Quels sont selon vous les points les plus importants du plan banlieues de Nicolas Sarkozy ?

Il y deux choses très importantes à mon avis : premièrement, les écoles de la deuxième chance et cette idée qu’on n’est pas mort socialement ou économiquement quand on a échoué, surtout si l’on échoue à 12 ans ou à 14 ans. Ensuite, les internats d’excellence, qui permettront d’offrir aux parents une prise en charge totale des enfants qui ont des capacités scolaires, de les loger, de les nourrir. C’est un avantage certains pour ceux qui vivent dans des appartements surpeuplés, avec les sollicitations de la rue et un environnement bruyant.

Ces internats seront-ils réservés à des volontaires uniquement ?

Oui, uniquement. Vous ne pouvez pas arracher des enfants à leur famille.

Avez-vous pris part à la rédaction du discours du président de la République sur le plan banlieues ?

Oui, mais je ne suis pas le seul.

Pourquoi a-t-il tant insisté sur les aspects sécuritaires ?

Le plan banlieues s’adresse à tous les Français et les Français ne peuvent pas supporter l’idée, même si cette idée est en partie déformée par rapport à la réalité, que l’argent est déversé pour permettre aux voyous de continuer à brûler les voitures. On ne peut pas sortir de ce tandem générosité pour les banlieues d’une part, fermeté de l’autre.

D’où la présence de ces deux pôles dans le discours de Nicolas Sarkozy.

Dans ce discours comme dans les autres. Ceux qui veulent s’en sortir en faisant des efforts, l’Etat les aidera le mieux possible, ceux qui empoisonnent la vie des gens ou qui ne sont pas décidés à faire d’efforts, il n’y a pas de raison que l’Etat les aide.

Le chef de l’Etat a donné l’impression de s’adresser à une France sous-développée, comme sortant d’une guerre.

Je n’ai pas cette impression, vu que la reconstruction n’est pas au centre de ce discours. Il n’y a aucun rapport avec une situation d’après-guerre.

Mais le contenu de son allocution a un rapport avec le développement des banlieues, de la même manière qu’il a fallu en France, il y plusieurs décennies, développer le monde rural. Le président a fait un parallèle à ce propos.

Non, le problème n’est pas de développer les quartiers, le problème c’est d’en finir avec les ghettos, de faire en sorte que les gens de l’extérieur n’aient plus peur de ce qui se passe à l’intérieur et que les gens de l’intérieur n’aient plus peur de sortir du quartier, et qu’on ne mette plus d’obstacles à leur sortie. Ce qui compte c’est de reconstruire une société unie et non plus fragmentée.

Financièrement parlant, ce plan coûtera cher, non ? Il va falloir augmenter les effectifs de l’éducation nationale et de la police.

Il n’y aura pas plus de fonctionnaires. Cela veut dire des arbitrages budgétaires seront sans doute nécessaires. Vu le montant des dépenses publiques, on doit pouvoir, je pense, progressivement réallouer une partie du budget à ce genre de programmes. Cela dit, ce n’est pas un plan extraordinairement onéreux, parce que l’école de la deuxième chance coûte certes de l’argent, mais ce ne sont pas des sommes fantastiques. Les internats d’excellence, non plus.

Nicolas Sarkozy n’a pas dit combien coûterait le plan banlieues. Avez-vous un ordre de grandeur ?

Non. Tout dépendra par exemple du nombre d’écoles de la deuxième chance que nous construirons par an. Pour l’instant, ce type de construction est financé par l’Europe et les régions. L’idée c’est de rajouter l’Etat. Le coût sera fonction aussi du nombre d’enseignants qu’on formera. Tout cela va s’étaler dans le temps. Mais, franchement, je pense qu’on peut trouver dans l’éducation nationale et dans la formation professionnelle de quoi financer ça, et réallouer des moyens, notamment des enseignants.

Dans les discours du président Sarkozy, il y a souvent des références à la IIIe République, aujourd’hui encore.

Oui, des références à la IIIe République, à Jules Ferry, à Clemenceau, qui d’ailleurs ne s’entendait pas avec Jules Ferry. Mais la IIIe n’est pas mon modèle de régime politique, le mien, c’est plutôt la Ve.

Mais c’est de la IIIe que datent les grands mythes d’aujourd’hui.

Oui, les grands mythes fondateurs de la République viennent de là.

Et c’est là que vous puisez.

Oui, mais pas tout. La IIIe est aussi une république de notables et ce n’est pas là ma référence majeure. Mais sur l’école, sur la laïcité, ah oui !, la IIIe République est quelque chose d’essentiel dans le système qu’elle nous a légué.

Propos recueillis par Antoine Menusier

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