Le candidat Hollande a sorti ses calculatrices et le compte y est ! Tout du moins c’est l’impression qu’il a voulu donner lors de la présentation de son programme, jeudi dernier, à la maison des métallos. Le rêve français qu’il avait défendu au Bourget a revêtu ses habits de crédibilité et le candidat Hollande se lance pour son grand bilan comptable. Au menu du jour : lucidité, volonté et justice.

Le compte y est-il ? Jeudi, François Hollande passait son Grand Oral devant les ténors du parti socialiste et près de 400 journalistes. L’enjeu est limpide : le candidat socialiste est-il capable de proposer un projet ménageant les comptes publics ? D’emblée, le candidat tient à souligner sa lucidité sur « l’état de notre pays, de la crise ». Tout ne sera pas possible, les candidats n’auront de cesse de nous le rappeler. Le programme socialiste devra donc être entièrement financé, c’est-à-dire qu’il ne devra pas creuser le déficit. Cependant le candidat socialiste a pris acte de l’avertissement des agences de notation : la France ne résoudra pas ses problèmes budgétaires sans une reprise rapide de la croissance. En relançant la croissance, il compte donc augmenter les rentrées d’argent et ainsi éviter un énième plan d’austérité.

Pour remplir cet objectif ambitieux, François Hollande a énoncé ses différentes mesures : le candidat compte rééquilibrer l’impôt sur les sociétés au profit des petites entreprises qui, d’après lui, sont le moteur de la croissance et ce, au détriment des grandes entreprises. Pour limiter l’impact de la finance sur l’économie réelle, le socialiste entend séparer les activités bancaires spéculatives de celles utiles à l’investissement et à l’emploi. Hollande interdira notamment les « produits financiers toxiques » et les stock-options. Ces mesures empêcheront les banques de jouer en bourse avec l’argent épargné par tout un chacun.

Le candidat ne renonce pas à ses grandes mesures phares. Il créera 60.000 postes dans l’éducation nationale, il mettra en place 500.000 contrats de génération et créera 150.000 emplois d’avenir, en priorité pour les jeunes des quartiers. Il a répété son intention de libérer gratuitement les terrains de l’Etat à toute collectivité territoriale désireuse d’y construire un logement social. La loi SRU (Solidarité Renouvellement Urbain) sera renforcée : les mairies devront dorénavant construire 25% de logements sociaux ou seront exposées à des sanctions cinq fois supérieures à celles déjà existantes.

Pour le candidat vint alors l’épreuve du feu : le chiffrage des propositions, la balance prévue entre recettes et dépenses. Que les riches se passent le mot, le candidat socialiste compte bien les faire passer à la caisse : création d’une tranche d’impôt sur le revenu supplémentaire à 45% pour les 0,5% des français les plus fortunés, rétablissement des taux de l’ISF, niches fiscales réduites de moitié, le tout pour 12 milliards. Le reste de l’addition de 29 milliards, soit 17 milliards, seront payés par les entreprises à travers plusieurs dispositifs.

L’exposé technique du candidat a cependant été repris de manière plus simple dans une brochure qui sera massivement distribué dans les prochaines semaines. Sur la couverture, le bleu a massivement remplacé le rouge ouvrier. La ville est reléguée dans un mince triangle alors qu’une plaine tranquille occupe tout l’espace gauche. La première personne du singulier est omniprésent, le symbole du parti socialiste relégué au quatrième de couverture.

Le candidat hollande devrait refermer une séquence de communication qui en aurait découragé plus d’un. Après avoir surpris tout le monde au Bourget avec des mesures inédites là où tout le monde attendait un discours général, le candidat a montré aux journalistes spécialisés que son programme était viable. Mais François Hollande devra se montrer plus pédagogique, plus charismatique  pour convaincre un électorat français encore bien indécis.

Rémi Hattinguais

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