« Allo ! Monsieur Mokhtari ? C’est Chaker du Bondy Blog. Je souhaiterais vous rencontrer afin de faire un portait de vous. – Pas de problème. Rendez-vous demain au marché de Garges-lès-Gonesse, j’y serai pour tracter ! » Il raccroche sans même attendre mes remerciements. Alors, comme tout bon journaliste, j’essaye de préparer mon interview : je regroupe un certain nombre d’informations, j’apprends qu’il a été machiniste à la RATP pendant plusieurs années.

Parallèlement il entame des études universitaires, ce qui lui permet d’occuper aujourd’hui un poste de dirigeant au sein de cette même entreprise. Puis il s’investit dans l’associatif pour finalement intégrer la sphère politique : il est conseiller municipal de la mairie de Garges-lès-Gonesse et conseiller général du Val-d’Oise. Aujourd’hui son ambition est d’être maire de Garges où sa liste PS a récolté 28% au premier tour.

Le jour J approche. J’ai hâte de rencontrer celui qui sera peut-être le premier maire issue de la diversité d’une commune de prés de 40 000 habitants, un événement historique, à l’heure où la plupart des candidats « Benetton » ont été laminés dès le premier tour. Il est bien là ! C’est un homme massif, accompagné de plusieurs militants PS, d’un acteur de cinéma Micky (du film Raï), et de François Pupponi, maire de Sarcelles. Que du beau monde…

Je me glisse parmi le groupe, j’intercepte dans un premier temps Micky et lui demande s’il vote Mokhtari parce qu’il est d’origine maghrébine : « Non ça va pas, me répond-t-il un peu froidement, Hussein c’est un mec du cru, il vient des quartiers, il s’est forgé à la force du poignet. C’est un modèle pour nous, il va apporter le changement à Garges. On a confiance en lui, parce qu’il est sincère dans ses convictions. Si je vote pour lui c’est parce qu’il est compétent, c’est l’homme qu’il nous faut. Mais surtout pas parce qu’il est rebeu. » Sentant que ma question l’avait contrarié, je n’insiste pas trop.

Comme mon sujet est toujours occupé, je me dirige vers François Pupponi. Je lui demande si la victoire de Mokhtari sera un symbole fort pour la gauche : « Tu sais, me dit-il un peu gêné de ce tutoiement, j’essaye tant bien que mal de ne pas me « Duhameliser ». Mokhtari, il a était mon suppléant quand je me suis présenté à la députation l’année dernière dans la 8e circonscription du Val-d’Oise. Je te raconte pas comment ils ont tiré la tronche rue Solferino : ils ont essayé de me dissuader mais j’ai tenu bon. Je ne l’ai pas pris parce qu’il est beur ; c’est avant tout un militant du PS de longues dates, il a fait ses preuves au conseil municipal et au conseil général, sa compétence avant tout… »

Avant de le quitter, je ne résiste pas à lui demander si Strauss Khan a toujours des ambitions présidentielles : «  Oh que oui, Sarkozy dans 4 ans il saute. Le PS pendant ce temps-là sera dirigé par qui tu sais et… », il n’a pas terminé sa phrase qu’un passant jaillit sur lui afin de lui faire l’accolade. Je n’aurai pas le mot de la fin ! Mais j’en sais suffisamment, ça va chauffer au PS…

Je vois arriver Hussein Mokhtari. « Bondy Blog, c’est ça ? » Il me sert la main avec une poigne ferme et certaine. D’abord impressionné par cette carrure de rugbyman (il pourrait être demi de mêlée !), je prends mon courage à deux mains et lui demande comment il se sent dans cette campagne alors que la liste communiste (17 % au premier tour ) a décidé de faire une liste à part : « C’est vrai qu’on peut penser que cela peut nous handicaper, mais à bien y réfléchir, une parti des gens qui a voté communiste au premier tour voteront utile au second : donc PS. De plus il y a une partie de l’équipe de Montaldo, le candidat UMP (19,73 %) ont appelé à voter pour nous : le maire sortant UMP, Maurice Lefèvre (30,7 % au premier tour), se retrouve bien seul… »

J’essaye de savoir si le vote des quartiers populaires s’est porté sur lui : « Oui, effectivement, dans les quartiers, je suis arrivé premier. Par contre dans les zones pavillonnaires, je suis arrivé derrière Maurice Lefèvre. Mais attention, ce n’est pas un vote communautaire ! J’ai fait une campagne de terrain dans ces quartiers, du porte à porte, d’immeuble en immeuble : je rencontrais les jeunes dans les halls, et je crois savoir que Lefèvre ne s’est pas rendu dans ces quartiers durant cette campagne. »

Tout en discutant avec moi, il intercepte les passants, distribue des tracts, salue, remercie, sourit, claque des bises à tout va, incite à aller voter, alterne le tutoiement et le vouvoiement comme un Bernard Tapie en campagne, touche les gens, attrape par l’épaule… Un vrai Méditerranéen ! Mais dans tout ça, la possibilité de devenir le premier maire issu de la diversité a-t-il une signification pour lui ? « Un événement important pour notre pays la France ! » Sur ces mots, il me salue et quitte précipitamment la place, certain de son destin… et de sa victoire. Pour ma part, je suis surtout certain de ne pas avoir maîtrisé mon sujet.

Chaker Nouri

Chaker Nouri

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