Henri Guaino. Son attaché de presse s’agite, « lève les yeux, regarde ton public ! Sur ce sujet il peut tenir trois heures si on le laisse ». Mais à 23h15 retentit enfin « Vive la République et vive la France ! » Alors que les militants entonnent à pleins poumons la Marseillaise, plusieurs personnes âgées s’éclipsent discrètement. Il est temps pour eux de reprendre leur car et de rentrer chez eux. La soirée est terminée.

Rémi Hattinguais

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